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LIGNES DIRECTRICES
DE L'UICN POUR LA PRÉVENTION DE LA PERTE DE DIVERSITÉ
BIOLOGIQUE CAUSÉE PAR DES ESPÈCES EXOTIQUES ENVAHISSANTES
Approuvées
par le Conseil à sa 51e réunion, en février
2000
INDEX
1. CONTEXTE
2. BUTS
ET OBJECTIFS
3. DÉFINITION
DES TERMES
4. COMPRÉHENSION
ET SENSIBILISATION
5. PRÉVENTION
ET INTRODUCTIONS
6. ÉRADICATION
ET LUTTE
7. LIENS
AVEC LA RÉINTRODUCTION D'ESPÈCES
8. LIENS
AVEC LA RÉINTRODUCTION D'ESPÈCES
9. LOIS
ET INSTITUTIONS
10. RÔLE
DE L'UICN
11. BIBLIOGRAPHIE
ET INFORMATIONS UTILES
12. REMERCIEMENTS
ANNEX
1. CONTEXTE (1)
Partout dans le
monde, la diversité biologique est confrontée
à de nombreuses menaces et les scientifiques, comme les
gouvernements, reconnaissent aujourd'hui que les invasions biologiques
d'espèces exotiques envahissantes sont l'un des plus
grands fléaux pour la diversité biologique indigène.
Les effets des espèces exotiques envahissantes sont gravissimes,
insidieux et généralement irréversibles;
à l'échelle mondiale, ils sont peut-être
encore plus destructeurs pour les espèces et les écosystèmes
indigènes que la disparition et la dégradation
des habitats.
Pendant des millénaires,
les océans, les montagnes, les fleuves et les déserts
ont dressé des barrières naturelles qui procuraient
l'isolement essentiel dans lequel des espèces et des
écosystèmes uniques ont pu évoluer. Mais
en quelques siècles à peine, ces barrières
ont perdu leur utilité, anéanties par des forces
mondiales qui se sont conjuguées pour aider les espèces
exotiques à voyager vers des habitats nouveaux et lointains
et à devenir des espèces exotiques envahissantes.
La mondialisation et le volume croissant du commerce et du tourisme,
associés à l'essor du libre-échange, ouvrent
aux espèces plus d'occasions que jamais de se répandre
accidentellement ou délibérément. Les règlements
douaniers et les procédures de quarantaine mis en place
autrefois par soucis de protection contre les maladies et parasites
dangereux pour l'homme et pour l'économie sont bien souvent
inopérants lorsqu'il s'agit de protéger la diversité
biologique indigène. L'isolement biologique qui durait
depuis des millions d'années a ainsi pris fin par inadvertance,
créant des problèmes graves et endémiques
tant dans les pays industrialisés que dans les pays en
développement.
L'échelle
des invasions d'espèces exotiques est planétaire
et leur coût est énorme, que ce soit pour l'écologie
ou pour l'économie. Tous les groupes taxonomiques comptent
des espèces exotiques envahissantes: des virus, des champignons,
des algues, des mousses, des fougères, des plantes supérieures,
des invertébrés, des poissons, des amphibiens,
des reptiles, des oiseaux et des mammifères introduits
ont envahi et modifié le biote indigène dans presque
tous les types d'écosystèmes de la terre. Des
centaines d'extinctions sont le résultat de l'introduction
d'espèces exotiques envahissantes. Le coût écologique,
c'est la perte inéluctable d'espèces et d'écosystèmes
indigènes.
En outre, le coût
économique direct des espèces exotiques envahissantes
s'élève, lui, à plusieurs milliards de
dollars par an. Les plantes parasites font baisser le rendement
des cultures et augmenter les coûts; les plantes adventices
dégradent les bassins versants et les écosystèmes
d'eau douce. Touristes et résidents introduisent sans
le vouloir des plantes exotiques dans des régions sauvages
et naturelles tandis que les ravageurs et les agents pathogènes
des cultures, du bétail et des forêts font baisser
les rendements et augmenter le coût des mesures de lutte.
Le déversement des eaux de ballast et des salissures
des coques des navires est responsable d'introductions involontaires
et délétères d'organismes aquatiques, y
compris de maladies, de bactéries et de virus, dans les
systèmes marins et d'eau douce. On considère aujourd'hui
que les eaux de ballast sont le premier vecteur de mouvements
transocéaniques et interocéaniques d'organismes
des hauts-fonds côtiers. Des facteurs tels que la pollution
de l'environnement et la destruction des habitats peuvent créer
les conditions favorables à l'invasion d'espèces
exotiques.
La dégradation
des habitats naturels, des écosystèmes et des
terres agricoles (par exemple l'érosion de la couverture
des sols et des sols, la pollution des terres et des cours d'eau),
à l'uvre dans le monde entier, facilite l'établissement
des espèces exotiques et les aide à devenir des
envahisseurs. De nombreux envahisseurs sont des espèces
«colonisatrices» qui profitent de la concurrence
atténuée résultant de la dégradation
des habitats. Les changements climatiques mondiaux sont aussi
parmi les facteurs importants qui contribuent à la propagation
et à l'établissement d'espèces exotiques
envahissantes. À la faveur de l'élévation
de la température des moustiques exotiques vecteurs de
maladies, par exemple, peuvent étendre leur aire de répartition.
Il est parfois
difficile d'alerter les organes de gestion au péril potentiel
que représentent de nouvelles introductions faute de
disposer de l'information pertinente ou parce que celle-ci n'est
pas assez largement partagée ou ne se présente
pas sous une forme qui permettrait à de nombreux pays
de prendre rapidement des mesures - à condition naturellement
d'en avoir les moyens, et de disposer de l'infrastructure, de
la volonté et du personnel compétent pour ce faire.
Peu de pays disposent
de systèmes juridiques et institutionnels capables de
réagir efficacement à ces nouveaux afflux de biens,
de visiteurs et d'espèces «vagabondes». Rares
sont les citoyens, les secteurs clés et les gouvernements
qui comprennent réellement l'ampleur et les répercussions
économiques du problème. En conséquence,
les réactions sont trop souvent fragmentaires, tardives
et sans effet. C'est dans ce contexte que l'UICN a décidé
de faire du problème des espèces exotiques envahissantes
l'une de ses principales initiatives au niveau mondial
Toutes les régions
continentales ont souffert d'invasions d'espèces exotiques
et perdu une partie de leur diversité biologique en conséquence
mais c'est dans les îles, en général et
dans les petits États insulaires, en particulier que
le problème est le plus grave. Des problèmes se
posent également dans des habitats et des écosystèmes
isolés tels que l'Antarctique. Des millions d'années
d'isolement physique ont favorisé l'évolution
d'espèces et d'écosystèmes uniques dans
les îles, les régions de montagne et les lacs qui
sont des centres importants de diversité biologique et
où l'on trouve une proportion élevée d'espèces
endémiques (celles qui n'existent nulle part ailleurs).
