La gouvernance se développe à Mangai

Vers une mise en place et l’opérationnalisation d’un Groupe de Travail visant à améliorer la gouvernance dans et autour de l’Aire Protégée de Mangai en République Démocratique du Congo (RDC), une étape cruciale pour la gestion des forêts.

people sitting against concrete wall, dirt floor

Créé par les Arrêtés n°205/Agri du 14 juin 1940 et 414/Agri du 3 juillet 1944, l’aire protégée de Mangai a une superficie de 1,176,875 hectares et est une Aire protégée de catégorie VI de l’UICN. Plus d’un million de personne vivant dans de nombreux villages et cinq cités  (Idiofa, Dibaya-Lubwe, Mangai, Panu, Eolo) dépendent directement pour leur survie des ressources dont regorge cette aire protégée. Elle fait partie des sites qui ont été choisis pour le projet de Stabilisation de l’Utilisation des Terres dans les Aires Protégées de Catégories V et VI qui couvre le Ghana, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC), et la Tanzanie. Contrairement à la plupart des sites de ce projet, l’Aire Protégée de Mangai n’a pas de structure locale de gouvernance des ressources naturelles.

Compte tenu de sa grande superficie conjuguée au difficile contexte socio-économique et environnemental lié à son enclavement, une large diversité d’utilisateurs des ressources de cette aire protégées (agriculteurs de subsistance et industriels, chasseurs, pêcheurs, exploitants du bois, exploitants de produits forestiers non ligneux, les éleveurs, etc.) sont parties prenantes de sa gestion. La mise en place d’un Groupe de Travail sur la Gouvernance (GTG) de cette Aire Protégée constitue ainsi une étape importante en faveur de la stabilisation de l’utilisation de ses terres. Ceci pourrait contribuer à résoudre le problème d’utilisation non contrôlée de ses ressources qui a amené à la dégradation des terres agricoles, la déforestation, la dégradation de la faune sauvage et son habitat, la dégradation de la population des poissons, et la pauvreté des populations locales.

Faire un GTG à Mangai

Au cours de ce processus, l’approche pour la création d’un GTG a consisté en deux étapes à savoir la collecte des données sur le terrain et leurs analyses, ainsi qu’un atelier de 3 jours organisé à Mangai. Toutefois la recherche documentaire a été transversalement réalisée pour chacune des deux méthodes indiquées ci-dessous :

Collecte des données de base

Une étude a été conduite sur terrain avec pour objectifs de récolter les informations nécessaires sur la gestion des ressources naturelles du paysage de Mangai et d’identifier les acteurs multi-sectoriels pouvant constituer le GTG. Ainsi, 17 entretiens ou interviews, sept focus groups, quatre visites dans des sites d’intérêt (site de reboisement, forêt naturelle, entreprise de palmiers d’huile, banc de sable) et quatre transect walks ont été effectués dans un échantillon tiré au sein de la communauté locale de Mangai.

Les consultations auprès des acteurs locaux dans le cadre de l’évaluation des opportunités de restauration ont contribué à la collecte de données de base. Deux missions de reconnaissance organisées à Mangai respectivement en Août 2017 et Juin 2018 ont également permis de rassembler les premières informations de référence en rapport avec le paysage.

Identification des parties prenantes clés et atelier de mise en place du GTG

Les analyses de ces données, impliquant tous les acteurs concernés par la mise en œuvre du projet (OCEAN, ICCN, TFD et UICN), ont permis de dégager une liste des parties prenantes à prendre en compte dans la constitution de GTG. Ces différents groupes sont : l’administration territoriale, la commune rurale de Mangai, les 10 secteurs du paysage de Mangai, les chefs de terres de ces 10 secteurs, les chefs coutumiers, les institutions techniques (académiques), l’ICCN Mangai, le service du développement rural, les confessions religieuses, le Fond Forestier National, l’association des exploitants forestiers, les organisations non gouvernementales locales, le service du tourisme, le service de l’environnement, le service de l’agriculture, l’association des pêcheurs de Mangai, l’association des pisciculteurs de Mangai, l’association des femmes de Mangai, le Groupe des Jeunes, l’association des éleveurs de Mangai, l’association des chasseurs, le Marché de Mangai, le relai communautaire et la zone de santé.  

Des représentants de ces parties prenantes ont participés à un atelier de trois jours organisé à Mangai avec pour objectif de mettre en place le GTG et de définir ses termes de références ainsi que son mode de fonctionnement.

Création de GTG

A travers des travaux de groupes, les représentants des différentes parties prenantes ont donné leur compréhension du GTG. Ainsi, ils définissent le GTG comme « Une structure de collaboration réunissant un ensemble d’acteurs locaux (communautés, ICCN, autorités locales, etc) pour prendre des décisions dans le but de gérer durablement les ressources naturelles du paysage de Mangai. C’est un cadre qui donne aux différentes parties prenantes un espace pour partager leurs idées et participer à la recherche des solutions aux problèmes de dégradation de leur écosystème tout en respectant les lois du pays en la matière ».

Ce groupe de travail a pour rôles de :

  • Promouvoir les attitudes positives sur la gestion durable des ressources;
  • Valoriser les services des écosystèmes au bénéfice des communautés;
  • Encourager les communautés à développer des alternatives locales de développement;
  • Dénoncer les abus dans l’utilisation des ressources naturelles et les activités illégales y relatives;
  • Participer à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un plan de gestion du paysage Mangai;
  • Mettre en œuvre et évaluer les arrangements décidés au sein du GTG pour une bonne gestion des ressources du paysage;
  • Vulgariser les lois et textes légaux sur la conservation de la nature; et
  • Faire un plaidoyer auprès des structures nationales et internationales dans divers domaines.

Il est constitué de 50 membres qui représentent les différentes parties prenantes citées plus haut repartis dans le bloc Sud de Mangai (Belo, Kipupu, Madimbi, Kalanganda, Idiofa et Id Musanga), le bloc Centre (Dibaya, Mangai, Kapia, Bulwen et Banga) et bloc Nord (Eolo, Kalo, Panu, Bedgo et Mateko). Un comité de coordination composé de 11 membres dont deux femmes, à savoir un président, un vice-président, un secrétaire, un secrétaire adjoint, un trésorier, un trésorier adjoint, trois chargés de relation publique ou chargés de communication et deux conseillers, a été installé sur base d’une élection. Ce comité se réunira trimestriellement et devra élaborer le statut et règlement d’ordre intérieur régissant le fonctionnement du GTG Mangai.

group photo outside Photo: IUCN / Grace Baruka

Maintenir le contexte local

Le GTG de Mangai a été mise en place et constitue un mécanisme de dialogue entre les différents utilisateurs de ses ressources et les parties prenantes de sa gestion. Il permet de mener des réflexions sur la gestion durable des ressources naturelles de l’aire protégée de Mangai et la lutte contre la pauvreté des populations humaines qui y habitent. La formalisation du GTG sera finalisée avec l’élaboration de son statut et règlement d’ordre intérieur. Les parties Membres du GTG, l’administration publique locale, et l’ICCN démontrent une forte motivation à l’égard de ce processus ainsi qu’à la recherche des solutions sur la dégradation des ressources naturelles dans le paysage. Cependant, il est primordial de poursuivre avec le renforcement des capacités et la sensibilisation des membres du GTG afin qu’ils puissent remplir pleinement leur rôle.

Bien qu’elle ait été adaptée au contexte de Mangai, il sied de mentionner que la stratégie nationale de conservation communautaire dans les aires protégées de la RDC a été utilisée comme document de référence dans ce processus de création de GTG.

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