L'UICN recommande le statut de site du patrimoine mondial en péril pour l'archipel de Socotra au Yémen

Le développement incontrôlé, la pêche non durable et les espèces envahissantes menacent l'archipel de Socotra au Yémen, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui recommande de placer le site sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Socotra Archipelago, Yemen

La recommandation de l'UICN est basée sur des rapports des Nations Unies et des médias internationaux – entre autres sources – évoquant des constructions incontrôlées sur l'île de Socotra, principalement liées à des investissements privés dans la région. Parmi celles-ci figurent des centres de loisirs dans des zones écologiquement sensibles, qui endommagent les récifs coralliens et les plages de nidification des tortues, et des installations d'exportation de poisson qui défavorisent les pêcheries traditionnelles et augmentent le prix du poisson, au point qu’il devient hors de portée pour la population locale.

« Les trésors naturels de Socotra qui paraissent d’un autre monde sont fascinants à voir, mais ils sont également essentiels à la survie de ceux qui vivent dans l'archipel » a déclaré Inger Andersen, directeur général de l'UICN. « La nature de Socotra est unique et irremplaçable, et il est de notre responsabilité collective de la sauvegarder. L'UICN se tient prête à travailler avec ses partenaires pour répondre d'urgence aux menaces graves qui affectent ce site exceptionnel et ses habitants. »

Souvent décrit comme « un lieu extraterrestre sur Terre » ou « les Galápagos de l'océan Indien », l'archipel de Socotra est situé à 380 km au large des côtes du Yémen. Il abrite une faune marine exceptionnelle et très diversifiée, et des espèces uniques de plantes, de reptiles et d'oiseaux dont beaucoup ne se trouvent nulle part ailleurs, comme l'arbre au sang du dragon et la buse de Socotra, tous deux classés comme Vulnérables sur la liste rouge de l'UICN des espèces menacées™.

La distance qui le sépare du reste du Yémen a jusqu'ici permis à l’archipel d’échapper aux conflits civils qui affectent d'autres parties du pays. Cependant, dû à la difficulté à y accéder, Socotra est devenu de plus en plus isolé, notamment suite à deux cyclones en 2015 qui ont détruit des villages, des routes, des réseaux d’électricité et d’eau, et des arbres. Le cyclone Mekunu, qui a frappé Socotra en mai 2018, a à nouveau causé des dégâts et des pertes humaines. De telles tempêtes sont considérées comme rares dans cette partie de l'océan Indien.

Selon la recommandation de l'UICN, l'écosystème fragile du site est à présent aussi menacé par des espèces non indigènes introduites par des cargos non inspectés et une végétation exotique plantée en bords de routes. Les espèces exotiques envahissantes sont la première menace pour l’ensemble des sites naturels du patrimoine mondial, suivies du changement climatique, selon l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN paru en novembre 2017.
« Une multitude de menaces sévit dans l'archipel de Socotra et nombre d'entre elles découlent d'activités humaines qui évoluent rapidement et doivent être contrôlées » a déclaré Peter Shadie, conseiller principal pour le patrimoine mondial à l'UICN. « En plaçant le site sur la Liste du patrimoine mondial en péril, on peut mobiliser une action tout aussi rapide pour assurer la conservation de Socotra tout en répondant aux besoins des populations locales. »

L'UICN est l'organe consultatif sur la nature auprès du Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette année, il a fourni des conseils sur 58 sites naturels du patrimoine mondial menacés et a évalué neuf sites aspirant au statut de patrimoine mondial en raison de leurs valeurs naturelles. Le Comité du patrimoine mondial prendra des décisions lors de sa réunion annuelle au Bahreïn du 24 juin au 4 juillet.

Suivez l'UICN à la 42e session du Comité du patrimoine mondial sur www.iucn.org/42whc.

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