Le revers de la médaille, c'est que les espèces
insulaires, en raison justement de leur isolement, sont particulièrement
vulnérables à des concurrents, prédateurs,
agents pathogènes et parasites venus d'autres régions.
Il importe de faire de l'isolement des îles un avantage
en améliorant l'aptitude des gouvernements à empêcher
l'arrivée d'espèces exotiques envahissantes grâce
à de meilleures connaissances, à de meilleures
lois et à de meilleures capacités de gestion,
soutenues par des mesures de quarantaine et des pratiques douanières
à même d'identifier et d'intercepter les espèces
exotiques envahissantes.
2. BUTS
ET OBJECTIFS
Le but des présentes
lignes directrices est de prévenir de nouvelles pertes
de diversité biologique dues aux effets délétères
des espèces exotiques envahissantes en aidant les gouvernements
et les organismes de gestion à donner effet à
l'article 8 (h) de la Convention sur la diversité biologique
qui stipule:
«Chaque
Partie contractante, dans la mesure du possible et selon qu'il
conviendra:
(h) Empêche d'introduire, contrôle ou
éradique les espèces exotiques qui menacent des
écosystèmes, des habitats ou des espèces.»
Les présentes
lignes directrices s'appuient sur les sections pertinentes de
la prise de position de l'UICN sur le Transfert d'organismes
vivants (1987) et en reprennent certains éléments.
Ce nouveau texte est plus complet, dans son optique, que le
texte de 1987. Les liens avec d'autres lignes directrices pertinentes,
les Lignes directrices de l'UICN relatives aux réintroductions,
sont précisés à la section 7.
Les présentes
lignes directrices visent uniquement la prévention de
la perte de diversité biologique causée par l'invasion
biologique d'espèces exotiques envahissantes. Elles ne
traitent pas des organismes génétiquement modifiés
quoique de nombreuses questions et de nombreux principes mentionnés
ici pourraient s'y appliquer. Elles n'abordent pas non plus
les conséquences économiques (agriculture, foresterie,
aquaculture), sanitaires et culturelles de l'invasion biologique
d'espèces exotiques envahissantes.
Ces lignes directrices
abordent quatre domaines qui touchent à l'essence du
problème de l'invasion biologique d'espèces exotiques
et que l'on peut dégager de ce contexte:
- l'amélioration
de la compréhension et de la sensibilisation;
- le renforcement les mesures de gestion;
- la mise en place de mécanismes juridiques et institutionnels
pertinents;
- le renforcement des efforts d'acquisition des connaissances
et de la recherche.
S'il importe d'agir
dans ces quatre domaines, les présentes lignes directrices
s'intéressent plus particulièrement au renforcement
des mesures de gestion, mettant l'accent sur la nécessité
de diffuser, de toute urgence, des informations sur les mesures
de gestion qui peuvent être rapidement mises en place
pour prévenir les invasions d'espèces exotiques
et pour éradiquer ou contrôler les espèces
exotiques envahissantes déjà établies.
Agir dans les autres domaines, en particulier dans le domaine
juridique et dans celui de la recherche, amènera sans
doute à élaborer des stratégies à plus long terme pour obtenir les changements voulus.
Les présentes
lignes directrices ont les sept objectifs suivants:
1. Améliorer
la sensibilisation aux espèces exotiques envahissantes
qui constituent la principale menace pour la diversité
biologique indigène dans les pays industrialisés
et en développement, dans le monde entier.
2. Encourager la prévention des introductions d'espèces
exotiques envahissantes comme mesure prioritaire appelant une
action aux niveaux national et international.
3. Réduire
le plus possible le nombre d'introductions accidentelles et
empêcher les introductions non autorisées d'espèces
exotiques envahissantes.
4. Faire en sorte que les introductions intentionnelles, y compris
aux fins de la lutte biologique, soient dûment évaluées
à l'avance et tiennent pleinement compte des répercussions
éventuelles sur la diversité biologique.
5. Encourager
l'élaboration et la mise en uvre de campagnes et
de programmes d'éradication et de lutte contre les espèces
exotiques envahissantes et améliorer l'efficacité de ces campagnes et programmes.
6. Encourager l'élaboration d'un cadre complet pour la
législation nationale et la coopération internationale
en vue de réglementer l'introduction d'espèces
exotiques et encourager l'éradication des espèces
exotiques envahissantes et la lutte contre ces espèces.
7. Encourager
la recherche ainsi que la mise au point et le partage d'une
base cognitive adéquate pour traiter le problème
des espèces exotiques envahissantes dans le monde entier.
3. DÉFINITION
DES TERMES (2)
«Diversité biologique» (biodiversité): variabilité
des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres,
des écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes
aquatiques et des complexes écologiques dont ils font
partie; cela comprend la diversité au sein des espèces
et entre espèces, ainsi que celles des écosystèmes.
«Écosystème
naturel»: écosystème qui n'a pas été
sensiblement modifié par l'homme.
«Écosystème
semi-naturel»: écosystème qui a été
modifié par l'action de l'homme mais qui conserve de
nombreux éléments naturels.
«Espèce
exotique» (non indigène, exogène, étrangère):
une espèce, une sous-espèce ou un taxon inférieur
présent en dehors de son aire de répartition naturelle
(passée ou présente) et de dispersion potentielle
(c'est-à-dire en dehors de l'aire de répartition
occupée naturellement ou pouvant être occupée
sans introduction directe ou indirecte ou intervention de l'homme);
comprend les parties, gamètes ou propagules de ladite
espèce pouvant survivre et ultérieurement se reproduire.
«Espèce
exotique envahissante»: une espèce exotique
qui s'établit dans des écosystèmes ou habitats
naturels ou semi-naturels, est un agent de changement et menace
la diversité biologique indigène.
«Espèce
indigène»: une espèce, une sous-espèce
ou un taxon inférieur, présent dans son aire de
répartition naturelle (passée ou présente)
ou de dispersion potentielle (c'est-à-dire dans l'aire
de répartition occupée naturellement ou pouvant
être occupée sans introduction directe ou indirecte
ou intervention de l'homme.)
«Gouvernement»:
comprend les groupements régionaux de gouvernements qui
coopèrent à des questions relevant de leurs domaines
de compétences.
«Introduction»:
déplacement, par l'intermédiaire de l'homme, d'une
espèce, d'une sous-espèce ou d'un taxon inférieur
(y compris de parties, gamètes ou propagules pouvant
survivre et ultérieurement se reproduire) en dehors de
son aire de répartition naturelle (passée ou présente),
au sein du même pays ou vers un autre pays.
«Introduction
accidentelle»: introduction qui résulte du
fait qu'une espèce utilise l'homme ou des systèmes
de transport conçus par l'homme comme moyen de dispersion
en dehors de son aire de répartition naturelle.
«Introduction
intentionnelle»: introduction faite délibérément
par l'homme et supposant le déplacement intentionnel
d'une espèce en dehors de son aire de répartition
naturelle et de dispersion potentielle. (L'introduction peut
être autorisée ou non autorisée.)
