Partage d’expérience sur l’approche de gestion intégrée des écosystèmes en Afrique de l’Ouest

Du 6 au 8 mai 2015, s'est tenu à Cotonou au Bénin, l'atelier régional de partage d’expériences sur les approches de gestion intégrée des écosystèmes. Il a été organisé par l’UICN-PACO en collaboration du Ministère de l’Environnement, Chargé de la Gestion des Changements Climatiques, du Reboisement et de la Protection des Ressources Naturelles et Forestières du Bénin, de la CEDEAO et de l’UEMOA, dans le cadre du Partenariat pour la Gouvernance Environnementale en Afrique de l’Ouest (PAGE). Cet atelier a permis aux participants de s’approprier le concept et les enjeux de l’approche de gestion intégrée des écosystèmes et de partager les expériences d’application en cours dans les pays.

Photo de groupe des participants à l'atelier de partage sur la GIE

Offrir un cadre d’échanges et de partage des expériences sur l’application de l’approche de gestion intégrée des écosystèmes entre participants. Une approche qui propose une excellente stratégie de gestion intégrée des sols, des eaux et des ressources vivantes. Tel est l’objectif de cette rencontre régionale qui a réuni les organismes sous régionaux, les coordonnateurs de projets et programmes concernant les écosystèmes particuliers et les acteurs de la société civile impliques dans la mise en œuvre des projets sur le terrain, pour un total de vingt-six (26) participants.

A l’ouverture de cette rencontre, le représentant du Directeur régional de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour l’Afrique centrale et occidentale, professeur Aboubacar Awaiss, a rappelé le rôle et l’importance des ressources naturelles dans l’économie des pays de l’Afrique l’ouest. Si cette économie reste dépendante des ressources naturelles, aujourd’hui, il soutient que les réserves en ressources naturelles sont en danger et les chantiers environnementaux sont plus importants et plus urgents avec des tendances futures qui restent préoccupantes. Face à cette situation, il indique que le recours à une approche qui intègre les questions scientifiques, sociales et économiques est indispensable. Parce qu’elle propose « une excellente stratégie de gestion intégrée des sols, des eaux et des ressources vivantes », le professeur Aboubacar Awaiss, précise que cette approche prend en compte la mise en œuvre de trois grandes conventions de Rio sur l’environnement et le développement. Enfin, il a souligné que cet atelier, tout en contribuant à créer une dynamique en Afrique de l’ouest permet de s’interroger sur la manière dont les institutions peuvent créer une synergie pour renforcer l’effectivité des programmes et politiques de conservation et de préservation des ressources naturelles.

Dans son intervention, Mahamane Touré du Centre de Coordination des ressources en eau de la CEDEAO (CCRE/CEDEAO), a signalé que la CEDEAO est partie prenante de l’organisation de cet atelier. Il est surtout revenu sur la gestion intégrée des écosystèmes qui pour lui, constitue « une approche holistique qui conjugue toutes les autres approches de gestion et de conservation des ressources naturelles : la Gestion intégrée des ressources en eau, la gestion durable des fortes, la gestion intégrée des zones maritimes et côtières, les méthodes rationnelles des pêches… Pour lui, dans une région comme celle de l’Afrique de l’ouest qui dispose d’importants écosystèmes comme le massif du Fouta Djallon, « la promotion de la gestion intégrée des écosystèmes apparait comme d’importance cruciale ». En terminant ces propos, il s’est félicité de voir désormais engager « une réflexion de grande envergure, structurée et adossée à un ancrage politique de haut niveau » concernant la gestion intégrée des écosystèmes en Afrique de l’ouest.

