Septembre 2015- RDC: John BOLOLA, coordinateur de l'ONG Groupe d’Appui à la Conservation des Ecosystèmes de Basankusu et Bolomba (GACEBB)

Bonjour John, vous êtes le fondateur et coordinateur de l’ONG congolaise Groupe d’Appui à la Conservation des Ecosystèmes de Basankusu et Bolomba-«GACEBB»- basée à Basankusu dans la province de l’Equateur en RDC. 

John Bolola-GACEBB

Parlez-nous un peu de l’Equateur, plus précisément des problématiques environnementales auxquelles celle-ci fait face. Quelles sont-elles et quelles en sont les causes ?

La province de l’Equateur est une des 11 provinces de la RDC. Constituée de forêts tropicales denses et humides et couvrant une superficie comparable à celle de la France, elle contient une biodiversité importante, dont des espèces emblématiques, parfois endémiques à la RDC, telles que bonobos, éléphants, paons congolais ou pangolins géants. 

En termes de problématiques environnementales, on peut noter une forte pression sur les espèces fauniques et l’environnement en général qui se manifeste par le braconnage et le trafic de viande de brousse, l’exploitation forestière, parfois illégale, d’essences précieuses par des opérateurs économiques et le développement de grandes plantations commerciales à l’instar de la Compagnie du Commerce et des Plantations. La croissance démographique est également selon moi préoccupante.

La dégradation environnementale se combine à une situation extrêmement préoccupante en termes d’indicateurs de développement socio-économique (insécurité alimentaire, absence de services publics, notamment en termes d’éducation et d’assainissement) et je pense que les deux phénomènes s’auto-entretiennent. L’absence d’opportunités d’emplois est préoccupante pour les habitants de cette région, ceux-ci ne disposant pas de revenus leur permettant de répondre à leurs besoins primaires. Cette situation impacte négativement l’environnement, les obligeant notamment à exploiter de manière non durable les ressources forestières pour subvenir à leurs besoins.

Les causes de ces phénomènes sont liés et multiples. L’enclavement de la région constitue clairement un frein à son développement socio-économique, en empêchant la plupart des opérateurs économiques et ONG de venir y opérer. La corruption criante est également un problème majeur qui influe négativement les aspects relatifs à la conservation, notamment en contraignant la mise en œuvre d’actions et en autorisant des actions normalement illégales et dommageables à l’environnement.

De plus, des valeurs ancestrales favorables à la conservation sont en train de disparaitre progressivement, notamment en raison de l’adoption de comportements dits « modernes », plus individualistes. Dans le passé, la chasse ne pouvait s’opérer que sur ordre du chef et pas sur toutes les espèces. C’est de moins en moins le cas. 

Pour contrer ces menaces, les moyens mis à disposition des acteurs, dont la société civile congolaise, ne sont pour le moment clairement pas à la hauteur de l’enjeu.

Comment et pourquoi a été créé le GACEBB ? Quelle est la philosophie et la vision de l’organisation?

Dans ce contexte, le GACEBB a été créé en 2010  à Mbandaka avec le soutien de l’ONG française AWELY. L’objectif était alors de favoriser l’appropriation et la durabilité des actions de conservation entreprises dans la région par cette organisation à travers la création d’une ONG congolaise, gérée directement par des congolais. 

En partenariat avec d’autres organisations nationales et internationales de conservation, l’objectif du GACEBB est de contribuer à la conservation de la biodiversité de l’écosystème forestier de Basankusu et Bolomba, plus spécifiquement en focalisant ses actions sur la conservation du bonobo. Nous cherchons à mettre en place les préalables nécessaires à une cohabitation harmonieuse entre cette espèce et les habitants de notre zone d’intervention, notamment en collaborant avec des acteurs à l’origine d’actions telles que la chasse ou la vente de viande de brousse.

Méthodologiquement parlant, le GACEBB se base sur des principes d’appropriation et responsabilisation des communautés avec lesquelles nous collaborons. Notre travail est guidé par des principes tels que le Consentement Libre et Eclairé (CLIP) et les actions entreprises avec ces dernières, notamment en matière d’alternatives à la chasse et vente de viande de brousse, émanent directement des communautés, ne sont pas imposées par le GACEBB.

Les notions de renforcement des capacités sont importantes et nous considérons cela comme des aspects primordiaux à la réussite des actions entreprises. Nous tenons à ne jamais faire de promesses aux communautés que nous accompagnons et souhaitons ancrer notre action dans la durée, les changements ne peuvent s’opérer que sur des échelles de temps de moyen et long terme.