«Menaces à la biosécurité»: les actions
ou activités qui, individuellement ou collectivement,
peuvent faire courir un risque biologique au bien-être
écologique ou au bien-être de l'homme, des animaux
ou des plantes dans un pays donné.
«Réintroduction»:
tentative d'implantation d'une espèce dans une zone qui
faisait partie de son aire de répartition historique
mais d'où elle a été éliminée
ou d'où elle a disparu. (d'après les Lignes directrices
de l'UICN relatives aux réintroductions)
4. COMPRÉHENSION
ET SENSIBILISATION
4.1 Principes
directeurs
· La compréhension
et la sensibilisation, avec l'information et les connaissances
voulues, sont les clés qui permettront de faire de la
question des espèces exotiques envahissantes un problème
prioritaire que l'on peut et que l'on doit résoudre.
· Pour
prévenir ou réduire les risques d'introduction
accidentelle ou non autorisée et pour établir
les procédures d'évaluation et d'autorisation
régissant les introductions intentionnelles proposées,
il est fondamental de mieux informer, de mieux éduquer
et de mieux sensibiliser le public, dans tous les secteurs de
la société, au problème des espèces
exotiques envahissantes.
· La lutte contre les espèces exotiques envahissantes
et les mesures d'éradication ont probablement plus de
chances de réussir si elles sont soutenues par des communautés
locales et des secteurs et groupes concernés, bien informés
et disposés à coopérer.
· La communication adéquate de l'information et
des résultats de la recherche sont les conditions sine
qua non de l'éducation, de la compréhension et
de la sensibilisation. (Voir section 8).
4.2 Actions
recommandées
1. Déterminer
les intérêts particuliers et le rôle des
secteurs et communautés concernés, dans le contexte
des espèces exotiques envahissantes, et leur présenter
les informations appropriées et les actions recommandées.
Pour aider à réduire le risque que posent les
espèces exotiques envahissantes, il faudra mettre au
point des stratégies de communication adaptées
à chaque groupe cible. Le grand public est un groupe
cible important à ne pas négliger.
2. Mettre largement à disposition des informations actualisées, exactes
et facilement accessibles, comme une des clés de la sensibilisation.
Cibler des publics différents avec des informations sous
forme électronique, contenues dans des manuels, des bases
de données, des journaux scientifiques et des publications
grand public. (Voir aussi section 8).
3. Cibler les
importateurs et les exportateurs de biens et d'organismes vivants.
Ce sont des groupes cibles de prime importance pour les activités
d'information/éducation et il s'agit de mieux les sensibiliser,
de mieux leur faire comprendre les problèmes, ainsi que
leur rôle dans la prévention et les solutions éventuelles.
4. Encourager
le secteur privé à élaborer et suivre des
lignes directrices sur les meilleures pratiques et à veiller au respect des lignes directrices. (Voir 5.2 et 5.3).
5. Comme mesure
prioritaire, informer les voyageurs, tant à l'intérieur
d'un pays qu'entre les pays, leur donner des informations et
leur faire des recommandations, de préférence
avant le départ. En rendant les voyageurs conscients
du rôle immense des voyages dans le problème des
espèces exotiques envahissantes, on peut améliorer
les comportements avec un bon rapport coût-efficacité.
6. Encourager
les voyagistes du secteur de l'écotourisme à sensibiliser
leurs clients aux problèmes causés par les espèces
exotiques envahissantes. Collaborer avec eux pour élaborer
des lignes directrices visant à empêcher le transport
accidentel ou l'introduction non autorisée de plantes
(en particulier de graines) et d'animaux exotiques dans des
habitats insulaires et des écosystèmes écologiquement
vulnérables (par exemple des lacs, des régions
de montagnes, des réserves naturelles, des zones naturelles
sauvages, des forêts isolées et des écosystèmes
marins proches des côtes).
7. Assurer, au personnel chargé d'appliquer les mesures
de quarantaine, de contrôle des frontières et d'autres
règlements pertinents, une formation qui, en plus de
sa formation pratique aux techniques d'identification et d'application
des règlements, le rende conscient du contexte général
et des menaces qui pèsent sur la diversité biologique.
(Voir 5.2).
8. Intégrer
les stratégies de communication dès la phase préparatoire
de tout programme de prévention, d'éradication
et de lutte. C'est en veillant à organiser des consultations
efficaces avec les communautés locales et toutes les
parties concernées que l'on peut résoudre ou désamorcer
d'éventuels malentendus et désaccords.
9. Inscrire la
question des espèces exotiques envahissantes et les mesures
de lutte contre ce problème dans des chapitres pertinents
des programmes pédagogiques et scolaires.
10. Faire en sorte
que la législation nationale applicable à l'introduction
d'espèces exotiques, intentionnelle et accidentelle,
soit connue et comprise, non seulement par les citoyens et les
institutions du pays concerné mais aussi par les étrangers
qui importent des biens et services et par les touristes.
5. PRÉVENTION
ET INTRODUCTIONS
5.1 Principes
directeurs
· Prévenir
l'introduction d'espèces exotiques envahissantes est
l'option la moins coûteuse et la plus efficace, celle
qu'il faut choisir de préférence. Elle mérite
la plus haute priorité.
· Une action rapide s'impose pour prévenir l'introduction
d'espèces exotiques pouvant devenir envahissantes, même
s'il n'y a pas de certitude scientifique quant aux résultats
à long terme de l'invasion éventuelle par une
espèce exotique.
· Les écosystèmes
vulnérables doivent bénéficier de mesures
prioritaires, notamment lors d'interventions préventives
et, en particulier, lorsque d'importantes valeurs de biodiversité
sont en jeu. Les îles et les écosystèmes
isolés tels que les lacs et autres écosystèmes
d'eau douce, les forêts de brouillard, les habitats côtiers
et les écosystèmes de montagne, sont des écosystèmes
vulnérables.
· Étant
donné le caractère imprévisible des effets
de nombreuses espèces exotiques sur la diversité
biologique, toute introduction intentionnelle et toute mesure
d'identification et de prévention d'une introduction
accidentelle devraient être régies par le principe
de précaution.
· S'agissant d'espèces exotiques, l'introduction
doit être considérée comme dangereuse, à
moins que l'on ait une probabilité raisonnable qu'elle
est inoffensive.
· Les espèces
exotiques envahissantes agissent comme des agents de «pollution
biologique» qui peuvent avoir des effets défavorables
sur le développement et la qualité de la vie.
Les mesures réglementaires prises pour lutter contre
l'introduction d'espèces envahissantes devraient donc
faire appel, en partie, au principe du «pollueur-payeur»
où la «pollution» représente le dommage
causé à la diversité biologique indigène.
· Les menaces
à la biosécurité justifient l'élaboration
et la mise en uvre de cadres juridiques et institutionnels
complets.
