Tous les êtres humains
connaissent les valeurs économiques, culturelles, intrinsèques,
esthétiques et spirituelles de la diversité biologique.
Pourtant, le rythme de l'érosion de la diversité biologique
va s'accélérant et portera gravement atteinte à
la qualité de vie des générations futures à
moins que nous ne nous attaquions à ce problème de toute
urgence.
Les changements mondiaux
en cours, extrêmement rapides et induits par l'homme, tels que
la destruction des habitats et la propagation des espèces exotiques
envahissantes, continuent d'appauvrir la diversité biologique
tandis que les aires de répartition des espèces se déplacent
par suite des changements climatiques.
De nouvelles analyses,
présentées au Congrès, ont montré que le
réseau mondial d'aires protégées est loin d'être
complet et qu'il existe, dans les réseaux d'aires protégées,
d'importantes lacunes du point de vue des espèces menacées
et des sites, habitats et domaines d'importance mondiale.
Pour remédier aux
lacunes et aux changements, il est nécessaire d'agrandir les
aires protégées existantes et de créer de nouvelles
aires protégées stratégiques mais aussi de veiller
à relier les habitats entre eux.
Il est possible d'obtenir
une réduction du taux d'érosion de la diversité
biologique grâce à la création, dans toutes les
écorégions du monde, de réseaux d'aires protégées
complets, viables du point de vue écologique et biologique, représentatifs,
et bien gérés. Les espèces menacées, en
particulier celles qui sont inscrites sur la Liste rouge de l'UICN des
espèces menacées doivent être réellement
conservées dans ces réseaux d'aires protégées.
L'objectif qui consiste à
obtenir "une forte réduction du rythme actuel de perte de
diversité biologique" avant 2010, fixé par la Conférence
des Parties à la Convention sur la diversité biologique
à sa 6e réunion (décision VI/26), réitéré
dans la Déclaration ministérielle de La Haye, en avril
2002, et adopté par les gouvernants de ce monde au Sommet mondial
pour le développement durable (SMDD), en septembre 2002, reste
valable.
Dans le Plan d'application
du SMDD, il est dit que la diversité biologique joue "un
rôle crucial dans le développement durable en général
et l'éradication de la pauvreté" et que la diversité
biologique "s'appauvrit à un rythme sans précédent
sous l'effet de l'activité humaine". Les réseaux
d'aires protégées doivent garantir la protection d'importants
services écosystémiques.
La diversité biologique
n'est pas répartie équitablement sur tout le globe. En
conséquence, un réseau efficace d'aires protégées,
créé dans le but de réduire le taux d'érosion
de la diversité biologique, devrait s'appuyer sur une bonne connaissance
de la distribution des espèces, des habitats, des écosystèmes
et des processus écologiques, à toutes les échelles,
et il serait bon d'utiliser des plans de conservation systématiques
et des instruments d'appui à la décision pour déterminer
les objectifs de protection, à la lumière de cette connaissance.
La base de données
mondiale sur les aires protégées (WDPA) est un outil vital
permettant de mesurer les efforts déployés par les gouvernements
et la société civile pour constituer des réseaux
d'aires protégées complets. Cette base de données
est tenue par le Centre mondial de surveillance continue de la conservation
de la nature (WCMC-PNUE) avec l'appui et l'assistance du consortium
de la WDPA qui comprend des membres d'ONG internationales de la conservation
et d'organismes intéressés. L'importance de la base de
données est soulignée dans une décision de 2003
du Conseil d'administration du PNUE mise en uvre dans le cadre
d'un mémorandum d'accord signé entre l'UICN et le PNUE
durant le présent Congrès mondial sur les parcs et soutenue
par le consortium de la WDPA.
De nombreux accords multilatéraux
sur l'environnement, notamment la Convention sur la diversité
biologique, la Convention sur la conservation des espèces migratrices
appartenant à la faune sauvage, la Convention sur le commerce
international des espèces de faune et de flore sauvages menacées
d'extinction, la Convention concernant la protection du patrimoine mondial,
culturel et naturel, et la Convention de Ramsar sur les zones humides,
de même que de nombreux accords régionaux, reconnaissent
l'importance de la protection de la diversité biologique qui
doit être une priorité pour toutes les nations.