L’objectif est de fournir aux communautés des outils permettant de se réapproprier leur destin, d’être plus maître et responsable de leur développement socio-économique, tout en veillant en continu à ce que cela soit compatible avec la conservation des bonobos.

Focalisons-nous un peu sur les bonobos, cibles principales de votre intervention. Par quel mécanisme envisagez-vous réduire les pressions pesant sur cette espèce phare, menacée et endémique à la RDC 

La réduction des pressions sur les bonobos telle qu’envisagée par le GACEBB passe par la sécurité et la souveraineté alimentaire, particulièrement pour des catégories d’acteurs prédatrices pour la faune sauvage, à savoir les chasseurs et les vendeuses de viande de brousse. 

Si nous réussissons à soutenir la montée en puissance d’activités alternatives, permettant à ces personnes d’avoir à leur disposition une source de nourriture appropriée (notamment en termes de protéines animales disponibles) et de revenus permettant de subvenir à leurs besoins de première nécessité, nous espérons que les pressions sur les bonobos et la faune sauvage en général diminuera, à travers la baisse de l’intérêt et de la rentabilité de l’effort relatif à la sortie en forêt associée à la chasse.

Concernant les femmes, leurs pressions sont plus indirectes mais bien réelles, celles-ci ayant une responsabilité sociale importante associée à la nécessité de se procurer des revenus. Il y a nécessité de les aider à obtenir des revenus provenant d’autres sources que la revente de viande de brousse. 

Vous êtes une ONG relativement jeune, encore dans un stade de construction et consolidation.  Quels sont les principaux défis auxquels votre organisation fait-elle face à l’heure actuelle et sur quels aspects pensez-vous particulièrement important et prioritaire de renforcer vos capacités afin d’augmenter vos impacts et assurer la pérennité de vos actions ?

Le principal défi auquel notre ONG fait face est lié à l’obtention de financements durables et continus, ce qui renvoie également aux questions de montage et d’écriture de projets. Cette notion de continuité est importante car l’arrêt momentané des activités sur le terrain a des conséquences auprès de nos organisations partenaires. 

Un de nos objectifs pour les années à venir est de parvenir à faire classer en forêts communautaires, gérées par et pour les communautés, certaines zones forestières où nous intervenons. Pour cela, un certain nombre d’activités de suivi écologique et de cartographie du milieu doit être mené et l’équipe a actuellement un besoin important de renforcement des capacités sur ces aspects. 

Enfin, en tant que jeune organisation, les aspects organisationnels nous semblent particulièrement importants. Nous devons être clairs sur notre vision et la mission que nous nous assignons, aussi bien en interne qu’auprès des partenaires. Pour cela, nous avons commencé à nous faire accompagner sur des questions de leadership, mais nous souhaitons vivement dans les années à venir continuer à clarifier notre culture organisationnelle et renforcer nos capacités sur ces aspects.

Vous faites partie d’une alliance visant la conservation des Grands Singes en Afrique Centrale, initiée et menée en collaboration avec 5 autres ONG africaines de la sous-région, le Programme « PPI-Grands Singes d’Afrique Centrale » (PPI-GSAC). Parlez-nous un peu de ce programme. En quoi cette action collective est-elle intéressante et par quel mécanisme celle-ci pourrait-elle vous permettre d’augmenter progressivement vos impacts sur la conservation des grands singes à l’échelle de la sous-région ?

Ce programme en cours de démarrage est innovant et pertinent pour une organisation telle que le GACEBB. Il peut nous permettre d’améliorer notre niveau de technicité et de renforcer nos capacités, à travers la collaboration avec d’autres ONG africaines travaillant sur le même sujet que nous. Cet aspect est particulièrement important. 

Au cours de la mise en œuvre de la première année d’activités de l’alliance, des échanges d’expériences entre les 5 ONG sont prévus, tout comme des actions de renforcement des capacités diverses, encore en cours de définition. Je pense que ces aspects et échanges croisés aideront le GACEBB à gagner en efficience. Nous voyons cela comme un bon moyen de s’inspirer de ce que font les autres, de leurs expériences, pour obtenir de meilleurs résultats.

L’alliance constitue également une belle opportunité pour obtenir plus de soutiens de la part des PTF pour nos actions de terrain, d’augmenter notre visibilité et crédibilité, d’avoir une plus grande influence politique et de voir notre rôle mieux reconnu auprès de l’ensemble des parties prenantes de la conservation des grands singes en Afrique Centrale. 

Ce sont sur ces aspects que le PPI-GSAC est selon moi innovant et philosophiquement intéressant. 

 

Location: 
West and Central Africa
Project and Initiatives: 
PPI
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