Le statut de Patrimoine mondial n’écarte pas les menaces d’extraction et de barrages dans les sites naturels

Paris, le 26 octobre 2016 – L’industrie extractive et les grands barrages sont parmi les plus grandes menaces pour les sites naturels du Patrimoine mondial, qui comptent des enseignes tels que le Parc des Virunga, Iguaçu et les Sundarbans. Voilà l’une des conclusions de la session du Comité du patrimoine mondial, suivant les recommandations de l'Union internationale pour conservation de la nature (UICN). La réunion s’est close aujourd'hui au siège de l'UNESCO à Paris.

Photo: IUCN / Elena Osipova

Le Comité du patrimoine mondial appelle les gouvernements et le secteur privé à respecter les sites du Patrimoine mondial comme des « zones interdites » pour l'industrie extractive, suivant le constat de l’Horizon du patrimoine mondial de l'UICN, qui confirme les activités d’extraction comme une menace croissante pour les sites naturels. Le principe de zones interdites rappelle que les opérations minières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial.

La demande du Comité fait écho aux inquiétudes exprimées par les membres de l'UICN sur le nombre toujours plus croissant d’activités industrielles – telles que les industries minière, pétrolière et gazière – et la construction d’infrastructures – telles que les barrages et les routes – affectant non seulement les sites du Patrimoine mondial, mais toutes les aires protégées dans le monde.

« Les gouvernements et la société civile ont demandé lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN en Septembre que toutes les aires protégées soient considérées comme des zones interdites pour les activités industrielles et les infrastructures à grande échelle » déclare Tim Badman, Directeur du Programme du patrimoine mondial de l'UICN. « Pour rester crédible, la Convention du patrimoine mondial doit démontrer son leadership et assurer la protection des sites naturels les plus marquants de la Terre contre ses grandes menaces. »

Le Parc national des Virunga en République démocratique du Congo a longtemps été exposé à des menaces d’extraction. Ces dernières années, les compagnies pétrolières et gazières Total et Soco se sont engagées à ne pas opérer dans les sites inscrits au Patrimoine mondial. Mais la recommandation faite cette année par l'UICN et l'UNESCO pour le Comité a signalé une nouvelle menace pétrolière venant d’une concession accordée en Ouganda, en lisière du site. Virunga est le parc le plus ancien d'Afrique et l'une des zones les plus riches en biodiversité de la planète.

Les grands projets de barrages sont également identifiés comme une menace majeure pour les sites du Patrimoine mondial, souvent aggravée par un manque d’évaluations d’impact environnemental sur leurs valeurs exceptionnelles. Sous les conseils de l'UICN, le Comité demande aux gouvernements de prévoir que de telles infrastructures sont incompatibles avec le statut de Patrimoine mondial.

Les barrages peuvent affecter les valeurs esthétiques, comme dans les célèbres chutes d'Iguaçu situées dans deux parcs classés au Patrimoine mondial au Brésil et en Argentine. Les habitats naturels peuvent aussi être endommagés. Des projets de barrages interfèrent avec un corridor migratoire pour les poissons dans les Réserves de la cordillère de Talamanca-La Amistad/Parc national La Amistad, aux frontières du Panama et du Costa Rica. Comme recommandé par l'UICN, le Comité a exprimé son profond regret sur le feu vert accordé par le Panama pour la construction du barrage Changuinola II, malgré l'absence d'un processus complet d'évaluation d'impact.

Le Comité a suivi les conseils de l'UICN exigeant que les évaluations d'impact environnemental spécifient comment des projets d'infrastructure pourraient affecter les valeurs liées au Patrimoine mondial. Ces évaluations devraient s’appliquer à tous les projets susceptibles d'avoir un impact, même lorsqu’ils sont situés en dehors des limites d’un site.

Le site des Sundarbans au Bangladesh est exposé à plusieurs menaces, y compris la centrale à charbon Rampal prévue à proximité du site. Une récente mission de l’UNESCO et de l’UICN, dont les conclusions seront présentées au Comité en 2017, a révélé que l'évaluation de l'impact de la centrale sur l’environnement préparée par le Bangladesh ne tenait pas tout à fait compte de son impact sur les valeurs du patrimoine mondial. Les Sundarbans font partie de la plus grande forêt de mangrove du monde, qui abrite le tigre royal du Bengale.

Le Comité du patrimoine mondial se réunit chaque année pour prendre des décisions sur les mesures nécessaires pour protéger les sites du patrimoine mondial et sur l’inscription de nouveaux sites sur la Liste du patrimoine mondial. L'UICN est l'organe consultatif sur le patrimoine mondial naturel, fournissant des conseils techniques indépendants au Comité.

Le Comité du patrimoine mondial s’est rassemblé cette semaine pour continuer sa session, qui avait été interrompue à Istanbul au mois de juillet.

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World Heritage
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