· Le risque
d'introductions accidentelles doit être atténué le plus possible.
· L'introduction
intentionnelle devrait être conditionnelle à l'autorisation
de l'agence ou de l'autorité compétente. Toute
autorisation devrait être soumise à une évaluation
exhaustive fondée sur des considérations relatives
à la biodiversité (écosystèmes,
espèces, génome). Il importe d'empêcher
toute introduction non autorisée.
· L'introduction intentionnelle d'une espèce exotique
ne devrait être autorisée que si les effets bénéfiques
sur l'environnement supplantent les effets défavorables,
réels et potentiels. Ce principe est particulièrement
important dans le cas d'habitats et d'écosystèmes
isolés tels que des îles, des écosystèmes
d'eau douce, ou des centres d'endémisme.
· L'introduction
intentionnelle d'une espèce exotique ne doit pas être
autorisée si l'expérience, ailleurs, a prouvé
que le résultat probable serait l'extinction ou un appauvrissement
grave de la diversité biologique.
· L'introduction
intentionnelle d'une espèce exotique ne devrait être
envisagée que lorsqu'il est établi qu'aucune espèce
indigène ne peut remplir le rôle que l'on veut
confier à l'espèce exotique.
5.2 Introductions accidentelles - Actions recommandées
Il peut, malheureusement, être très difficile de contrôler les introductions
accidentelles qui empruntent toutes sortes de moyens et de voies.
Ce sont les mouvements les plus difficiles à repérer,
contrôler et prévenir. Par nature, les moyens les
plus efficaces de limiter les introductions accidentelles consistent
à repérer, réglementer et surveiller les
principales voies de propagation. Celles-ci varient entre pays
et entre régions mais les plus connues sont les routes
commerciales et touristiques nationales et internationales,
vecteurs du déplacement et de l'établissement
accidentels de tant d'espèces exotiques.
Les actions recommandées
pour réduire la probabilité des introductions
accidentelles sont:
1. Repérer
et gérer les chemins qui conduisent à des introductions
accidentelles. Parmi les chemins importants, il y a le commerce
national et international, le tourisme, le transport maritime
et fluvial, les eaux de ballast, la pêche, l'agriculture,
les projets d'infrastructure, les transports terrestres et aériens,
la foresterie, l'horticulture, l'architecture paysagère,
le commerce des animaux de compagnie et l'aquaculture.
2. Les parties à la Convention sur la diversité biologique et
tous les pays affectés devraient collaborer avec toutes
les autorités compétentes et associations industrielles
du secteur du commerce international, dans le but de réduire
considérablement le risque que le commerce ne facilite
l'introduction et la propagation d'espèces exotiques
envahissantes.
3. Élaborer,
en collaboration, des directives et codes de conduite pour l'industrie,
de manière à atténuer ou éliminer
les introductions accidentelles.
4. Étudier
les organisations et les accords de commerce régionaux
afin d'atténuer ou d'éliminer les introductions
accidentelles causées par leurs actions.
5. Étudier
des mesures telles que: élimination des incitations économiques
qui favorisent l'introduction d'espèces exotiques envahissantes;
sanctions légales pour introduction d'espèces
exotiques envahissantes à moins qu'aucune faute ne puisse
être prouvée; informations disponibles à
l'échelon international sur les espèces exotiques
envahissantes, par pays ou région, utilisables pour le
contrôle des frontières et les mesures de quarantaine
ainsi que pour les activités de prévention, d'éradication
et de lutte. (Voir aussi section 8.)
6. Mettre en uvre
les initiatives appropriées pour réduire les problèmes
d'espèces exotiques envahissantes dus au déversement
des eaux de ballast et des salissures de la coque des navires.
Ces initiatives comprennent: de meilleures pratiques de gestion
des eaux de ballast; l'amélioration de la conception
des navires; l'élaboration de programmes nationaux relatifs
aux eaux de ballast; des régimes de recherche, échantillonnage
et suivi; l'information des autorités portuaires et des
équipages sur les risques représentés par
les eaux de ballast. Mettre à disposition les directives
et lois nationales en vigueur sur les eaux de ballast (par ex.
Australie, États-Unis, Nouvelle-Zélande). Aux
niveaux national, régional et international, diffuser
des lignes directrices et recommandations internationales telles
que les directives de l'Organisation maritime internationale
sur les eaux de ballast et le rejet de sédiments. (Voir
aussi Section 9.2.2)
7. Mettre en place des règlements et installations de
quarantaine et de contrôle des frontières et former
le personnel de manière qu'il puisse intercepter les
espèces exotiques introduites accidentellement. Les mesures
de quarantaine et de contrôle des frontières ne
devraient pas seulement être dictées par des raisons
économiques étroites, essentiellement en rapport
avec l'agriculture et la santé, mais aussi par les menaces
particulières auxquelles la biosécurité
de chaque pays est exposée. Pour améliorer l'efficacité
de l'interception d'espèces exotiques introduites accidentellement
par les principales voies d'introduction il faudra peut-être
élargir les responsabilités et augmenter les ressources
dans les services de contrôle des frontières et
de quarantaine. (Voir aussi section 9.2)
8. Faire face
aux risques d'introduction accidentelle associés à
certains types de biens ou emballages au moyen de lois et de
procédures de contrôle aux frontières.
9. Prévoir
l'application d'amendes, de pénalités et d'autres
sanctions aux responsables d'introductions accidentelles par
négligence et mauvaise manipulation.
10. Faire en sorte
que les entreprises qui organisent le transport ou les mouvements
d'organismes vivants respectent les régimes de biosécurité
établis par les gouvernements, dans les pays exportateurs
et importateurs. Veiller à soumettre les activités
au niveau de suivi et de contrôle approprié.
11. Dans le cas
de pays insulaires à haut risque et extrêmement
vulnérables aux espèces exotiques envahissantes,
élaborer les moyens au meilleur rapport coût-efficacité
pour les gouvernements qui souhaitent éviter le coût
élevé de la lutte contre les espèces exotiques
envahissantes. Il s'agit, notamment, d'approches plus intégrées
des menaces à la biosécurité et d'un renforcement
des ressources pour les opérations de quarantaine et
de contrôle aux frontières, en particulier pour
augmenter le nombre d'inspections et renforcer les capacités
d'interception.
12. Évaluer
les grands projets d'infrastructure, tels que les canaux, les
tunnels et les routes qui traversent des zones biogéographiques
et pourraient mettre en contact des flores et des faunes jusque-là
séparées et perturber la diversité biologique
locale. Les textes de loi qui rendent obligatoire l'étude
d'impact de ces projets devraient aussi exiger une évaluation
des risques associés à une introduction accidentelle
d'espèces exotiques envahissantes.
13. Mettre en
place les dispositions nécessaires pour prendre rapidement
des mesures efficaces, y compris l'organisation de consultations
publiques, en cas d'introduction accidentelle.