En ouvrant officiellement les travaux, le Secrétaire général adjoint du ministère en charge de la gestion des changements climatiques, du reboisement et de la protection des ressources naturelles et forestières, Gervais Yekpogui, s’est réjoui de la tenue de cet atelier au Bénin. En soulignant l’importance de l’approche de gestion intégrée des ressources de la biodiversité, il a rappelé que l’approche par écosystème a été adoptée comme principal cadre d’action de la Convention pour la Diversité biologique au cours de la seconde réunion de Jakarta en novembre 1995. Aujourd’hui, s’il salue les efforts de dissémination et d’appropriation de l’approche, il fonde l’espoir que l’atelier aboutisse à « une plus grande internalisation de la démarche dans les pays de la sous-région.

Au cours des trois jours de travaux, les participants ont suivi dans un premier temps des présentations pour mieux appréhender le concept et les enjeux de l’approche de gestion intégrée des écosystèmes. Dans un deuxième temps, les expériences d’application et les cas pratiques ont été partagés entre les participants.
A la fin de l’atelier les participants ont formulé les recommandations suivantes :

  1. Renforcer la coopération sous régionale en matière de gestion intégrée des écosystèmes ;
  2. Préparer un plan d’actions régional de gestion intégrée des écosystèmes en Afrique de l’Ouest sous l’égide de la CEDEAO ;
  3. Évaluer à juste valeur (écologique, économique, sociale, culturelle, etc.), la contribution des écosystèmes à l’économie nationale ;
  4. Développer des programmes de recherche opérationnelle pour améliorer les connaissances sur les biens et services éco systémiques ;
  5. Mettre en place une plate-forme d’échange entre les experts pour un meilleur partage des expériences sur l’approche par écosystème.

L’atelier a été organisé dans le cadre du «Partenariat pour la gouvernance environnementale en Afrique de l’Ouest (PAGE) », une initiative régionale mise en œuvre par le Programme Afrique Centrale et Occidentale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN-PACO) en collaboration avec ses partenaires. Il vient en appui aux politiques environnementales en Afrique de l’Ouest. Son financement est assuré par l’Agence suédoise pour le développement international (Asdi) sur une période de cinq ans (2014 - 2018).

LES INTERVIEWS

Mahamane Touré, Responsable régional des programmes au CCRE/CEDEAO

Professeur Aboubacar Awaiss, Coordonnateur du programme ressources en Eau et Zones Humides de l’UICN-PACO

Maxime SOMDA, Coordonnateur du programme PAGE de l’UICN-PACO

Seyni SEYDOU, Coordonnateur régional du programme de lutte contre l’inlassablement du bassin du Niger au sein de l’ABN


 

Mahamane Touré, Responsable régional des programmes au CCRE/CEDEAO
« Nous sommes dans la dynamique de promotion de cette approche à travers un processus régional »

Comment la CEDEAO travaille-t-elle à amener les Etats à s’approprier l’approche de gestion intégrée des écosystèmes ?
Nous sommes partie prenante à cet atelier. Pour que les pays s’approprient l’approche de gestion intégrée des écosystèmes, il faut que cela soit dans une politique régionale au niveau de la CEDEAO. Nous sommes dans cette dynamique parce que nous l’avons fait dans d’autres matières. C’est notre mandat et pour nous, il s’agit de s’engager dans un processus régional devant aboutir à une stratégie régionale que la CEDEAO va porter au niveau des pays qui devront l’adopter.

Mais tout cela nous parait long et lent face aux enjeux et défis environnementaux qui attendent. Est-ce qu’il ne faut pas aller plus vite ?
Je ne pense pas que les processus sont lents. Nous l’avons fait au niveau de la GIRE. Et cela a suivi un processus participatif. Face aux problèmes urgents comme par exemple l’écosystème du massif du Fouta Djalon, qui était un projet de l’Union africaine désormais passé à la CEDEAO. Une étude sera faite et nous réaliserons un atlas pour mieux connaitre les problèmes, pouvoir élaborer des programmes et mobiliser les partenaires…Pour la durabilité, il faut toujours une politique et une stratégie régionales.
L’approche de gestion intégrée des écosystèmes est une approche nouvelle, pas trop connue. Nous sommes partie pour promouvoir cette approche à travers un processus régional qui peut aboutir à une stratégie ou un Plan d’actions, des directives…
 

