Sécuriser les exploitations familiales pour mieux produire dans la grande irrigation au Sahel

Le développement de l’irrigation est considéré comme une priorité pour augmenter les rendements et garantir la sécurité alimentaire dans la région. Cependant, les cadres politiques, juridiques et de gouvernance existants peuvent limiter la productivité des périmètres, leur durabilité et l’épanouissement des exploitants. La Global Water Initiative, le ROPPA et le CILSS proposent de poursuivre le partage d’expériences et de connaissances sur la sécurisation foncière dans la grande irrigation en vue d’améliorer les politiques et les pratiques sur les périmètres pour garantir le développement durable.

Riziculteurs

Dans la zone soudano-sahélienne, 7% des surfaces cultivées sont équipées pour l’irrigation et produisent près de 60% de la valeur de la production agricole. L’irrigation apporte aussi une réponse aux risques liés à une pluviométrie particulièrement aléatoire en Afrique de l’Ouest, un phénomène aggravé par les effets des changements climatiques. Mais leur potentiel n’est pas tout à fait exploité. En cause la précarité du statut de ces terres aménagées et la faiblesse des droits octroyés aux exploitants agricoles, souvent révocables, personnels, non transférables et non transmissibles. Les politiques et les pratiques existantes peuvent instaurer une insécurité qui met en danger la pérennisation des investissements des états et les capacités d’adaptation des exploitants aux aléas de l’économie agricole familiale sahélienne sur le long terme. En même temps, certaines pratiques informelles permettent aussi aux exploitations familiales de s’adapter au quotidien en fonction de leurs besoins socio-économiques.

« L’irrigation a la capacité de stabiliser la production agricole, de contribuer au développement économique national et local, et, ainsi, de réduire la vulnérabilité y compris dans les zones qualifiées de marginales. Cependant, les performances de l’agriculture irriguée au Sahel demeurent bien en-deçà de son potentiel. Le CILSS pilotera en 2018 le Programme Régional d’Appui à l’Initiative pour l’irrigation au Sahel (PARIIS) qui vise, notamment, l’amélioration de la capacité des parties prenantes à développer et gérer l’irrigation et à accroître les superficies dans les six pays participants du Sahel (Burkina, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad). L’atteinte de ces objectifs doit nécessairement être accompagnée par une politique de sécurisation foncière qui garantisse la pérennité des investissements dans le cadre de la grande irrigation. C’est pour cela que le CILSS s’est engagé depuis plusieurs années aux côtés du GWI, du ROPPA et d’autres acteurs, dans les réflexions portant sur sécurisation foncière dans le domaine irrigué de la zone sahélienne» Sheick Khalil SANGARÉ, Expert en Gestion des Ressources Naturelles, INSAH/CILSS

D’importants programmes de grande irrigation sont en cours de mise en œuvre ou en phase de planification dans la région, en réponse au besoin de développement agricole des pays, de contribution à la sécurité alimentaire nationale, et de réduction de la pauvreté. Les exploitants familiaux, dans leur diversité, sont au centre des enjeux associés à ces grands projets : ils font face aux défis de performance agronomique et économique pour produire correctement, assurer leur sécurité alimentaire et dégager des revenus suffisants.

« Le ROPPA, en collaboration avec la GWI et le Hub Rural, a organisé en juin 2016 à Ouagadougou, un atelier régional qui visait à partager les expériences de sécurisation foncière des exploitations familiales dans les périmètres irrigués rizicoles au Burkina, au Mali et au Niger. Lors de cette rencontre il est ressorti que la sécurité foncière se décline en 3 dimensions interconnectées : juridique, économique et de gouvernance. Une vision holistique doit orienter les choix stratégiques des décideurs et les modalités d’intervention des partenaires sur cette question pour assurer la réussite et la durabilité des aménagements et l’amélioration des conditions de vie de ses exploitants. » André TIORO, Chargé de programme, Secrétariat Exécutif du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA).

La Global Water Initiative (GWI) intervient depuis 2012 sur les questions concernant la sécurité foncière dans le cadre des projets de grands barrages et périmètres irrigués. Ce programme a développé un volume important d’outils et de connaissances pour alimenter les dialogues régional et nationaux et favoriser l’amélioration des politiques et des pratiques. Les récentes concertations sur le sujet ont permis également d’aborder certains points clés de réflexion et d’initier des dialogues techniques et politiques.

« La question de la sécurisation foncière concerne un grand nombre d’acteurs dans la région à différentes échelles (locale, nationale, régionale). La Global Water Initiative au cours de sa mise en œuvre a été une force motrice d’une dynamique de réflexion participative permettant d’apprendre sur  la sécurisation foncière des exploitants familiaux et des aménagements dans la région. Cette logique d’apprentissage doit se maintenir pour obtenir des résultats dans la mise en œuvre des projets et programmes sur le terrain et à long terme » Jamie Skinner, Directeur de la Global Water Initiative

Le programme de la Global Water Initiative (GWI) en Afrique de l’Ouest, mis en œuvre par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et l’Institut International pour l’Environnement et le Développement (IIED), et financé par la fondation Howard G. Buffett, s’est associé au Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA)  et au Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) pour l’organisation d’un atelier régional de concertation, les 7 et 8 octobre à Bamako, pour approfondir cette réflexion sur la sécurisation foncière en vue d’améliorer les politiques et les pratiques .

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