Une jeune championne des aires marines protégées transmet ses messages pour la sauvegarde de l'environnement par la danse

Au cours de ses activités dans les Caraïbes, le Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA), mis en œuvre conjointement par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a axé la plupart de ses efforts sur le renforcement des capacités parmi les jeunes gestionnaires d’aires protégées. Tricia Greaux, jeune professionnelle de 28 ans actuellement Responsable des ressources marines pour les aires marines protégées au Département des ressources marines de la fédération de Saint-Kitts-et-Nevis, a bénéficié à plusieurs reprises de formations par le biais du BIOPAMA.

Tricha and her dance group performing a Lionfish Awareness dance at the 13th Annual Nevis to St Kitts Cross Channel Swim, April 2015

Tricia est Administratrice certifiée d’aire marine protégée, et siège à plusieurs comités tournés vers la création de la première aire marine gérée dans cet État insulaire composé de deux îles. Danseuse, chorégraphe, entrepreneure créative et culturelle certifiée, Tricia croit qu’il est possible de sensibiliser les communautés à travers la danse. Fondatrice et directrice de la Compagnie de danse Anjolique, elle utilise ses talents pour sensibiliser les communautés aux questions sociales et environnementales comme le cancer du sein, les violences domestiques et sur les enfants, la conservation de l’eau (avec la campagne « Just do one thing »), et le poisson-lion (pterois).

Dans l’entretien ci-dessous, Tricia Greaux revient sur son parcours, sa participation à la formation BIOPAMA et ses objectifs futurs.

Pourquoi et quand avez-vous décidé de vous impliquer dans la gestion des aires protégées ?

Depuis toute petite, je suis fascinée par les baleines et les grands mammifères marins. Mon grand-père était pêcheur, ce qui a sûrement joué un rôle dans ma passion pour le milieu marin. Puis la visite de Greenpeace dans mon école primaire a accru mon désir de protéger l’habitat de ces animaux. J’ai convaincu tous mes camarades de classe de signer une pétition afin d’interdire la chasse à la baleine !

Au lycée, je me suis mise à apprécier de plus en plus l’environnement. Mais je savais que, pour avoir une légitimité sur le sujet, il fallait que je sois qualifiée. J’ai donc décidé de suivre des études de biologie marine à l’université des îles Vierges (UVI). Je suis devenue l’Ambassadrice UVI de l’Agence de protection environnementale et ai initié le programme « Pristine Pearl Environment » grâce aux programmes d’Alpha Kappa Alpha Sorority, Inc.. Pour avoir mon diplôme, j’ai fait des présentations sur des sujets qui me tenaient à cœur : « Se servir de la danse pour enseigner la biologie : une méthode accessoire » ; « Aires marines protégées : le message du danseur ». Après ma deuxième présentation, j’ai réalisé à quel point un système régional connecté d’aires marines gérées nous faisait défaut et j’ai décidé de m’engager activement pour changer cela. J’ai postulé en 2013 au Département des ressources marines pour être Responsable des aires marines protégées. Depuis, j’occupe ce poste et je suis actuellement engagée dans la création de notre première aire marine gérée.

Vous avez participé à deux ateliers sponsorisés par le BIOPAMA au Belize et à Grenade. Dans quelle mesure ces deux ateliers ont-ils accru vos capacités de gestion des aires protégées ?

La formation sponsorisée par le BIOPAMA au Belize, à laquelle j’ai participé en tant que Responsable junior des aires marines protégées, m’a fortement inspirée car j’ai vu à quel point le Belize avait réussi à créer et à gérer un réseau d’aires marines protégées. J’ai donc ajouté cela à ma liste d’objectifs pour la région des Caraïbes orientales. L’atelier de Grenade proposait une formation académique rigoureuse, qui m’a permis d’être certifiée comme Gestionnaire d’aire marine protégée.

Y-a-t-il quelque chose que vous changeriez dans vos pratiques de gestion, maintenant que vous avez participé à ces ateliers ?

La participation à ces ateliers de formation a accru mes compétences administratives, et m’a également permis de vraiment apprécier tout le travail, les ressources et les efforts nécessaires pour initier et soutenir des initiatives comme les aires marines protégées.

Quels sont les principaux messages que vous souhaitez transmettre au grand public sur les aires protégées ?

Je souhaite que le grand public soutienne les décisions et les actions positives de gestion que nous prenons actuellement pour protéger et entretenir les ressources de l’environnement marin, afin de garantir des moyens d’existence durables pour les utilisateurs futurs de cette ressource.

Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser la danse comme moyen pour faire passer ces messages, et où ont généralement lieu ces performances ?

En tant que danseuse, je suis parfaitement consciente que le mouvement provoque des émotions et suscite des réponses et reflète des thèmes et des messages. C’est donc naturellement que j’utilise la danse comme moyen de communiquer ma passion de la mer. Avec la compagnie Anjolique, nous organisons des performances basées sur les communautés, des festivals et des processions dans des villages, ainsi que des spectacles de groupes de danse locale.

Quelle a été la réception du public vis-à-vis de cette approche non-conventionnelle ?

À l’université des îles Vierges, le hall était plein lors de mes présentations ! En plus, j’ai eu à chaque fois des notes excellentes ! J’ai ensuite été responsable de projet de performance artistique basée sur l’environnement marin dans une colonie de jeunes, qui ont ensuite fait un récital devant 500 personnes ! Le récital a eu un vif succès, et nous avons eu d’excellentes critiques dans la presse et des commentaires enthousiastes sur les réseaux sociaux. Les performances de la compagnie Anjolique « Sensibilisation des communautés à travers la danse » ont été applaudies à tout rompre, et le public s’est montré curieux et désireux d’en savoir plus sur les messages transmis.

Quels autres médias non-traditionnels ou populaires utilisez-vous pour transmettre vos messages?

Le Département des ressources marines utilise les réseaux sociaux comme moyen d’informer le public sur le milieu marin et ses ressources. La compagnie Anjolique est sur le point de lancer sa campagne sur les réseaux sociaux, qui vise à réduire les espèces envahissantes : « Mangez le poisson-lion », ainsi qu’une danse intitulée « Protégez les Narrows » (aire marine gérée proposée).

Y-a-t-il des activités de vulgarisation spécialement tournées vers les jeunes ?

Mon action au Département des ressources marines, ainsi que l’alignement du Département avec divers projets comme les Solutions aqua-terrestres des Caraïbes (CATS) et le Réseau des aires marines gérées dans la Caraïbe orientale (ECMMAN), ont permis de réaliser des activités de sensibilisation et de communication tournées vers les jeunes.

Quel a été votre rôle dans la création de la première aire marine gérée à Saint-Kitts-et-Nevis ?

Je suis Chargée de la Pêche, responsable des aires marines protégées au Département des ressources marines. Je siège à plusieurs Comités, notamment l’équipe de réalisation du projet CATS, le Comité consultatif technique et le Comité de financement durable de l’ECMMAN, ainsi que le Comité directeur du projet du FEM. De façon synergique, ces projets permettent la création des aires marines gérées de Narrows.

Quelles sont vos attentes une fois que cette aire marine gérée aura été créée ?

Une fois cette aire marine gérée créée, j’espère obtenir le soutien du grand public, et créer un changement positif d’attitudes et de comportements des utilisateurs de nos eaux fédérales afin qu’ils apprécient davantage cette ressource. J’espère également encourager les occasions de recherche et d’articles dans des journaux scientifiques locaux et étrangers.

Work area: 
Protected Areas
Location: 
Mesoamerica
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