Professeur Aboubacar Awaiss, Coordonnateur du programme ressources en Eau et Zones Humides de l’UICN-PACO
« L’approche de gestion intégrée des écosystèmes tient compte de tous les aspects de la gestion des ressources naturelles et met au cœur de tout cela, l’homme »

Nous avons une région qui est assez particulière sur le plan climatique car l’effet du climat est évident. Mais aussi nous savons que les populations vivent aux dépens des ressources naturelles et que les Etats doivent mettre en place des outils et instruments de gouvernance pour que cette gestion des ressources naturelles se fasse dans la durabilité. Seulement, force est de constater que sur le plan de la gouvernance, nous sommes encore très en retard. C’est le cas de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE). Les pays sont en retard dans l’élaboration des outils. Et ce, malgré que la CEDEAO ait développé un Plan d’actions depuis 2008 et il y a peu de pays qui disposent de plans d’actions. Le Bénin par exemple dispose d’un Plan d’Actions GIRE (PANGIRE) qui lui permettra dans le court et moyen terme, d’asseoir une stratégie concrète en matière de gestion des ressources en eau sans oublier que cette démarche doit prendre en considération les questions transfrontalières. Car, plusieurs pays ont en commun les cours d’eau. (bassin du Niger, bassin du Mono…) Aujourd’hui, nous sommes dans une globalisation et il faut tenir compte de cette réalité-là pour mettre en œuvre les actions sur le terrain.

Comment faire en sorte que les pays s’approprient l’approche de gestion intégrée des écosystèmes ?
Quand on prend le cas des pratiques de pèche, on sait qu’au Bénin par exemple que les pécheurs utilisent les acadja…Et on sait très bien qu’on fait un déboisement important dans le bassin versant et ces ressources-là, permettent de faire fonctionner le système. Et quand on déboise, on crée les conditions de l’érosion. Ce qui signifie perte de terres et donc un impact sur l’agriculture. Tout est lié. L’approche de gestion intégrée des écosystèmes tient compte de tous ces aspects et met au cœur de tout cela, l’homme. L’homme vit aux dépens de ces ressources et si elles ne sont pas disponibles, cela cause un problème social et économique. Nous faisons en sorte de concilier ces activités avec l’environnement immédiat mais aussi à l’échelle des sous bassins. D’où la présence des organismes de bassin du Niger, de la Volta…

Avez-vous un appel à lancer aux partenaires et acteurs dans les pays?
Cette activité est sous l’égide de la CEDEAO. Les pays qui disposent déjà d’un certain de documents stratégiques et d’instruments, le défi c’est d’aller vers l’opérationnalisation de ces documents comme le Bénin en ce qui concerne le Plan d’Actions GIRE en essayant de faire en sorte que la gouvernance de l’eau soit prise en compte dans toutes ses composantes. Mais aussi que toute cette dynamique s’accompagne d’actions concrètes sur le terrain en matière de conservation des eaux et des sols. Donc, il faut éviter le transport de matériaux solides vers l’aval et faire en sorte que dans la conduite des activités socio-économiques, qu’on privilégie des bonnes pratiques en matière de pêche et agricole et qui évite que l’érosion du sol soit effective et d’où la perte du potentiel productif. Pour toutes ces problématiques, nous disposons en grande partie d’instruments. Il faut maintenant, aller dans le sens de la mise en œuvre concrète sur le terrain.
 

Maxime SOMDA, Coordonnateur du programme PAGE de l’UICN-PACO
« L’ensemble des activités doit permettre aux pays de s’approprier cette approche et de l’adopter »

Cet atelier rentre dans le cadre des activités du programme PAGE. Dans la gestion des écosystèmes, il vise à promouvoir cette nouvelle approche qui est fondée sur la Convention sur la Diversité Biologique. C’est dans ce sens, que nous voulons que cette approche soit une réalité en Afrique de l’ouest.
Nous sommes dans la dynamique de trouver des réponses adéquates à la gestion qui est fait des écosystèmes. C’est le 3e objectif spécifique du programme concernant la gestion intégrée ou la gestion durable des écosystèmes. L’ensemble des activités doit permettre à terme aux pays de s’approprier cette approche et de l’adopter. Dans le cadre du programme PAGE, nous travaillons en étroite collaboration avec d’autres partenaires. Tout se fait en partenariat avec eux et nous recherchons toujours la synergie et c’est dans ce sens que nous espérons résoudre les problèmes et augmenter l’échelle d’intervention.