Forts de ces constatations,
les participants au cycle d'ateliers consacré à l'établissement
de réseaux d'aires protégées complets, ont conclu
que les nations doivent considérer les objectifs relatifs à
la biodiversité comme un moyen d'obtenir une couverture et une
représentation maximales de la diversité biologique et
en particulier de ses éléments menacés, dans leurs
réseaux d'aires protégées.
Outre le réseau classique
d'aires protégées basé sur les Catégories
de l'UICN, il existe différentes possibilités d'améliorer
la couverture des aires protégées, notamment : les aires
de conservation communautaires, les aires gérées par les
communautés, et les réserves privées et autochtones.
Pour que les aires protégées
remplissent leurs objectifs de conservation de la diversité biologique
et de développement économique, elles doivent aussi recevoir
un appui financier adéquat. Il faut cependant noter que de nombreux
pays, parmi les plus riches en diversité biologique, voient leurs
efforts entravés par des ressources financières insuffisantes
et l'impératif de l'allègement de la pauvreté.
C'est ainsi que de nombreux pays font des compromis lorsqu'il s'agit
de créer et/ou de gérer efficacement des réseaux
d'aires protégées complets et efficaces, même si
ce n'est pas dans l'intérêt national ou mondial.
En conséquence,
les PARTICIPANTS au cycle d'ateliers intitulé " Établir
des réseaux d'aires protégées complets " du
Ve Congrès mondial sur les parcs réuni à Durban,
Afrique du Sud, du 8 au 17 septembre 2003 :
1. PRIENT les gouvernements, les organisations non gouvernementales
et les communautés locales de veiller à assurer, avant
2012, la représentation maximale et le maintien de la diversité
biologique dans des réseaux d'aires protégées complets,
dans toutes les écorégions, en mettant particulièrement
l'accent sur les écosystèmes menacés et insuffisamment
protégés et sur les espèces qui remplissent le
critère "En danger critique d'extinction" de l'UICN.
Pour cela il faudra :
a. appliquer des instruments
de planification systématique de la conservation utilisant
les informations sur les espèces, les habitats et les processus
écologiques pour déterminer les lacunes dans les réseaux
existants, afin d'orienter le choix de nouvelles aires protégées
au niveau national ;
b. conserver efficacement
in situ toutes les espèces menacées au plan mondial,
avec les objectifs immédiats suivants :
i. que toutes les espèces
En danger critique d'extinction et En danger, limitées à
des sites particuliers soient efficacement conservées in
situ avant 2006 ;
ii. que toutes les autres
espèces En danger critique d'extinction et En danger soient
efficacement conservées in situ avant 2008 ;
iii. que toutes les autres
espèces menacées au plan mondial soient efficacement
conservées in situ avant 2010 ;
iv. que les sites qui
abritent des populations importantes, au plan mondial, d'espèces
grégaires et/ou à l'aire de répartition limitée
soient efficacement conservées in situ avant 2010 ;
c. conserver efficacement
des exemples viables de chaque écosystème terrestre,
d'eau douce et marin dans les aires protégées, avec
les objectifs immédiats suivants :
i. établir, avant
2006, un cadre mondial commun de classification et d'évaluation
de l'état des écosystèmes ;
ii. fixer, avant 2008,
des objectifs quantitatifs pour chaque type d'écosystème
;
iii. conserver, avant
2010, des exemples viables de chaque écosystème menacé
ou insuffisamment protégé ;
d. identifier et gérer
les changements dans la diversité biologique et les processus
écologiques clés qui affectent la diversité biologique
à l'intérieur et autour des aires protégées
;
e. tenir compte, dans l'aménagement
des paysages terrestres et marins régionaux, de cartes produites
au niveau local et intégrer des processus de planification
du zonage et de la gestion pour aider à concevoir et renforcer
des réseaux d'aires protégées complets qui conservent
des espèces migratrices et des espèces très mobiles,
et qui préservent des services écosystémiques
;
f. établir, avant
2006, des réseaux d'aires protégées qui couvrent
de manière adéquate tous les grands écosystèmes
intacts contenant des assemblages d'espèces d'importance mondiale
et/ou qui fournissent des services et processus écosystémiques
;
g. augmenter la couverture
des aires protégées dans les écosystèmes
d'eaux douces comme le propose la recommandation VIII/2 de la Convention
sur la diversité biologique (CDB) lorsqu'elle demande d'"
établir et maintenir de vastes réseaux, adaptés
et représentatifs d'écosystèmes des eaux intérieures
protégés, dans le cadre de la gestion intégrée
des bassins hydrographiques" avant 2012 ;
h. créer un réseau
représentatif d'aires protégées marines, avant
2012, comme préconisé dans le Plan d'application du
SMDD.
