Congrès Mondial sur les Parcs - Durban - Afrique du Sud - 7-17 Septembre 2003 - Bénéfices par delà les frontières
RECOMMANDATIONS DU CMP 5.04
APPROUVÉE

Recommandation V.4

Établir des réseaux d'aires protégées efficaces et complets

Tous les êtres humains connaissent les valeurs économiques, culturelles, intrinsèques, esthétiques et spirituelles de la diversité biologique. Pourtant, le rythme de l'érosion de la diversité biologique va s'accélérant et portera gravement atteinte à la qualité de vie des générations futures à moins que nous ne nous attaquions à ce problème de toute urgence.

Les changements mondiaux en cours, extrêmement rapides et induits par l'homme, tels que la destruction des habitats et la propagation des espèces exotiques envahissantes, continuent d'appauvrir la diversité biologique tandis que les aires de répartition des espèces se déplacent par suite des changements climatiques.

De nouvelles analyses, présentées au Congrès, ont montré que le réseau mondial d'aires protégées est loin d'être complet et qu'il existe, dans les réseaux d'aires protégées, d'importantes lacunes du point de vue des espèces menacées et des sites, habitats et domaines d'importance mondiale.

Pour remédier aux lacunes et aux changements, il est nécessaire d'agrandir les aires protégées existantes et de créer de nouvelles aires protégées stratégiques mais aussi de veiller à relier les habitats entre eux.

Il est possible d'obtenir une réduction du taux d'érosion de la diversité biologique grâce à la création, dans toutes les écorégions du monde, de réseaux d'aires protégées complets, viables du point de vue écologique et biologique, représentatifs, et bien gérés. Les espèces menacées, en particulier celles qui sont inscrites sur la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées doivent être réellement conservées dans ces réseaux d'aires protégées.

L'objectif qui consiste à obtenir "une forte réduction du rythme actuel de perte de diversité biologique" avant 2010, fixé par la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique à sa 6e réunion (décision VI/26), réitéré dans la Déclaration ministérielle de La Haye, en avril 2002, et adopté par les gouvernants de ce monde au Sommet mondial pour le développement durable (SMDD), en septembre 2002, reste valable.

Dans le Plan d'application du SMDD, il est dit que la diversité biologique joue "un rôle crucial dans le développement durable en général et l'éradication de la pauvreté" et que la diversité biologique "s'appauvrit à un rythme sans précédent sous l'effet de l'activité humaine". Les réseaux d'aires protégées doivent garantir la protection d'importants services écosystémiques.

La diversité biologique n'est pas répartie équitablement sur tout le globe. En conséquence, un réseau efficace d'aires protégées, créé dans le but de réduire le taux d'érosion de la diversité biologique, devrait s'appuyer sur une bonne connaissance de la distribution des espèces, des habitats, des écosystèmes et des processus écologiques, à toutes les échelles, et il serait bon d'utiliser des plans de conservation systématiques et des instruments d'appui à la décision pour déterminer les objectifs de protection, à la lumière de cette connaissance.

La base de données mondiale sur les aires protégées (WDPA) est un outil vital permettant de mesurer les efforts déployés par les gouvernements et la société civile pour constituer des réseaux d'aires protégées complets. Cette base de données est tenue par le Centre mondial de surveillance continue de la conservation de la nature (WCMC-PNUE) avec l'appui et l'assistance du consortium de la WDPA qui comprend des membres d'ONG internationales de la conservation et d'organismes intéressés. L'importance de la base de données est soulignée dans une décision de 2003 du Conseil d'administration du PNUE mise en œuvre dans le cadre d'un mémorandum d'accord signé entre l'UICN et le PNUE durant le présent Congrès mondial sur les parcs et soutenue par le consortium de la WDPA.

De nombreux accords multilatéraux sur l'environnement, notamment la Convention sur la diversité biologique, la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, et la Convention de Ramsar sur les zones humides, de même que de nombreux accords régionaux, reconnaissent l'importance de la protection de la diversité biologique qui doit être une priorité pour toutes les nations.