Est-ce que votre message a un écho auprès des gouvernements ?
Nous n’intervenons pas de façon directe au niveau des pays. Nous travaillons avec les institutions sous régionales qui à leur tour, ont le pouvoir d’influencer les pays. De cette manière, nous allons atteindre les pays. A terme, nous pensons contribuer à changer ou modifier un peu les politiques et stratégies nationales. En termes de moyens, nous avons un budget d’environ 6 millions d’euro pour financer les activités et nous avons des experts dans chaque domaine d’intervention. Il faut la mettre en œuvre dans tous les pays qui ont tous signé la Convention sur la diversité biologique.
 

Seyni SEYDOU, Coordonnateur régional du programme de lutte contre l’inlassablement du bassin du Niger au sein de l’ABN
« Chacun intervient de son côté avec une approche différente et il fallait à un moment ou à un autre qu’on se retrouve pour mettre en synergie toutes ces approches »

Qu’est-ce qui justifie votre présence à cet atelier portant sur le partage d’expériences en ce qui concerne l’approche de gestion intégrée des écosystèmes ?
La gestion d’une autorité comme celle du bassin du Niger qui gère le 3e plus grand fleuve de l’Afrique est une gestion basée sur beaucoup d’écosystèmes. Le fleuve du Niger traverse plusieurs écosystèmes et cela lui impose d’instaurer et de mettre en place un Plan d’actions de développement durable pour la gestion intégrée des écosystèmes. C’est pour cela que les chefs de l’Etat ont demandé que l’ABN se rapproche des partenaires pour une gestion intégrée des ressources et parmi les programmes, il y a le programme de lutte contre l’ensablement du fleuve Niger, le programme de développement des ressources en eau et de développement des écosystèmes….Tous ces programmes interviennent au niveau du même fleuve et en plus nous sommes dans l’UEMOA, la CEDEAO…il y a les programmes au niveau des pays et au niveau des institutions sous régionales. Donc, chacun intervient de son côté avec un type de gouvernance et une approche différente et qu’il fallait à un moment ou à un autre, qu’on se retrouve pour mettre en synergie toutes ces approches, mettre en commun nos efforts et gérer de façon durable l’ensemble de nos écosystèmes pour les populations et lutter contre la pauvreté. Ceci afin d’inverser les tendances en ce qui concerne la dégradation des terres et des eaux.

Au niveau de l’ABN, comment faites-vous pour que ce message soit entendu au niveau des pays membres ?
Pour cela, les chefs d’Etats et de gouvernement ont instruit l’Autorité d’élaborer à travers une vision partagée, un Plan d’action de gestion durable du bassin assorti d’un Programme d’investissement 2008-2025. Ce PADD a été adopté par l’ensemble des 9 pays en présence de plusieurs partenaires la Banque mondiale, la BAD, la KWF…et les partenaires techniques comme I’UICN, le CCRE…Nous intervenons à travers ce programme dans les pays pour les aider à comprendre les pratiques et technologies qu’il faut utiliser pour inverser les tendances en ce concerne la dégradation des terres et quelles sont les meilleures approches et pratiques…le programme de lutte contre l’ensablement des terres mis en œuvre depuis 11 ans maintenant, a obtenu des bons résultats qui sont capitalisés dans un document disponible.
 

Work area: 
Water
Wetlands
Environmental Governance
Location: 
West and Central Africa
Burkina Faso
Ghana
Mali
Sénégal
West and Central Africa
Niger
West and Central Africa
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