La nature est dynamique et
la science et la pratique ont démontré que s'il est une
constante dans la nature, c'est le changement. Le changement mondial
prend des formes diverses - biophysiques, socioéconomiques et
politiques - qui ont, presque toutes, des répercussions profondes
sur les aires protégées. Les questions socio-économiques
et politiques ont été traitées dans d'autres recommandations
mais les participants à plusieurs cycles d'ateliers du Ve Congrès
mondial sur les parcs ont reconnu que les changements biophysiques,
en particulier les changements climatiques, méritent une attention
particulière. Les changements climatiques sont de nature mondiale
tant par leurs causes que par leurs effets et modifient les paramètres
physiques fondamentaux de l'environnement. Les changements climatiques
et leurs synergies avec d'autres changements mondiaux constituent, pour
les aires protégées, un défi nouveau et sans précédent.
Les écosystèmes
et les espèces changeront à mesure que changera le climat,
et il sera nécessaire de créer de nouvelles aires protégées
et d'adopter de nouvelles stratégies de gestion pour celles qui
existent. La calotte polaire et les glaciers fondent ; le niveau des
océans monte. Les changements climatiques exacerbent le problème
des espèces exotiques envahissantes et des maladies, et déplacent
les espèces indigènes. Conjugués à la croissance
démographique, à l'expansion des établissements
humains et aux changements d'affectation des terres, les changements
climatiques exercent de nouvelles pressions sur des ressources limitées.
Il faudra consacrer de nouvelles ressources aux aires protégées
pour remplir l'objectif de conservation de la diversité biologique
et des services écosystémiques.
Bien des impacts des changements
climatiques sur la diversité biologique se produiront dans les
pays tropicaux tandis que les principales sources mondiales de gaz à
effet de serre se trouvent dans les pays industrialisés. Il en
résulte des problèmes d'équité qui nécessitent
de nouveaux mécanismes de financement internationaux.
De récents travaux
de recherche laissent à penser que les changements climatiques
associés au doublement des niveaux de CO2 préindustriels
pourraient entraîner de nombreuses extinctions de plantes et d'animaux.
Toute extinction étant inacceptable, il faut, de toute urgence,
stabiliser les concentrations mondiales de gaz à effet de serre.
Face aux changements climatiques,
il faut mener une double action pour protéger la diversité
biologique :
a. limiter les changements
climatiques en stabilisant les concentrations mondiales de gaz à
effet de serre ;
b. instituer de nouvelles
stratégies de conservation tenant notamment compte de la création
de nouvelles aires protégées spécialement conçues
pour leur résilience face aux changements et créer des
corridors pour protéger la diversité biologique contre
les effets des changements climatiques.
En conséquence,
tenant compte des contributions d'autres cycles d'ateliers, les PARTICIPANTS
au cycle d'ateliers intitulé " Établir des réseaux
d'aires protégées complets " du Ve Congrès
mondial sur les parcs réuni à Durban, Afrique du Sud,
du 8 au 17 septembre 2003 :
1. APPELLENT les gouvernements
et les citoyens à reconnaître la menace que constituent
les changements climatiques et autres changements mondiaux pour les
aires protégées.
2. PRIENT les gouvernements
de stabiliser les concentrations atmosphériques mondiales de
gaz à effet de serre à un niveau où les espèces
ne pourront pas être menacées ni s'éteindre à
cause des changements climatiques, par la mise en uvre de politiques
(y compris la ratification du Protocole de Kyoto) qui entraîneront
des réductions des émissions des gaz à effet de
serre aux niveaux national et mondial.
3. PRIENT les particuliers
de réduire leur consommation de combustibles à base de
carbone à titre d'exemple pour leurs gouvernements et pour leurs
concitoyens et prient les autorités des aires protégées
de montrer l'exemple en installant des technologies énergétiques
propres et en expliquant leur fonctionnement.
4. DEMANDENT à l'UICN
et à ses membres de poursuivre les analyses régionales
sur les incidences des changements climatiques sur les aires protégées
et d'élaborer, en conséquence, de nouvelles stratégies
de conservation, notamment :
a. l'application immédiate
et l'amélioration permanente des connaissances et des outils
existants pour renforcer la résilience dans les réseaux
d'aires protégées ;
b. un objectif à
court terme, de 5 ans, pour réaliser des études régionales
pilotes sur les effets des changements climatiques sur les aires protégées
dans les milieux terrestre, marin et d'eau douce, chaque étude
comprenant des modèles climatiques régionaux et des
modèles multi-espèces ;
c. un objectif à
long terme, de 10 ans, pour établir un programme d'études
régionales permanentes sur les effets des changements climatiques
sur les aires protégées, couvrant toutes les régions
du globe.
5. PRIENT les gouvernements,
les donateurs et les organismes d'aide au développement d'établir
un mécanisme de financement mondial pour financer les coûts
additionnels pour les aires protégées, par suite des changements
climatiques.
6. APPELLENT les gouvernements,
les organisations non gouvernementales et les communautés locales
à identifier et créer des aires protégées
de manière à améliorer la représentation
des espèces et des écosystèmes dont la survie est
menacée par les changements climatiques, en particulier :
a. toutes les espèces
menacées, avant 2012 ;
b. toutes les espèces
et tous les écosystèmes, avant 2015.
7. RECOMMANDENT à
la Commission mondiale des aires protégées de l'UICN :
a. de multiplier les partenariats
et d'approfondir son expertise pour fournir des avis aux praticiens,
aux organismes de gestion et aux communautés concernant les
possibilités d'adaptation des aires protégées
aux forces du changement mondial et les lignes directrices à
cet effet ;
b. de déterminer
et de diffuser les meilleures pratiques pour établir des méthodes
de prévision des impacts des changements et des possibilités
offertes par les changements mondiaux et pour adapter la gestion aux
changements.
8. RECOMMANDENT au Groupe
d'étude sur les changements climatiques de la Commission de la
sauvegarde des espèces de l'UICN de collaborer avec la Commission
mondiale des aires protégées (CMAP) de l'UICN afin de
communiquer aux gestionnaires des aires protégées les
noms des espèces présentant le plus fort risque d'extinction,
dans une région donnée, par suite des changements climatiques.
9. RECOMMANDENT aux gouvernements
et aux gestionnaires et planificateurs des aires protégées
de tenir compte des concepts de résilience et de gestion adaptative
des aires protégées pour atténuer les effets des
changements climatiques, notamment en concevant et en gérant
des réseaux d'aires protégées de manière
à prévoir des adaptations aux changements.
10. RECOMMANDENT à
la CMAP d'évaluer l'efficacité des efforts déployés
pour tenir compte des changements climatiques dans la gestion des aires
protégées et autres stratégies de conservation.