S'adapter ou mourir : les enseignements tirés de la conservation des vautours en Asie du Sud

Passer du domaine technique des jauges au suivi des oiseaux par GPS offre un bel exemple de gestion adaptative, que présente Ananya Mukherjee, conservatrice bénéficiant d'une subvention SOS. De fait, ce changement de technique a permis au projet de conservation des grands vautours de continuer la poursuite de son objectif : créer trois Aires de protection des vautours dans le sous-continent indien.

Vultures

Imaginez que vous soyez une conservatrice indienne, qui se consacre à la préservation des vautours, et que vous ayez un plan. Ce plan prévoit de créer des Aires de protection des vautours , puis de prendre les mesures nécessaires pour qu’elles soient suffisamment protégées en prévision du jour où ces oiseaux viendraient à être réintroduits pour pouvoir reprendre leur rôle de nettoyeurs de la nature.

Mais que se passe-t-il quand les choses ne se passent pas comme prévu. S'inspirant de l'exemple de la nature, ou pourrait répondre « s'adapter, ou mourir » !

Les Aires de protection des vautours s’étendent sur des superficies de 30 000 km2 déclarées exemptes du produit pharmaceutique diclofénac. Employé bien longtemps dans le traitement d'animaux de ferme, le diclofénac s'est également avéré très vénéneux pour les vautours, et ce particulièrement pour les espèces de vautours à dos blanc endémiques de l’Asie du Sud.

Depuis les années 1990, la population des vautours a chuté de 97 % en Inde. Il était donc capital de veiller à l'absence de diclofénac dans l'alimentation des vautours, et notamment dans les carcasses de bétail sur lesquelles ils se nourrissent, afin d'assurer leurs perspectives de rétablissement.

Bien qu'illégal pour les usages vétérinaires en Inde, le diclofénac est un produit bon marché largement disponible pour la consommation humaine, rendant d'autant plus lents et difficiles les efforts déployés pour amorcer un passage à des options sûres mais plus onéreuse, telles que le méloxicam. Les progrès ont été lents, mais réguliers grâce aux efforts coordonnés du programme SAVE : Saving Asian Vultures from Extinction (Sauver les vautours asiatiques de l’extinction).

Parallèlement à la création d’aires de protection des vautours de concert avec différentes parties prenantes, l'organisation RSPB, bénéficiaire d'une subvention SOS, et ses partenaires prévoyaient d'utiliser une technique nouvelle - l'emploi d'une jauge - pour détecter la présence de diclofénac dans les carcasses de bovins morts à l'intérieur de ces aires. Cependant, les résultats des essais réalisés n'ont pas été convaincants. En raison du manque total de fiabilité de cet instrument, il a été impossible de savoir si du diclofénac était présent ou non dans les carcasses. Ceci a certes ébranlé l’espoir de pouvoir réintroduire les vautours dans ces zones..

« En matière de conservation, il est impossible de tout prévoir », souligne Ananya Mukherjee en évoquant sa déception devant cet insuccès à mi-parcours du projet.

Ayant évalué diverses autres options, l'équipe de projet décida que le seul moyen de s’assurer de la présence ou non de diclofénac consistait à surveiller directement la présence et la santé des vautours dans les aires de protection désignées, en utilisant le marquage des oiseaux et leur suivi par satellite.

Cette méthode devrait permettre à l’équipe de suivre les mouvements et le développement des oiseaux à l'intérieur des aires de protection. Mais le marquage d'oiseaux sauvages n'est pas non plus une solution idéale.

Cette technique coûte cher et le marquage ne peut se faire sans permis officiel. « C’est pourquoi nous devons être certains que les aires de protection sont protégées avant même d'entreprendre le marquage », explique Ananya.

Mais garantir la sécurité des aires de protection des vautours dépend d’un solide travail de sensibilisation et de plaidoyer. Forte de son succès à ce jour, Ananya a récemment publié un article dans le périodique Mistnet, de la Société d'histoire naturelle de Bombay, sous le titre « Vulture Safe Zones to save Gyps Vultures in South Asia » (Aires de protection des vautours pour protéger les vautours à dos blanc en Asie du Sud)

Le travail de plaidoyer consiste avant tout à impliquer peu à peu les parties prenantes de différents niveaux en vue d’intégrer les aires de protection des vautours à leur planification environnementale tout en promouvant l'usage du méloxicam.

Dans le même temps, des enquêtes périodiques sur le commerce pharmaceutique ont été effectuées tous les ans pour déterminer la tendance des ventes de diclofénac, savoir si le message adressé aux détaillants et agriculteurs se matérialise, à savoir s’il a été suivi d'effets grâce à l'adoption du méloxicam, l'alternative inoffensive pour les vautours.

En se basant sur les progrès enregistrés à ce jour, Ananya espère marquer quelques vautours en 2015 dans les états d'Haryana et d'Assam, et plus tard dans l'Utah Pradesh. Par la suite, elle envisage de s'occuper des autres états indiens.

Il s'agit d'un progrès considérable si l'on pense que « trois États différents sous-entendent quatre aires de protection différentes en raison de l'existence de quatre dynamiques sociopolitiques différentes ». Mais ce petit détail ne va pas empêcher Ananya Mukherjee de poursuivre sont objectif.

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