5.3 Introductions intentionnelles - Actions recommandées
1. Instituer un
mécanisme institutionnel pertinent, par exemple une agence
ou autorité chargée de la «biosécurité»
dans le cadre de la réforme législative relative
aux espèces envahissantes. (Voir section 9.) Il s'agit
là d'une mesure prioritaire car, à l'heure actuelle,
il est rare que le cadre législatif national traite les
introductions intentionnelles de manière intégrée,
à savoir en tenant compte de tous les organismes qui
pourraient être introduits et de leurs effets sur l'environnement.
La législation s'intéresse, en général,
à des secteurs tels que l'agriculture. En conséquence,
les dispositions administratives et structurelles sont souvent
inaptes à traiter toute la gamme des organismes introduits,
les effets pour les milieux dans lesquels ils sont introduits
ou même la nécessité de réagir rapidement
à une situation d'urgence.
2. Donner à
l'agence chargée de la biosécurité, ou
à un autre mécanisme institutionnel, les moyens
de décider d'autoriser ou non l'introduction proposée,
d'élaborer les directives sur l'importation et la libération
d'espèces exotiques et de fixer, au besoin, des conditions
spécifiques. (La mise en uvre devrait incomber
à d'autres organes. Voir 9.2.1)
3. Accorder la
plus haute importance à des processus efficaces d'évaluation
et de prise de décisions. Réaliser une étude
d'impact sur l'environnement et une étude des risques
dans le cadre du processus d'évaluation avant de décider
d'introduire ou non une espèce exotique. (Voir annexe)
4. Exiger de l'importateur
en puissance qu'il fasse la preuve que l'introduction proposée
n'aura pas d'effets négatifs sur la diversité biologique.
5. Prévoir
des consultations entre les organismes publics pertinents et
les ONG et, selon les circonstances, les pays voisins, durant
le processus d'évaluation.
6. Au besoin,
demander la réalisation d'essais expérimentaux
spécifiques (par ex. pour tester les préférences
alimentaires ou le pouvoir infectieux des espèces exotiques)
dans le cadre du processus d'évaluation. Ces essais sont
souvent requis à des fins de lutte biologique et des
protocoles appropriés devraient être élaborés
et suivis.
7. Veiller à
ce que le processus d'évaluation permette à l'autorité
chargée de la biosécurité dans le pays
importateur de déterminer et d'évaluer les impacts,
risques, coûts (directs et indirects, monétaires
et non monétaires) avantages et solutions de substitution.
L'autorité sera alors en mesure de décider si
les avantages éventuels supplantent les inconvénients
éventuels. La publication de la décision préliminaire,
accompagnée de l'information pertinente, devrait être
faite de manière à laisser, aux parties intéressées,
suffisamment de temps pour réagir avant que l'agence
chargée de la biosécurité ne prenne la
décision définitive.
8. Imposer, s'il
y a lieu, des mesures de confinement à une espèce
introduite. En outre, des mesures de suivi sont souvent nécessaires
dans le cadre de la gestion qui suit la libération de
l'espèce.
9. Indépendamment
des dispositions juridiques, encourager les exportateurs et
les importateurs à respecter les normes de meilleures
pratiques afin d'atténuer le plus possible tout risque
d'invasion lié au commerce, et à contenir toute
fuite accidentelle.
10. Mettre en
place des règlements et des équipements de quarantaine
et de contrôle aux frontières et former le personnel
de manière qu'il puisse intercepter des espèces
introduites intentionnellement sans autorisation.
11. Appliquer
des peines criminelles et de responsabilité civile pour
les frais d'éradication ou de lutte en cas d'introductions
intentionnelles non autorisées.
12. Veiller à
ce que des dispositions soient en place, notamment pour prendre
des mesures efficaces et rapides d'éradication ou de
lutte, en cas d'introduction non autorisée ou lorsque
l'introduction autorisée d'une espèce exotique
constituerait, de manière inattendue ou accidentelle,
une menace potentielle d'invasion biologique. (Voir sections
6 et 9.)
13. Tout en prenant
les mesures requises, aux niveaux régional et mondial,
pour réduire les risques que des introductions accidentelles
ne soient favorisées par le commerce (Section 5.2), se
saisir de toutes les occasions d'améliorer les pratiques
et les instruments internationaux relatifs au commerce qui touchent
aux introductions intentionnelles. Par exemple, les Parties
à la Convention sur le commerce international des espèces
de faune et de flore sauvage menacées d'extinction (CITES)
abordent la question des conséquences que peuvent avoir
les espèces exotiques envahissantes sur le fonctionnement
de la Convention. Des initiatives semblables devraient être
prises en ce qui concerne les autorités et associations
industrielles pertinentes du commerce international.
6. ÉRADICATION
ET LUTTE
Lorsqu'on a détecté
une espèce exotique envahissante ou susceptible de le
devenir - en d'autres termes, lorsque les efforts de prévention
ont échoué - il faut atténuer les effets
négatifs en prenant des mesures d'éradication,
de confinement et de lutte. Le but de l'éradication,
c'est d'éliminer totalement l'espèce exotique
envahissante; celui de la lutte, c'est de réduire à
long terme le nombre ou la densité de l'espèce
exotique envahissante. Le confinement est un cas de lutte particulier
dont le but est de limiter la propagation de l'espèce
exotique envahissante et de confiner sa présence dans
des limites géographiques précises.
6.1 Principes
directeurs
· Prévenir
l'introduction d'espèces exotiques envahissantes doit
être l'objectif premier.
· La détection
rapide d'espèces exotiques nouvellement introduites,
notoirement ou potentiellement envahissantes, associée
à la capacité d'agir rapidement est souvent la
clé d'une éradication réussie, d'un bon
rapport coût-efficacité.
· L'absence de certitude scientifique ou économique
quant aux conséquences d'une éventuelle invasion
biologique par une espèce exotique ne doit pas servir
de prétexte pour retarder la prise de mesures d'éradication,
de confinement ou de lutte.
· La législation
devrait prévoir la possibilité de prendre les
mesures qui s'imposent à l'encontre d'espèces
exotiques envahissantes introduites accidentellement ou intentionnellement.
· C'est
au tout début de l'invasion, lorsque les populations
sont petites et localisées, que l'on a les meilleures
chances de pouvoir éradiquer ou contenir une espèce
exotique envahissante. (Ces chances peuvent persister pour un
temps plus ou moins long, selon l'espèce concernée
et en fonction d'un certain nombre d'autres facteurs locaux.)
· L'éradication
d'espèces exotiques envahissantes nouvelles ou établies
est préférable et d'un meilleur rapport coût-efficacité
qu'une lutte à long terme, en particulier lorsqu'il s'agit
d'un nouveau cas.
· L'éradication
ne devrait cependant être tentée que si elle est
réalisable sur le plan écologique et si l'on peut
compter sur l'engagement politique et financier nécessaire.
