Novembre 2015- RDC: Alphonse MUHINDO VALIVAMBENE, ‎Secrétaire Général du Réseau pour la Conservation et la Réhabilitation des Ecosystèmes Forestiers (Réseau CREF)

Premier parc Africain créé en 1925, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 puis sur la liste des biens en péril en 1994, le Parc national des Virunga fait face à des menaces importantes. Quelles sont-elles et quelles en sont les raisons ?

Alphonse Valivambene - RESEAU CREF

 Le PNVi subit des pressions relativement « classiques » pour une AP africaine où la densité démographique atteint parfois 400 habitants par km² en périphérie. Nous assistons à la pratique d’activités anthropiques à fort impact telles que la carbonisation, la déforestation liée à l’agriculture itinérante sur brûlis, le braconnage. L’envahissement des terres par des populations en conflits avec les services de conservation, notamment pour des raisons historiques et sur des aspects fonciers, est également problématique.

Ce n’est hélas pas tout. La RDC fait partie des pays africains où les droits des populations locales et l’intégrité des AP sont  menacés par les industries extractives. Ainsi, depuis maintenant deux ans, le lac Edouard, à l’intérieur même du PNVi, est directement visé par des activités d’exploration pétrolière menées par la compagnie pétrolière SOCO.

Les ressources halieutiques de ce lac représentent la plus importante ressource pour de très nombreuses familles, plus de 265.000 personnes vivant autour de celui-ci. Il constitue localement un héritage, un patrimoine et la bonne santé de cet écosystème conditionne la survie de ces populations.

La richesse écologique des Virunga fait donc à la fois sa force mais également sa faiblesse. Elle est à l’origine de multiples pressions, dans un contexte de recherche de rente associée à une situation globale de mauvaise gouvernance.

Les défis semblent énormes… Dans ce contexte, quelle place doit selon vous tenir la société civile congolaise?

Les défis sont effectivement énormes ! Selon moi, nous devons viser la durabilité écologique, économique et sociale. En bref le développement durable… Dans notre contexte, cela sous-entend travailler prioritairement sur l’amélioration de la gouvernance, notamment via l’appui à l’application des lois, la lutte contre l’impunité et la promotion des activités communautaires. 

Un modèle économique durable doit se baser sur des activités bénéficiant directement et prioritairement aux populations les plus vulnérables et le développement de l’industrie touristique et de la pêche durable me paraissent dans ce sens assez prometteur. 

Il faut tout faire pour parvenir à créer un modèle où le PNVi devient moteur d’un développement durable et inclusif et où l’existence même du parc n’est plus ressentie comme une contrainte par les communautés locales, mais bien comme une opportunité extraordinaire. C’est ainsi que celles-ci deviendront des alliés de la conservation, permettant de contrer les menaces évoquées plus haut.

Les aspects de cohabitation pacifique entre AP et population locales et de gestion participative me paraissent également importants, la paix sociale restant une question primordiale dans la région.

La mise en œuvre d’un projet d’exploration pétrolière dans le plus vieux parc d’Afrique est grave, dangereux et remets directement en cause les aspects évoqués ci-dessus particulièrement les droits économiques, sociaux et culturels des communautés.

L’exploitation des ressources naturelles dans le Nord Kivu a jusqu’alors été à l’origine de nombreux conflits et souffrances et je pense qu’il revient à tous les acteurs de la société civile de rappeler à notre gouvernement la nécessité de travailler en suivant ces principes et en s’inscrivant dans la vision de l’Alliance Virunga.

Pour paraphraser le directeur provincial de l’ICCN, M. DE MERODE, perdre les Virunga reviendrait à perdre tous les parcs congolais où il est possible de trouver du minerai et du pétrole. Le combat en cours est primordial.

C’est dans ce contexte que le réseau CREF nait en 2003 à Goma. Vous en êtes le coordinateur, quelle est votre vision personnelle et la raison de votre engagement?

De par ma formation de technicien en développement, j’ai rapidement été amené à travailler sur le terrain avec les communautés. Ce paradoxe d’une région très riche en ressources naturelles combiné à une situation d’extrême pauvreté et de vulnérabilité des populations m’a immédiatement choqué.

Cette situation trouve selon moi ses origines dans une mauvaise gouvernance empêchant une gestion de biens publics, tels que ce parc, dans une optique de maximisation du bien-être du plus grand nombre de congolais possible. Face à ces enjeux systémiques, il m’a semblé difficile d’envisager changer les choses par une approche individuelle, isolée et j’ai souhaité aider à mobiliser toutes les énergies positives au sein d’un cadre structurant, expliquant ma volonté de m’impliquer dans la création du Réseau CREF en collaboration avec d’autres acteurs.

Celui-ci est une plate-forme thématique de 29 OSC actives dans la gestion des ressources forestières et la promotion des droits des communautés au Nord Kivu. Il constitue un cadre de concertation multi-acteurs et un outil de lobbying, plaidoyer et renforcement des capacités de ses organisations membres. 

Celles-ci prônent des valeurs de transparence, solidarité, synergie, amour du travail bien fait et promotion du genre et de l’équité. 

De manière opérationnelle, nos objectifs stratégiques sont d’appuyer techniquement les membres, défendre leurs intérêts stratégiques dans le secteur de la gestion durable des ressources naturelles et favoriser les synergies. Nous mettons un accent particulier sur le renforcement de la gouvernance associative de nos membres, notamment à travers un système d’audits annuels des organisations et sommes en train de créer un système d’information et de documentation permettant de capitaliser sur la situation au Nord Kivu.

Qu’attendez-vous de vos partenariats avec des acteurs techniques et financiers extérieurs à la région 

Nos partenaires doivent continuer leur travail de plaidoyer et trouver des stratégies pour garantir sur le long terme la sécurité des défenseurs environnementaux. 

Dans notre contexte, protéger la Nature, défendre les droits des communautés et plus globalement une bonne gouvernance de l’exploitation des ressources naturelles nécessite une prise de risque de plus en plus importante, aussi bien au niveau des organisations qu’individuellement, plusieurs de nos membres étant régulièrement menacés et parfois évacués de la région pour des questions de sécurité.

La communauté internationale doit jouer un rôle important pour s’assurer que l’ensemble des parties prenantes, particulièrement les multinationales opérant en RDC, respectent les droits humains et environnementaux et plus globalement les cadres légaux congolais et directives internationales.

Il est important de veiller à ce que la marge de manœuvre de la société civile locale ne soit pas réduite, afin qu’elle puisse continuer à jouer son rôle de garde-fous.

Quelles sont vos perspectives et priorités d’actions pour les mois et années à venir ?

Continuer à tout faire pour informer le monde sur la situation dans les Virunga, ce qui s’y joue actuellement.

Un déclassement de l’AP serait une véritable catastrophe à tous points de vue, et nous devons continuer notre mobilisation collective contre cette éventualité.

Informer les communautés sur les enjeux en cours dans la région, dans le même temps faire remonter leurs positions et avis est également une priorité continue, tout comme jouer notre rôle de porte-parole. La prise de décision doit être inclusive et à nouveau, nous touchons à des aspects de gouvernance, qui est selon moi le cœur même du problème, l’aspect sur lequel nous devons focaliser notre travail si nous souhaitons parvenir à réellement changer la donne. 

 

Location: 
West and Central Africa
Project and Initiatives: 
PPI
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