Les aires protégées
méritent un soutien financier important en raison des avantages
considérables qu'elles procurent.
La communauté internationale
est convenue, à l'occasion du Sommet mondial pour le développement
durable (SMDD), d'uvrer à la réalisation de l'objectif
d'une forte réduction du rythme de perte de la diversité
biologique d'ici à 2010.
Toutefois, faute de financement
adéquat, les gestionnaires des réseaux d'aires protégées
sont obligés de consacrer de plus en plus de ressources pour
obtenir leur propre financement, et les aires protégées
elles-mêmes sont de plus en plus menacées de dégradation.
Pour illustrer ce manque,
il suffit de dire qu'au début des années 1990, les budgets
des aires protégées représentaient à peine
20 pour cent des 20 à 30 milliards de dollars qui auraient été
requis, pendant les 30 années suivantes, pour établir
et entretenir un réseau complet d'aires protégées
englobant des écosystèmes de zones humides, terrestres
et marins.
Et malgré cela, il
y a encore des politiques gouvernementales et d'autres obstacles institutionnels
qui limitent sciemment ou non les flux de ressources financières
nécessaires aux aires protégées, par exemple :
a. par comparaison à
d'autres programmes budgétaires, la priorité accordée
à la conservation de la nature et des valeurs culturelles associées
est insuffisante ;
b. les revenus du tourisme
et des services environnementaux générés par
les aires protégées (p. ex., taxes sur l'eau) ne sont
pas consacrés à la gestion des aires protégées
;
c. des barrières
institutionnelles limitent les flux financiers vers les aires protégées
;
d. certaines structures
de gestion inadaptées entravent l'acheminement des fonds vers
la gestion des aires protégées ;
e. il n'existe pas de mécanismes
pour encourager les organismes bailleurs de fonds à participer
au financement des aires protégées ;
f. Les plans d'activités
sont peu utilisés, au niveau tant des réseaux d'aires
protégées que d'aires protégées particulières.
Dans le but de résoudre
ces problèmes, la Commission mondiale des aires protégées
de l'UICN a lancé une initiative sur le financement durable.
En conséquence,
les PARTICIPANTS au cycle d'ateliers intitulé " Construire
un avenir financier sûr " du Ve Congrès mondial sur
les parcs réuni à Durban, Afrique du Sud, du 8 au 17 septembre
2003 :
RECOMMANDENT aux gouvernements,
aux organisations non gouvernementales nationales et internationales,
aux communautés locales et à la société
civile :
1. DE METTRE EN UVRE
l'objectif du SMDD lié à la biodiversité et d'évaluer
le coût de sa réalisation.
2. DE FAIRE EN SORTE que
les mécanismes financiers adoptés pour accroître
le revenu procuré par les aires protégées n'entraînent
pas la dégradation de la biodiversité ou la destruction
du patrimoine naturel et culturel.
3. DE COMMUNIQUER plus
efficacement, à la communauté mondiale et nationale,
les résultats des investissements dans les aires protégées
- y compris les résultats obtenus en matière de conservation
et les avantages socio-économiques - afin de renforcer le soutien
au financement des aires protégées.
4. D'ACCROÎTRE, DE
DIVERSIFIER ET DE STABILISER les flux financiers en faveur des aires
protégées et de la conservation de la biodiversité,
notamment par des incitations et un soutien adéquats à
la mise en uvre de divers portefeuilles de mécanismes
de financement, et par des méthodes efficaces et rentables
de gestion des réseaux et systèmes d'aires protégées
en milieu terrestre et marin et dans les zones humides, afin de garantir
la pleine réalisation des objectifs de conservation à
long terme dans chaque écorégion du monde.
5. DE VEILLER à
ce que soit réalisée une évaluation efficace
des biens et services procurés par les aires protégées
et par la biodiversité en général, afin que les
décisions prises en matière de développement
économique tiennent pleinement compte des coûts aussi
bien que des avantages et des impacts sociaux qui sont en jeu.
6. DE SUPPRIMER les obstacles
politiques et institutionnels aux solutions de financement durable,
y compris les obstacles à l'affectation effective de ressources
à l'ensemble des réseaux et systèmes d'aires
protégées, afin que le financement provenant de sources
nouvelles et existantes, et les revenus tirés des aires protégées
aillent intégralement et directement à la gestion des
aires protégées.
7. DE FAIRE EN SORTE que
les aires protégées, ainsi que les communautés
locales et autochtones environnantes en tant que principaux bénéficiaires,
profitent d'un nombre accru de possibilités d'obtenir un revenu
des services d'écosystèmes fournis par les aires protégées.
Il s'agit de possibilités existantes telles que les revenus
du tourisme, et de possibilités nouvelles telles que l'air
et l'eau propres, la maîtrise des crues et la prévention
des catastrophes, la conservation des sols, la conservation du matériel
génétique, les possibilités de loisirs et le
piégeage du carbone.
8. DE PRIER les donateurs,
les gouvernements et le secteur privé de soutenir l'établissement
de fonds d'affectation spéciale et de dotation pour la conservation
de la biodiversité, de soutenir d'autres mécanismes
de financement durable comme la conversion de la dette, et d'inscrire
le soutien à la biodiversité et à l'environnement
dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté.
9. D'AMÉLIORER la
coordination des sources de financement pour les aires protégées,
en se fondant sur des stratégies établies conjointement
avec tous les acteurs pertinents, de soutenir la coordination et d'améliorer
la qualité et la diffusion des informations sur le financement
de la conservation.
10. D'ACCROÎTRE fortement
les futurs reconstitutions du FEM afin d'appuyer la gestion durable
des aires protégées dans les pays en développement
en soutenant les mécanismes de financement durable.
11. D'ENCOURAGER les gouvernements
à tous les niveaux à accroître les flux financiers
en faveur des aires protégées, en réduisant et
en réorientant les fonds qu'ils allouent actuellement à
la subvention de secteurs comme la pêche et l'agriculture, et
qui contribuent à la dégradation de l'environnement
et à l'érosion de la biodiversité.
12. DE FAIRE EN SORTE,
le cas échéant, que le versement d'indemnisations environnementales
liées à des activités économiques aille
effectivement aux aires protégées ou à la restauration
des écosystèmes dégradés.
13. DE S'ATTACHER davantage
à améliorer le rapport coût-efficacité
du financement des aires protégées en perfectionnant
la budgétisation, la planification financière et en
utilisant des moyens novateurs tels que les dédommagements
pour la conservation, le versement d'incitations directes, les dégrèvements
d'impôts et mesures basées sur le marché.