Blog: Villes et campagnes, ou villes -v- campagnes ?

Dans les régions arides et semi-arides, l’accès à l’eau constitue un enjeu crucial. Une des questions ‘chaudes’ est dans quelle mesure une grande ville – la capitale du pays, par exemple – peut avoir le droit d’exiger que les campagnes lointaines lui fournissent de l’eau pour ses habitants urbains de plus en plus nombreux?

Borehole

Cette question se pose au Burkina Faso.  La réponse, semble-t-il – pour le moins jusqu’à présent – est que la grande ville est reine ! Le gouvernement burkinabé, soutenu par les bailleurs de fonds, investit et réinvestit des sommes importantes dans les infrastructures et les services d’eau au bénéfice de la capitale, Ouagadougou, et de ses habitants – à présent quelques 2,3 millions. Le projet de barrage de Ziga, situé à 50 km de la capitale, l’alimente déjà de 90 millions m3 d’eau par jour, et la phase 2 en cours – pour augmenter les capacités de pompage, traitement et conduite – en fournira le double.  Entretemps, le gouvernement interdit aux villages situés autour du barrage de Ziga de se servir des eaux du réservoir pour boire et pour l’irrigation (en amont du barrage). La vocation du réservoir de Ziga a été désignée comme étant l’approvisionnement de la capitale, et cette vocation exclut d’autres usages.   Mais de quelle ‘capitale’ parle-t-on exactement ? Quelle forme prendra la ville de Ouagadougou dans les années à venir ? Celle envisagée dans le plan d’urbanisme officiel pour le ‘Grand Ouaga’ à l’horizon 2025, avec 3-4 millions d’habitants ? Ou, celle d’une ville beaucoup plus grande – d’environ 6 millions, ou potentiellement 8 millions en 2050  comme anticipée dans les prévisions démographiques de source internationale.  Le ‘Grand Ouaga’ donc, ou le ‘Très Grand Ouaga’ ?   Les auteurs de la politique nationale ‘de l’habitat et du développement urbain’ sonnent l’alarme d’une possible urbanisation non-maitrisée qui mettrait les deux grandes villes du pays – Ouagadougou et Bobo-Dioulasso  – «à rude épreuve avec des tensions environnementales dues à l’augmentation des besoins en consommation d’eau et d’énergie’». L’approche du gouvernement «ne doit pas uniquement se focaliser sur les centres urbains» mais elle devrait «permettre aux zones rurales de connaître un développement».  En principe, la stratégie nationale de développement de 2011 (‘SCADD’) a identifié tant les zones urbaines que rurales comme priorité dans la promotion de la croissance économique. La SCADD ne précise cependant pas quel sera l’équilibre entre les deux.  Les villes peuvent être motrices de croissance ; or l’agriculture – le travail dans les champs – constitue le moyen de vivre de la plupart des Burkinabé.   L’étude menée par L’Université Ouaga II (UO2) et l’Overseas Development Institute (ODI) en 2014/15 dans le cadre du projet PRESA pose la question de l’arbitrage entre l’eau pour la ville et l’eau pour la campagne – quid de cet arbitrage ? Quel serait le processus d’évaluation des options d’investissement en infrastructures pour capter, stocker et distribuer l’eau – au bénéfice de la ville, y compris les transferts d’eau vers les villes, et/ou dans les campagnes, pour assurer l’accès à l’eau des communautés rurales ?   L’interdiction faite aux villages bordant le réservoir de Ziga de mener des activités d’irrigation (en amont du barrage) et le manque, jusqu’à ce jour, de soutien pour mettre en place des activités alternatives génératrices de revenus peuvent avoir comme conséquence que les jeunes villageois abandonnent leurs villages pour migrer vers les centres urbains, augmentant ainsi les demandes d’eau dans les villes.   Dans d’autres pays d’Afrique sub-saharienne, le même thème ‘villes-campagnes’ se profile, par exemple au Kenya où le débat est soulevé par la proposition de la société responsable des services d’eau à Nairobi de construire un tunnel pour transférer de l’eau des affluents du fleuve Tana, dans le comté (rural) de Murang’a, au bassin du fleuve Athi afin d’augmenter les volumes d’eau pour la capitale, et ses villes satellites.  L’étude menée par ODI avec ses partenaires au Kenya dans le cadre du projet ‘WISE-UP to Climate’ (‘Agir pour le Climat’) porte sur ce ‘Tunnel de Collecte de l’Eau du Nord’.  Ce projet WISE-UP pose la question suivante : comment les processus de prise de décision relative à l’investissement en infrastructures hydrauliques – construites et ‘naturelles’ seront-ils améliorés, afin de choisir des options appropriées pour la prospérité et la résilience contre les variabilités climatiques ainsi que la réduction de la pauvreté ?   Entretemps, au Burkina, l’Université de Ouagadougou et ODI invitent les autorités et autres acteurs burkinabé à se réunir afin de débattre du défi de l’arbitrage urbain-rural comme décrit dans le rapport de l’étude sur Ouagadougou et Ziga – avec le résumé.

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Water
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