Tragédies du braconnage: il faut protéger les gardes des sites du Patrimoine mondial en RDC

Protéger les sites du Patrimoine mondial naturel est une cause noble, mais qui pose des dangers de vie en République démocratique du Congo. Devant la triste réalité de pertes humaines parmi les gardes de parc, nous devons étudier les solutions au fléau du braconnage d’éléphants, raconte Youssouph Diedhiou, Chargé de Patrimoine Mondial pour l’UICN en Afrique Centrale et de l'Ouest.

Gardes dans le parc national des Virunga, en RDC

La protection du patrimoine mondial pour sa transmission aux générations futures est l’une des plus nobles missions qu’une personne pourrait rendre à l’humanité. Cependant cette mission présente d’énormes risques pour les agents des aires protégées de l’Afrique en général, mais plus particulièrement dans les sites du Patrimoine mondial en République démocratique du Congo.

En effet, les sites du Patrimoine mondial congolais ont été à plusieurs reprises la cible de bandes armées dont le seul objectif est de s’enrichir à travers la vente d’ivoire d’éléphants braconnés. Depuis début 2015, au total 19 vaillants protecteurs de la nature ont donné leur vie pour sauver les éléphants des Parc Nationaux de la Garamba et de Virunga – deux des plus anciens parcs d’Afrique.

En République démocratique du Congo, la situation sécuritaire est si critique qu’on ne peut pas envisager d’envoyer des gardes de parc en patrouille sans le soutien de soldats lourdement armés. C’est pourquoi parmi les hommes qui ont perdu la vie dans les violents combats d’avril et juin dernier figuraient non seulement des gardes, mais aussi 16 soldats.

Ces personnes méritent l’estime et la compassion de toute l’humanité pour leurs actes de bravoure et de sacrifice extrêmes au prix de leur précieuse vie.

Cependant, il y’a bien lieu de se demander ce qu’il faut faire pour éradiquer ce fléau du braconnage de la faune en général et des éléphants en particulier. Face à ces crimes répétés contre les protecteurs de la nature et la  faune mammalienne, ne faudrait-il pas une alliance internationale pour agir de manière efficace ? Pouvons nous espérer des résultats sans actions locales énergiques et bien coordonnées ?

En vérité, ces agressions portent atteinte non seulement à l’intégrité des pays où elles sont commises, mais également à l’intégrité de tous les pays où existent encore ces pachydermes. Si les éléphants disparaissaient dans une région, le braconnage se répandrait là où ils sont  encore viables.

Pour répondre à ces actes barbares, il faudrait prendre des mesures selon le niveau de vulnérabilité des sites du Patrimoine mondial affectés. Pour les sites en zone de conflits militaires, on pourrait par exemple imaginer que des soldats des Nations Unies interviennent pour la sauvegarde des sites du patrimoine mondial naturel et culturel – à l’instar des Casques bleus. Certains parlent de l’idée des « casques verts » à cet égard.

S’il s’agit de pays n’étant pas en zones de conflits militaires, les états parties concernés pourraient mettre en place des brigades transfrontalières de protection de la faune avec des moyens militaires suffisants et durables.  

Par ailleurs, les biens du patrimoine mondial pourraient bénéficier, de la part des états parties et de leurs partenaires, d’un organe opérationnel d’intervention d’urgence pour prévenir tous ces crimes récurrents sur la grande faune Africaine. 

N’oublions pas toutefois que, pour ces deux types de stratégie de lutte anti-braconnage, une implication consentante des communautés locales est nécessaire. Par exemple, dans le Parc National de Virunga, la mise à disposition d’un ‘Numéro Vert’ permet aux membres des communautés avoisinantes d’alerter l’ICCN de toute situation de danger pour le parc et sa faune.  

De telles mesures font partie des solutions coordonnées nécessaires pour faire face aux situations dangereuses pour la faune et les hommes. Le braconnage est une affaire brutale et violente, qui affecte les endroits les plus précieux et riches en biodiversité sur Terre – et le coût humain est insoutenable.

Payons notre respect pour ces illustres protecteurs de la nature qui ont donné leur vie pour protéger l’intégrité des Parcs Nationaux de Garamba et de Virunga.

Pour plus d’information, contacter : M. Youssouph Diedhiou, Chargé du patrimoine mondial de l'UICN en Afrique centrale et occidentale ([email protected])

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Protected Areas
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West and Central Africa
République Démocratique du Congo
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