2. PRIENT les Parties à
la CDB de permettre la réalisation des objectifs mentionnés
ci-dessus en adoptant un programme de travail rigoureux et en examinant
les mécanismes juridiques relatifs aux aires protégées,
à l'occasion de la COP7 pour garantir l'établissement
d'un réseau mondial d'aires protégées représentatif.
En appui au programme de travail, il serait bon d'établir un
mécanisme efficace de mesure des progrès de réalisation
des objectifs mentionnés ci-dessus et de veiller à fournir
des ressources financières suffisantes pour soutenir ce réseau,
conformément aux articles 20 et 8 (m) de la CDB.
3. APPELLENT les gouvernements,
les autorités locales, les donateurs et les organismes d'aide
au développement, le secteur privé et autres acteurs à
soutenir financièrement l'expansion stratégique du réseau
mondial d'aires protégées ainsi que la gestion efficace
des aires protégées existantes, tout en prenant les mesures
pertinentes pour compenser les répercussions éventuelles
sur le plan humain.
4. PRIENT les gouvernements
d'avoir recours à des instruments internationaux tels que la
Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel
et naturel et la Convention sur les zones humides d'importance internationales,
particulièrement comme habitats des oiseaux d'eaux, afin de renforcer
la protection accordée aux sites, et d'adopter une législation
nationale pour appliquer les obligations découlant des conventions
dans le but de réaliser les objectifs mentionnés plus
haut.
5. APPELLENT les gouvernements
à élaborer et appliquer des lois et des plans tenant compte
de tous les acteurs pour conserver efficacement les processus écologiques
et la diversité biologique dans différentes situations
de régime foncier et de droit d'usage des terres et des ressources,
ainsi que de part et d'autre des frontières nationales.
6. PRIENT les gouvernements,
les organisations non gouvernementales, les donateurs, le secteur privé
et les organismes d'aide au développement de promouvoir les avantages
socio-économiques et culturels afin d'obtenir un appui pour l'expansion
des réseaux d'aires protégées.
7. DEMANDENT au consortium
d'institutions responsables de la tenue et de la gestion de la base
de données mondiale sur les aires protégées (WCPA)
de continuer d'améliorer la qualité des données
et de faire en sorte que celles-ci soient librement disponibles et accessibles.
8. PRIENT les Parties à
la CDB de demander à tous les gouvernements de fournir des données
mises à jour annuellement à la base de données
mondiales sur les aires protégées.
9. PRIENT le secteur privé
d'adopter les meilleures pratiques, qui n'entravent ni ne compromettent
la réalisation des objectifs mentionnés ci-dessus, et
d'aider à établir un réseau d'aires protégées
complet, représentatif et viable sur le plan écologique
et biologique.
10. DEMANDENT à la
Commission mondiale des aires protégées de l'UICN d'établir
un groupe d'étude sur la planification de la conservation pour
aider les pays à réaliser les objectifs énoncés
dans la présente recommandation.
11. APPELLENT les États
parties à la Convention du patrimoine mondial à encourager
l'inscription de phénomènes physiographiques, naturels
et culturels d'importance mondiale en tant que " routes sérielles
" du patrimoine mondial, à grande échelle, et multi-États,
qui puissent servir de cadre à des aires protégées
et des biens du patrimoine mondial locaux et transfrontières.
12. PRIENT les gouvernements,
les autorités locales, le secteur privé, les donateurs
et les organismes d'aide au développement de veiller à
ce que tout nouvel effort de création de réseaux d'aires
protégées complets tienne intégralement compte
des droits, des intérêts et des aspirations des populations
autochtones ainsi que de leur désir de voir leurs terres, territoires
et ressources, sauvegardés et protégés pour leur
propre survie sociale et culturelle.