· Un des
objectifs d'importance stratégique consiste à
déterminer les points névralgiques des grandes
voies d'invasion telles que les ports et les aéroports
internationaux, dans le but d'organiser les activités
de surveillance et d'éradication.
6.2 Éradication
- Actions recommandées
1. Dans la mesure
du possible, promouvoir l'éradication comme la meilleure
solution de gestion pour régler le problème des
espèces envahissantes, lorsque la prévention a
échoué. Elle est d'un bien meilleur rapport coût-efficacité
que la lutte permanente et nettement plus favorable pour l'environnement.
Les progrès technologiques sont en train d'augmenter
le nombre de situations dans lesquelles l'éradication
est possible, en particulier sur les îles. L'éradication
est sans doute plus difficile à réaliser dans
le milieu marin. Les critères qu'il convient de satisfaire
pour que l'éradication puisse réussir sont donnés
dans l'Annexe.
2. Lorsqu'une
espèce exotique susceptible de devenir envahissante est
détectée, mobiliser et activer sans délai
suffisamment de ressources et de compétences. Plus on
attend, plus les chances de réussir sont faibles. La
sensibilisation de la communauté et les connaissances
de la population locale peuvent permettre de détecter
rapidement l'invasion d'une espèce exotique. Selon la
situation, la réaction peut être nationale ou nécessiter
un effort de coopération avec d'autres pays.
3. Donner la priorité
à l'éradication dans les sites où une nouvelle
espèce exotique envahissante a fait son apparition et
n'est pas encore bien établie.
4. Faire en sorte
que les méthodes d'éradication soient aussi spécifiques
que possible et n'aient pas d'effets durables sur les espèces
indigènes non ciblées. Quelques pertes incidentes
pour des espèces non ciblées peuvent être
le prix inévitable de l'éradication qui doit être
évalué au regard des avantages à long terme
pour les espèces indigènes.
5. Veiller à
ce que les substances toxiques ne persistent pas dans l'environnement
après éradication. Cependant, l'utilisation de
produits toxiques, inacceptable pour la lutte à long
terme, peut se justifier pour une campagne d'éradication
brève et intensive. Dans ce cas, les coûts et les
avantages de l'utilisation de substances toxiques doivent être
soigneusement pesés.
6. S'assurer que
les méthodes d'élimination des animaux soient
aussi éthiques et peu cruelles que possible sans toutefois
perdre de vue que le but est d'éliminer de manière
permanente l'espèce exotique envahissante concernée.
7. Sachant que
des groupes d'intérêt peuvent s'opposer à
l'éradication pour des raisons éthiques ou d'intérêt
personnel, prévoir une stratégie de consultation
complète et obtenir l'appui de la communauté pour
tout projet d'éradication, comme partie intégrante
de ce projet.
8. Donner la priorité
à l'éradication d'espèces envahissantes
dans les îles et autres régions isolées
qui présentent une biodiversité très particulière
ou possèdent des espèces endémiques menacées.
9. Dans la mesure
du possible, éradiquer des mammifères prédateurs
exotiques clés (par exemple, rats, chats, chiens, mustélidés)
pour obtenir des avantages importants pour la diversité
biologique dans les îles et autres régions isolées
possédant une faune et une flore indigènes importantes.
De même, éradiquer des mammifères herbivores
clés, exotiques ou redevenus sauvages (par exemple lapins,
moutons, chèvres, cochons), pour obtenir des avantages
importants pour les espèces indigènes de plantes
et d'animaux menacés.
10. Rechercher,
s'il y a lieu, un avis d'expert. L'éradication pose des
problèmes souvent complexes, en particulier lorsque l'on
a affaire à plusieurs espèces et qu'il faut, par
exemple, déterminer dans quel ordre les éradiquer.
Il peut être préférable, comme recommandé
dans les Lignes directrices de l'UICN relatives aux réintroductions,
d'adopter une démarche pluridisciplinaire.
6.3 Quels sont
les résultats escomptés de la lutte?
Pour savoir dans
quelle mesure la lutte aura abouti aux résultats escomptés,
il faut examiner la réaction des espèces, des
habitats, des écosystèmes ou du paysage que l'on
a cherché à favoriser. Il importe d'axer les efforts
sur la quantification et la réduction des dommages causés
par les espèces envahissantes et pas seulement sur la
réduction du nombre d' «envahisseurs». La
relation entre la densité d'envahisseurs et leur impact
est rarement simple, de sorte qu'une réduction de la
densité n'est pas nécessairement synonyme d'amélioration
pour les espèces indigènes, les habitats ou l'écosystème
menacés. Il peut s'avérer très difficile
de définir les mesures de réussite pertinentes
et d'en assurer le suivi. Il importe, toutefois, de le faire
si l'on veut atteindre de but principal, à savoir prévenir
l'érosion de la diversité biologique.
6.4 Choisir
les méthodes de lutte
1. Les méthodes
de lutte devraient être acceptables d'un point de vue
social, culturel et éthique, efficaces, non polluantes
et ne devraient pas avoir d'effets nocifs sur la flore et la
faune indigènes, la santé et le bien-être
de l'homme, les animaux domestiques ou les cultures. Satisfaire
à tous ces critères n'est pas toujours facile.
Ce qui compte, c'est de les considérer comme des objectifs
pertinents dans le contexte de l'équilibre recherché
entre les coûts et avantages de la lutte, d'une part et
les résultats escomptés, d'autre part.
2. Les circonstances
sont tellement variables qu'il faut se contenter de lignes directrices
générales pour les méthodes à privilégier:
les méthodes spécifiques sont préférables
aux méthodes à large spectre; il est plus réaliste,
actuellement, d'avoir recours aux agents de lutte biologique
qu'aux méthodes physiques ou chimiques mais l'introduction
de ces agents ne doit se faire qu'après une sélection
rigoureuse et être soumise à une surveillance ultérieure;
l'éradication physique peut être une option efficace
pour débarrasser une zone de plantes envahissantes exotiques;
les produits chimiques devraient être aussi spécifiques
que possible, non persistants et non cumulatifs dans la chaîne
alimentaire; les polluants organiques persistants (POP), y compris
les composés organochlorés ne devraient pas être
utilisés et les méthodes d'éradication
ou de lutte contre les animaux devraient être aussi peu
cruelles que possible, sans perdre de vue les objectifs de la
lutte.
6.5 Stratégies
de lutte - Actions recommandées
À la différence
de l'éradication, la lutte contre les espèces
envahissantes est une activité permanente dont les buts
et objectifs sont différents. Il existe certes plusieurs
démarches stratégiques possibles mais toutes devraient
avoir deux facteurs en commun. Premièrement, les résultats
visés doivent être scientifiquement valides, clairement
énoncés et bénéficier d'un appui
large. Deuxièmement, pour que l'on puisse atteindre les
objectifs, il importe que les responsables politiques et administratifs
s'engagent à dépenser les ressources requises
pour toute la durée de l'exercice. Une lutte contre les
espèces envahissantes mal orientée et menée
sans conviction, aboutira au gaspillage de ressources qui seraient
plus utiles ailleurs.
