La réserve de Selous pourrait perdre son statut de patrimoine mondial si un projet de barrage se poursuit – UICN

Gland, Suisse – La réserve de gibier de Selous en Tanzanie subira des dommages irréversibles si le projet de construction du barrage de la Gorge de Stiegler va de l’avant, selon l’UICN – conseiller officiel sur le patrimoine mondial naturel. À terme, cela pourrait entraîner le retrait du site de la Liste du patrimoine mondial, prévient l'UICN avant la réunion du Comité du patrimoine mondial de la semaine prochaine.

Selous Game Reserve, World Heritage, Tanzania

La construction de barrages comportant de grands réservoirs à l'intérieur d'un site est considérée comme incompatible avec le statut de patrimoine mondial. Le barrage de la Gorge de Stiegler, officiellement connu sous le nom de projet hydroélectrique du bassin de Rufiji, impliquerait le développement d’infrastructures lourdes et la déforestation de près de 1 000 km 2 au milieu de la réserve de gibier de Selous.

L’UICN, conjointement avec le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, demandent l’arrêt immédiat d’abattage d’arbres et d’autres activités liées au projet. Le Comité du patrimoine mondial prendra une décision sur Selous, ainsi que sur 54 autres sites naturels du patrimoine mondial menacés, lors de sa réunion la semaine prochaine en Azerbaïdjan.

« Le projet de barrage de la Gorge de Stiegler est inacceptable – il transpercerait le cœur de Selous, engendrant des effets catastrophiques sur la faune et les habitats du site », déclare Peter Shadie, Directeur du Programme du patrimoine mondial de l’UICN. « Protéger les sites du patrimoine mondial pour les générations futures est un engagement collectif que ni la Tanzanie ni aucun autre pays ne peuvent ignorer. »

La réserve de gibier de Selous est l’une des plus grandes zones de nature sauvage d’Afrique. Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1982, il abrite des espèces emblématiques telles que l'éléphant et le rhinocéros noir. Ce dernier est en danger critique d'extinction. En 2014, la réserve a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en péril après l’effondrement de la population d'éléphants dû au braconnage.

L’année dernière, le Comité du patrimoine mondial a ajouté la déforestation massive pour la construction potentielle du barrage de la Gorge de Stiegler à la liste des graves menaces justifiant le statut en péril du site. Des images satellites récentes confirment que l’abattage des arbres a commencé à l'emplacement du futur réservoir, bien que le Comité ait prié la Tanzanie de mettre fin à ces projets.

Le barrage sur la rivière Rufiji du projet, haut de 130 mètres, et son réservoir de 914 km2 inonderaient les habitats des derniers rhinocéros noirs du site. Cela pourrait également menacer les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes en aval dépendant de la rivière pour l'agriculture et la pêche.

Une étude indépendante mandatée par l’UICN a souligné les faiblesses de l’évaluation d’impact environnemental réalisée pour le projet. Par exemple, l’évaluation utilise des données hydrologiques vieilles de 30 ans et ne prend pas en compte l’effet barrière pour les poissons migrateurs. L’impact particulier sur les valeurs de patrimoine mondial du site n’est pas étudié de manière crédible. Par ailleurs, les experts internationaux ont largement mis en doute la viabilité économique du projet.

Le Comité du patrimoine mondial examinera les conseils de l’UICN sur 55 sites naturels du patrimoine mondial faisant face à de graves menaces. L’UICN recommande d’inclure trois sites sur la Liste du patrimoine mondial en péril: les Sundarbans au Bangladesh, les Îles et aires protégées du Golfe de Californie au Mexique, et le Patrimoine naturel et culturel de la région d’Ohrid en Macédoine du Nord.

L'UICN a également évalué 10 sites proposés pour l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en raison de leurs valeurs naturelles et recommande d’inscrire cinq d’entre eux. Ceux-ci sont : Paraty (Brésil), les Terres et mers australes françaises (France), le Parc national du Vatnajökull (Islande), les Forêts hyrcaniennes (Iran), ainsi que l’extension en Albanie du site de la région d’Ohrid.

La 43e session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO se tiendra à Bakou (Azerbaïdjan) du 30 juin au 10 juillet.

Go to top