Forts de ces constatations, les participants au cycle d'ateliers consacré à l'établissement de réseaux d'aires protégées complets, ont conclu que les nations doivent considérer les objectifs relatifs à la biodiversité comme un moyen d'obtenir une couverture et une représentation maximales de la diversité biologique et en particulier de ses éléments menacés, dans leurs réseaux d'aires protégées.

Outre le réseau classique d'aires protégées basé sur les Catégories de l'UICN, il existe différentes possibilités d'améliorer la couverture des aires protégées, notamment : les aires de conservation communautaires, les aires gérées par les communautés, et les réserves privées et autochtones.

Pour que les aires protégées remplissent leurs objectifs de conservation de la diversité biologique et de développement économique, elles doivent aussi recevoir un appui financier adéquat. Il faut cependant noter que de nombreux pays, parmi les plus riches en diversité biologique, voient leurs efforts entravés par des ressources financières insuffisantes et l'impératif de l'allègement de la pauvreté. C'est ainsi que de nombreux pays font des compromis lorsqu'il s'agit de créer et/ou de gérer efficacement des réseaux d'aires protégées complets et efficaces, même si ce n'est pas dans l'intérêt national ou mondial.

En conséquence, les PARTICIPANTS au cycle d'ateliers intitulé " Établir des réseaux d'aires protégées complets " du Ve Congrès mondial sur les parcs réuni à Durban, Afrique du Sud, du 8 au 17 septembre 2003 :


1. PRIENT les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les communautés locales de veiller à assurer, avant 2012, la représentation maximale et le maintien de la diversité biologique dans des réseaux d'aires protégées complets, dans toutes les écorégions, en mettant particulièrement l'accent sur les écosystèmes menacés et insuffisamment protégés et sur les espèces qui remplissent le critère "En danger critique d'extinction" de l'UICN. Pour cela il faudra :

a. appliquer des instruments de planification systématique de la conservation utilisant les informations sur les espèces, les habitats et les processus écologiques pour déterminer les lacunes dans les réseaux existants, afin d'orienter le choix de nouvelles aires protégées au niveau national ;

b. conserver efficacement in situ toutes les espèces menacées au plan mondial, avec les objectifs immédiats suivants :

i. que toutes les espèces En danger critique d'extinction et En danger, limitées à des sites particuliers soient efficacement conservées in situ avant 2006 ;

ii. que toutes les autres espèces En danger critique d'extinction et En danger soient efficacement conservées in situ avant 2008 ;

iii. que toutes les autres espèces menacées au plan mondial soient efficacement conservées in situ avant 2010 ;

iv. que les sites qui abritent des populations importantes, au plan mondial, d'espèces grégaires et/ou à l'aire de répartition limitée soient efficacement conservées in situ avant 2010 ;

c. conserver efficacement des exemples viables de chaque écosystème terrestre, d'eau douce et marin dans les aires protégées, avec les objectifs immédiats suivants :

i. établir, avant 2006, un cadre mondial commun de classification et d'évaluation de l'état des écosystèmes ;

ii. fixer, avant 2008, des objectifs quantitatifs pour chaque type d'écosystème ;

iii. conserver, avant 2010, des exemples viables de chaque écosystème menacé ou insuffisamment protégé ;

d. identifier et gérer les changements dans la diversité biologique et les processus écologiques clés qui affectent la diversité biologique à l'intérieur et autour des aires protégées ;

e. tenir compte, dans l'aménagement des paysages terrestres et marins régionaux, de cartes produites au niveau local et intégrer des processus de planification du zonage et de la gestion pour aider à concevoir et renforcer des réseaux d'aires protégées complets qui conservent des espèces migratrices et des espèces très mobiles, et qui préservent des services écosystémiques ;

f. établir, avant 2006, des réseaux d'aires protégées qui couvrent de manière adéquate tous les grands écosystèmes intacts contenant des assemblages d'espèces d'importance mondiale et/ou qui fournissent des services et processus écosystémiques ;

g. augmenter la couverture des aires protégées dans les écosystèmes d'eaux douces comme le propose la recommandation VIII/2 de la Convention sur la diversité biologique (CDB) lorsqu'elle demande d'" …établir et maintenir de vastes réseaux, adaptés et représentatifs d'écosystèmes des eaux intérieures protégés, dans le cadre de la gestion intégrée des bassins hydrographiques" avant 2012 ;

h. créer un réseau représentatif d'aires protégées marines, avant 2012, comme préconisé dans le Plan d'application du SMDD.