Les actions
recommandées sont:
1. Avant toute
chose, il convient d'établir un ordre de priorité
dans les problèmes causés par les espèces
exotiques envahissantes, en fonction des résultats souhaités.
Pour cela, il faut déterminer les zones ayant la plus
grande valeur pour la diversité biologique indigène
et celles qui sont le plus menacées par les espèces
exotiques envahissantes. Cette analyse devrait tenir compte
des progrès de la technologie de lutte et être
revue périodiquement.
2. Il importe
de rédiger une stratégie de lutte officielle dans
laquelle les principales espèces cibles, les zones de
lutte, les méthodes et le calendrier seront définis
et feront l'objet d'un accord. La stratégie peut s'appliquer
à certaines zones ou au pays entier et devrait bénéficier
d'un statut approprié - voir par exemple les conditions
énoncées dans l'article 6 de la Convention sur
la diversité biologique («Mesures générales
de conservation et d'utilisation durable»). La stratégie
devrait être rendue publique pour que la population donne
son avis et devrait être régulièrement révisée.
3. Lorsque l'éradication
n'est pas réalisable, limiter la dissémination
est une stratégie pertinente, mais seulement lorsque
l'aire de répartition de l'espèce exotique envahissante
est restreinte et qu'il est possible de contenir cette espèce
dans un périmètre précis. Une surveillance
régulière, en dehors des limites de confinement,
est essentielle et toute nouvelle infestation de l'espèce
doit être rapidement supprimée.
4. Il est parfois
possible, à long terme, de réduire les populations
d'une espèce exotique envahissante à un niveau
négligeable, en prenant une seule mesure ou un seul train
de mesures (lutte polyvalente). Les meilleurs exemples sont
fournis par l'introduction réussie d'agents de lutte
biologique. Il s'agit de programmes «classiques»
de lutte biologique. Toute introduction intentionnelle de cette
nature doit être soumise aux mesures de contrôle
et de surveillance voulues (voir aussi sections 5.3, 9 et Annexe).
Dans certaines circonstances, on a obtenu de bons résultats
en installant des clôtures d'exclusion. Un système
de lutte polyvalente adopte plusieurs méthodes en même
temps. Par exemple, la gestion intégrée des parasites
fait appel à des agents de lutte biologique et, en même
temps, à des mesures physiques et chimiques diverses.
5. Au fur et à
mesure des progrès techniques, il importe d'intensifier
l'échange d'informations entre les scientifiques et les
agences chargées de la gestion, non seulement à
propos des espèces exotiques envahissantes mais aussi
à propos des mesures de lutte. Comme les techniques changent
constamment et s'améliorent, il importe de communiquer
toutes les informations utiles aux agences chargées de
la gestion.
6.6 Espèces
de gibier et redevenues sauvages dans le rôle d'espèces
exotiques envahissantes - Actions recommandées
Les animaux qui
redeviennent sauvages deviennent aussi parfois, du même
coup, les espèces exotiques les plus agressives et les
plus dévastatrices pour le milieu naturel, en particulier
sur les îles. Quelle que puisse être l'importance
économique ou génétique des espèces
redevenues sauvages, lorsqu'elles deviennent une menace, la
conservation de la faune et de la flore indigènes doit
toujours primer. Certaines espèces envahissantes, tout
en causant des dommages graves à la diversité
biologique indigène, ont acquis une valeur culturelle
positive, souvent parce qu'elles présentent un intérêt
pour la chasse ou la pêche. En conséquence, il
peut y avoir conflit entre des objectifs de gestion, des groupes
d'intérêts et des communautés. Dans ces
circonstances, il faudra plus de temps pour régler les
problèmes mais, grâce à des campagnes de
sensibilisation et d'information du public sur les effets délétères
des espèces envahissantes, associées à
des consultations et des méthodes de gestion adaptées
qui bénéficient de l'appui de la communauté,
il est souvent possible de trouver une solution. L'analyse des
risques et l'évaluation des impacts sur l'environnement
peuvent aider à mettre au point des méthodes d'action
et des solutions adaptées.
Les actions
recommandées sont:
1. Envisager de
gérer les conflits avec les chasseurs sur les terres
du domaine public en réservant des zones particulières
à la chasse et en instaurant des mesures de contrôle
plus strictes afin de protéger la diversité biologique
ailleurs. Cette option ne vaut guère que dans une situation
où une grande valeur est attachée à l'espèce
exotique et où les valeurs de la diversité biologique
peuvent être protégées par des actions localisées.
2. Évaluer
la possibilité de prélever un nombre représentatif
d'animaux redevenus sauvages pour la captivité ou la
domestication lorsqu'on prévoit l'éradication
dans la nature.
3. Encourager
vigoureusement les agriculteurs et les propriétaires
terriens à empêcher la libération intentionnelle
ou accidentelle d'animaux domestiques tels que les chats ou
les chèvres qui causent notoirement des dommages lorsqu'ils
redeviennent sauvages.
4. Prendre des
sanctions légales pour décourager la libération
intentionnelle ou accidentelle de ces animaux lorsqu'il y a
risque de dommages écologiques ou économiques
graves.
7. LIENS
AVEC LA RÉINTRODUCTION D'ESPÈCES
7.1 Principe
directeur
· Les programmes
d'éradication réussis et certains programmes de
lutte peuvent beaucoup améliorer les chances de réussite
des réintroductions d'espèces indigènes
et permettre ainsi de remédier à des pertes antérieures
de diversité biologique indigène.
7.2 Liens entre
les opérations d'éradication et de lutte, et les
réintroductions
Une opération
d'éradication qui réussit à éliminer
une espèce exotique envahissante ou une opération
de lutte qui diminue les effectifs de cette espèce pour
les porter à des niveaux insignifiants améliore
généralement les conditions d'un habitat pour
les espèces indigènes qui l'occupent ou qui l'occupaient
précédemment. Cela vaut tout particulièrement
pour de nombreuses îles océaniques. On entreprend
souvent des opérations d'éradication aux fins
de réintroduction(s).
Les Lignes directrices
de l'UICN relatives aux réintroductions (mai 1995) ont
été adoptées pour «être une
aide directe et pratique à ceux qui préparent,
approuvent ou réalisent les réintroductions».
Elles précisent les conditions - études de faisabilité,
critères de sélection des sites, conditions socio-économiques
et juridiques, sélection sanitaire et génétique
des individus - et les problèmes relatifs au lâcher
proposé d'animaux détenus en captivité
ou dans des centres de réhabilitation. Il conviendrait
d'en tenir compte dans le cadre de tout plan d'éradication
ou de lutte dans lequel la réintroduction pourrait être
un objectif connexe et pertinent et de s'y référer
pour les directives importantes sur l'évaluation de toute
proposition de réintroduction.
