Le bassin du Tchad, une source de vie pour l'homme, la nature et la paix

Le Bassin du Tchad, focalisé autour du Lac Tchad, couvre près de 8% du continent africain et abrite plus de 30 millions de personnes. Plus de la moitié de cette population vit de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche grâce à ce bassin. Pourtant, il a rétréci à un rythme alarmant, le lac couvrant maintenant moins d'un dixième de la superficie qu'il occupait en 1960. Les barrages, l'irrigation accrue et les changements climatiques réduisent les niveaux de l'eau. Les tensions supplémentaires causées par la montée de Boko Haram ajoutent de nouvelles pressions sur la région.

Rivers as lifelines, West Africa

Lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies de 2018, le président nigérian Muhammadu Buhari est monté sur scène et a plaidé pour une action mondiale sur la crise du Lac Tchad. Il a souligné que l'immigration clandestine n'est pas seulement une conséquence des conflits, mais aussi des impacts du changement climatique et du manque d'opportunités.

"C'est le cas du Nigeria et de ses voisins dans le bassin du lac Tchad qui rétrécit et assèche des terres autrefois fertiles. Le lac servait à nourrir plus de 45 millions de personnes qui vivent aujourd'hui dans la pauvreté et sont exposées aux activités de groupes extrémistes. Cette instabilité provoque des mouvements des populations dans la région, exacerbant encore les tensions économiques entre agriculteurs et éleveurs", a déclaré Buhari (transcription de l'AG de l'ONU).

La nécessité d'une meilleure coopération dans le domaine de l'eau est cruciale pour la stabilité de l'ensemble de la région. Comme le bassin couvre des parties de huit pays (le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun, la République centrafricaine, le Soudan, l’Algérie et la Libye) qui s'étendent à travers le Sahel, ses eaux constituent un lien vital pour les populations et la nature dans cette région semi-aride de l'Afrique occidentale et centrale.

Depuis 2014, le projet BRIDGE de l'UICN travaille en partenariat avec la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) pour aider les pays du bassin à mettre en œuvre des actions transparentes et concertées en vue d’améliorer la gouvernance des eaux transfrontalières. Le Logone Chari, sous-bassin vital du lac Tchad, a été identifié comme le point d'entrée pour soutenir l'organisation des acteurs locaux et régionaux dans les dialogues de la plate-forme internationale. Les sessions de formation BRIDGE sur la gouvernance des eaux transfrontalières ont permis de renforcer les connaissances et les compétences des acteurs du bassin sur les principes de partage des bénéfices, les accords, les négociations et la résolution des conflits.

"Les utilisateurs de l'eau aux niveaux local, national et transfrontalier sont de plus en plus conscients de la valeur de l'eau et de leurs droits. Cette prise de conscience croissante contribue à accroître l'attention et le financement de la gestion des eaux transfrontalières et soutient la réalisation des objectifs de développement durable", a déclaré Camille Jepang, Chargée des Politiques au Bureau de l'UICN au Cameroun.

Afin de renforcer le plaidoyer et le leadership dans le bassin, un réseau de "Défenseurs" du bassin du Lac Tchad a été mis en place. Sous le nom de groupe Oryx, ces Ambassadeurs de l'Eau des niveaux local et régional soutiennent la visibilité et les actions de la CBLT et plaident pour la prévention des conflits et la mise en œuvre de la bonne gouvernance des ressources du bassin du Lac Tchad.

En avril 2012, la Charte de l’eau du bassin du lac Tchad a été signée par les chefs d'État des six pays membres, dont le Cameroun, le Niger, le Tchad, le Nigeria, la République centrafricaine et la Libye. L'objectif de la Charte est avant tout de promouvoir le développement durable dans le bassin par une gestion intégrée, équitable et coordonnée des ressources naturelles, en particulier les ressources en eau du bassin.

Après la ratification de la Charte par le Niger et le Tchad, BRIDGE a joué un rôle d'appui à la ratification par le Nigeria et le Cameroun, la Charte devant être ratifiée par les deux tiers des Etats membres (voir webstory). Après l'entrée en vigueur de la Charte en 2017, BRIDGE soutient désormais sa mise en œuvre. Un récent atelier à Douala, Cameroun - organisé en coordination avec la CBLT - a réuni des représentants du Cameroun, du Tchad, de la République centrafricaine, du Niger et du Nigeria pour examiner la Charte et discuter des avantages transfrontaliers et des défis juridiques de sa mise en œuvre (voir vidéo). Au cours des deux prochaines années, BRIDGE continuera d'appuyer la CBLT dans la mise en œuvre de la Charte de l'Eau par des activités telles que le plaidoyer, la formation et le renforcement des capacités des responsables gouvernementaux et autres parties prenantes qui jouent un rôle clé dans son processus de mise en œuvre.

"Au niveau de l'État, nous devons réduire la fragilité, au niveau local, nous devons soutenir le dialogue entre les utilisateurs des ressources et les différents groupes ethniques. Nous essayons de partager équitablement les ressources dont nous disposons ", a déclaré Mohammed Bila, Expert à la Commission du Bassin du Lac Tchad.

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Plus loin en Afrique de l'Ouest, BRIDGE travaille également sur le fleuve Mono (qui constitue la frontière internationale entre le Togo et le Bénin) et le fleuve Mano (Sierra Leone, Liberia, Côte d'Ivoire, Guinée) pour renforcer la coopération et la gouvernance transfrontalières en matière d'eau.

Au niveau mondial, BRIDGE travaille dans quatorze bassins transfrontaliers en Asie, en Amérique latine et en Afrique (voir la carte BRIDGE). Il a été lancé en 2011 et est financé par le Programme mondial de l'eau de l’Agence pour le Développement et la Coopération Suisse (SDC).

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