2. PRIENT les Parties à la CDB de permettre la réalisation des objectifs mentionnés ci-dessus en adoptant un programme de travail rigoureux et en examinant les mécanismes juridiques relatifs aux aires protégées, à l'occasion de la COP7 pour garantir l'établissement d'un réseau mondial d'aires protégées représentatif. En appui au programme de travail, il serait bon d'établir un mécanisme efficace de mesure des progrès de réalisation des objectifs mentionnés ci-dessus et de veiller à fournir des ressources financières suffisantes pour soutenir ce réseau, conformément aux articles 20 et 8 (m) de la CDB.

3. APPELLENT les gouvernements, les autorités locales, les donateurs et les organismes d'aide au développement, le secteur privé et autres acteurs à soutenir financièrement l'expansion stratégique du réseau mondial d'aires protégées ainsi que la gestion efficace des aires protégées existantes, tout en prenant les mesures pertinentes pour compenser les répercussions éventuelles sur le plan humain.

4. PRIENT les gouvernements d'avoir recours à des instruments internationaux tels que la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et la Convention sur les zones humides d'importance internationales, particulièrement comme habitats des oiseaux d'eaux, afin de renforcer la protection accordée aux sites, et d'adopter une législation nationale pour appliquer les obligations découlant des conventions dans le but de réaliser les objectifs mentionnés plus haut.

5. APPELLENT les gouvernements à élaborer et appliquer des lois et des plans tenant compte de tous les acteurs pour conserver efficacement les processus écologiques et la diversité biologique dans différentes situations de régime foncier et de droit d'usage des terres et des ressources, ainsi que de part et d'autre des frontières nationales.

6. PRIENT les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les donateurs, le secteur privé et les organismes d'aide au développement de promouvoir les avantages socio-économiques et culturels afin d'obtenir un appui pour l'expansion des réseaux d'aires protégées.

7. DEMANDENT au consortium d'institutions responsables de la tenue et de la gestion de la base de données mondiale sur les aires protégées (WCPA) de continuer d'améliorer la qualité des données et de faire en sorte que celles-ci soient librement disponibles et accessibles.

8. PRIENT les Parties à la CDB de demander à tous les gouvernements de fournir des données mises à jour annuellement à la base de données mondiales sur les aires protégées.

9. PRIENT le secteur privé d'adopter les meilleures pratiques, qui n'entravent ni ne compromettent la réalisation des objectifs mentionnés ci-dessus, et d'aider à établir un réseau d'aires protégées complet, représentatif et viable sur le plan écologique et biologique.

10. DEMANDENT à la Commission mondiale des aires protégées de l'UICN d'établir un groupe d'étude sur la planification de la conservation pour aider les pays à réaliser les objectifs énoncés dans la présente recommandation.

11. APPELLENT les États parties à la Convention du patrimoine mondial à encourager l'inscription de phénomènes physiographiques, naturels et culturels d'importance mondiale en tant que " routes sérielles " du patrimoine mondial, à grande échelle, et multi-États, qui puissent servir de cadre à des aires protégées et des biens du patrimoine mondial locaux et transfrontières.

12. PRIENT les gouvernements, les autorités locales, le secteur privé, les donateurs et les organismes d'aide au développement de veiller à ce que tout nouvel effort de création de réseaux d'aires protégées complets tienne intégralement compte des droits, des intérêts et des aspirations des populations autochtones ainsi que de leur désir de voir leurs terres, territoires et ressources, sauvegardés et protégés pour leur propre survie sociale et culturelle.

Thème: Etablir des réseaux d'aires protégées complets

Responsable : Mohamed Bakarr

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