Les conditions
socio-économiques applicables aux opérations d'éradication
et de lutte sont aussi applicables, dans les grandes lignes,
aux réintroductions: importance de l'appui communautaire
et politique, engagement financier et sensibilisation du public.
Associer la consultation concernant l'objectif d'éradication
à des propositions de réintroduction d'espèces
indigènes est donc d'un bon rapport coût-efficacité
et présente l'avantage additionnel de compenser certains
aspects négatifs des éradications (élimination
d'animaux appréciés) par les avantages positifs
de la réintroduction d'espèces indigènes
(restauration du patrimoine, des valeurs récréatives
ou économiques).
8. LES
CONNAISSANCES ET LA RECHERCHE
8.1 Principe
directeur
· Dans
toute campagne contre les espèces exotiques envahissantes
à tous les niveaux (mondial, national, local), un élément
essentiel est la collecte efficace et opportune et le partage
des informations et expériences qui permettent de faire
progresser la recherche et de mieux gérer les espèces
exotiques envahissantes.
8.2 Actions
recommandées
1. Donner la priorité
à la constitution d'une base de connaissances adéquate
permettant de traiter les problèmes des espèces
exotiques envahissantes à l'échelle mondiale.
Même si l'on sait beaucoup de choses sur un grand nombre
de ces espèces et les moyens de lutte, les connaissances
restent incomplètes et de nombreux pays et organismes
de gestion y ont difficilement accès.
2. Contribuer à l'élaboration d'une base de données mondiale
(ou de plusieurs bases de données reliées entre
elles), facilement accessible, sur toutes les espèces
exotiques envahissantes connues et contenant, notamment, des
informations sur leur statut, leur distribution, leur biologie,
les caractéristiques qui en font des espèces envahissantes,
leurs effets et les options de lutte. Il importe que les gouvernements,
les organismes de gestion et autres acteurs y participent.
3. Établir
des «listes noires» d'espèces exotiques envahissantes
aux niveaux national, régional et mondial auxquelles
toutes les parties intéressées puissent accéder
facilement. Les «listes noires» permettent d'attirer
utilement l'attention sur les espèces exotiques envahissantes
connues, mais il ne faudrait pas en conclure que les espèces
exotiques non inscrites sont inoffensives.
4. Dans le contexte
de travaux de recherche, au niveau national et international,
améliorer les connaissances sur: l'écologie des
processus d'invasion, y compris les effets-retard; les relations
écologiques entre espèces envahissantes; la capacité
de prévoir quelles espèces et groupes d'espèces
pourraient devenir envahissants et dans quelles circonstances;
les caractéristiques des espèces exotiques envahissantes;
les effets des changements climatiques mondiaux sur les espèces
exotiques envahissantes; les vecteurs existants et les vecteurs
possibles; les pertes et coûts écologiques et économiques
associés à l'introduction d'espèces exotiques
envahissantes; les sources et les voies d'introduction créées
par les activités humaines.
5. Élaborer
et diffuser de meilleures méthodes d'exclusion ou d'élimination
des espèces exotiques dans les biens commercialisés,
les matériaux d'emballage, les eaux de ballast, les bagages
personnels, les avions et les navires.
6. Encourager
et soutenir de nouveaux travaux de recherche en gestion concernant:
des méthodes d'éradication ou de lutte contre
les espèces exotiques envahissantes qui soient efficaces,
ciblées, non cruelles et socialement acceptables; des
systèmes de détection et de réaction rapide;
l'élaboration de techniques de surveillance; le rassemblement
et la diffusion efficaces de l'information destinée à
des publics spécifiques.
7. Encourager
le suivi, l'enregistrement et l'établissement de rapports
de manière que les enseignements acquis de l'expérience
en gestion des espèces exotiques envahissantes puissent
contribuer à la base de connaissances.
8. Tirer un meilleur parti de l'information et de l'expérience
pour promouvoir une plus grande compréhension et une
meilleure sensibilisation aux questions relatives aux espèces
exotiques envahissantes. Il importe d'établir des passerelles
solides entre les actions prises dans le cadre des sections
4 et 8.
9. LOIS
ET INSTITUTIONS
9.1 Principes
directeurs
· L'adoption,
par chaque pays, d'une ligne de conduite politique, juridique
et institutionnelle globale vis-à-vis de la menace que
constituent les espèces exotiques envahissantes est une
condition préalable à la conservation de la diversité
biologique aux niveaux national, régional et mondial.
· La prise
de mesures efficaces dépend de l'existence d'une législation
nationale prévoyant des actions préventives et
correctives. Cette législation devrait aussi énoncer
clairement les responsabilités institutionnelles, des
mandats opérationnels complets et l'intégration
réelle des responsabilités relatives aux problèmes
actuels et potentiels posés par les espèces exotiques
envahissantes.
· Pour
instaurer les conditions nécessaires à la prévention
et à l'atténuation des risques d'introduction
d'espèces exotiques susceptibles de devenir envahissantes,
la coopération entre pays est indispensable. Elle doit
prendre sa source dans la responsabilité qui est celle
de chaque pays de faire en sorte que les activités placées
sous sa juridiction ou son contrôle ne portent pas préjudice
à l'environnement d'autres pays.
9.2 Actions
recommandées
9.2.1 Au niveau national
1. Accorder une
priorité élevée à l'élaboration
de stratégies et plans visant à réagir
aux menaces réelles ou potentielles que posent les espèces
exotiques envahissantes, dans le contexte de stratégies
ou plans nationaux pour la conservation de la diversité
biologique et l'utilisation durable de ses éléments.
2. Veiller à
ce qu'une législation nationale pertinente soit en place
et prévoit, d'une part les mécanismes nécessaires
pour contrôler les introductions intentionnelles et accidentelles
d'espèces exotiques et, d'autre part, les mesures correctives
lorsque ces espèces deviennent envahissantes. Les grandes
lignes de cette législation sont mentionnées dans
les sections qui précèdent, en particulier les
sections 5 et 6.
3. Veiller à
ce que cette législation prévoit les pouvoirs
administratifs nécessaires non seulement pour permettre
une réaction rapide en cas d'urgence, par exemple la
détection, à la frontière, d'espèces
exotiques susceptibles de devenir envahissantes mais aussi pour
faire face aux menaces que représente, pour la diversité
biologique, l'introduction intentionnelle ou accidentelle d'espèces
exotiques qui franchissent les frontières biogéographiques
au sein d'un même pays.
4. Veiller, dans
la mesure du possible, à ne désigner qu'une seule
autorité ou agence chargée de la mise en uvre
et de l'application de la législation nationale, dotée
de fonctions et pouvoirs clairs. Lorsque ce n'est pas possible,
veiller à la mise en place d'un mécanisme de coordination
de l'action administrative sur le terrain et répartir
clairement les pouvoirs et responsabilités entre les
administrations concernées. (Note: ces rôles opérationnels
relatifs à la mise en uvre et à l'application
diffèrent et viennent en sus de la fonction spécifique
d'agen |