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Lignes Directrices Techniques de l'UICN en Matiere de Gestion des Populations
Ex Situ a des Fins de Conservation
Approuvées
lors de la 14ème réunion du Comité du Programme
du Conseil, à Gland (Suisse), le 10 décembre 2002
Español
English
PREAMBULE
L'UICN affirme que
l’un des buts de la conservation est le maintien de la diversité
génétique existante et de populations viables de tous
les taxons à l’état sauvage afin de maintenir les
interactions biologiques, les processus et fonction écologiques.
Les gestionnaires en charge des activités de conservation et
les décideurs devraient adopter une approche réaliste
et intégrée de la mise en œuvre de la conservation.
Les menaces pesant sur la diversité biologique in situ s'accroissent
sans cesse et les taxons doivent survivre dans des environnements de
plus en plus modifiés par l'homme. Ces menaces, qui incluent
la destruction des habitats, le changement climatique, l’utilisation
non durable, les organismes envahissants et pathogènes, peuvent
s’avérer difficiles à contrôler. La réalité
de la situation actuelle est telle qu'il ne sera pas possible d’assurer
la survie d’un nombre croissant de taxons menacés sans
utiliser efficacement un ensemble divers d’approches et de techniques
de conservation complémentaires parmi lesquelles, pour certains
taxons, l’accroissement du rôle et de l’utilisation
pratique des techniques ex situ.
Si l'on attend qu'une
espèce soit au bord de l'extinction pour décider de mettre
en place des mesures de gestion ex situ, il est souvent trop tard pour
agir efficacement et on prend le risque d'une disparition définitive
de l'espèce. En outre, les mesures de conservation ex situ devraient
être considérées comme un outil permettant d’assurer
la survie de la population sauvage. La gestion ex situ ne devrait être
considérée comme une solution de remplacement des mesures
impératives de gestion in situ que dans des circonstances exceptionnelles,
et une intégration effective entre les approches in situ et ex
situ doit être recherchée partout où cela est possible
La décision
de mettre en place un programme de conservation ex situ dans le cadre
d'un véritable plan de gestion ou de rétablissement, et
la conception spécifique ainsi que l’indication d'un tel
programme dépendront des circonstances et des besoins de conservation
du taxon. Un plan de conservation spécifique au taxon peut comporter
toute une gamme d'objectifs ex situ, incluant le maintien à court,
moyen et long terme de stocks ex situ. Il est possible d’utiliser
une variété de techniques incluant la reproduction/propagation,
les banques de matériel génétique, la recherche
appliquée, le renforcement des populations existantes et la réintroduction
dans la nature ou des environnements contrôlés. Les objectifs
et l’intention d’ensemble devraient être clairement
énoncés et acceptés par toutes les organisations
participant au programme, ainsi que par les autres parties prenantes
parmi lesquelles les propriétaires terriens et les utilisateurs
du taxon en question.
Afin de maximiser
leur potentiel pour la conservation, les installations ex situ et leurs
réseaux coopératifs devraient adopter les lignes directrices
définies par la Convention sur la diversité biologique,
l’Agenda international pour la conservation pour les jardins botaniques,
le Centre pour la conservation des plantes et la Stratégie mondiale
de conservation des parcs zoologiques, ainsi que les autres lignes directrices,
stratégies et les obligations légales appropriées
aux niveaux national et régional. L’UICN reconnaît
l’ensemble considérable de ressources dédiées
à la conservation ex situ à travers le monde par les jardins
zoologiques et botaniques, les banques de gènes et les autres
installations ex situ. L’utilisation efficace de ces ressources
représente une composante essentielle des stratégies de
conservation à tous les niveaux.
VISION
Maintenir les niveaux actuels de diversité biologique par tous
les moyens efficaces disponibles, y compris, lorsque cela est approprié,
la propagation ex situ, la translocation et d’autres méthodologies
ex situ.
BUT
Les responsables de la gestion des populations et des installations
ex situ de plantes et d’animaux sauvages utiliseront toutes les
ressources et tous les moyens à leur disposition pour maximiser
les valeurs de conservation et d’utilisation de ces populations
y compris :
1) accroître la sensibilisation du public et des politiques
et la compréhension des problèmes important de la conservation
et de la signification de l’extinction ;
2) une gestion des populations
génétiques et démographiques des taxons menacés
coordonnée ;
3) la réintroduction et le soutien des populations
sauvages ;
4) la restauration et la gestion de l’habitat ;
5)
le maintien à long terme des banques de gènes et de matériel
biologique ;
6) le renforcement des institutions et des capacités
professionnelles ;
7) un partage des bénéfices approprié ;
8) une recherche consacrée aux questions biologiques et écologiques
en rapport avec la conservation ex situ ; et
9) la recherche de financements
pour tous les points précédents.
Les agences et institutions
ex situ doivent se conformer aux obligations nationales et internationales
en rapport avec l’accès et le partage des bénéfices
(conformément à la CBD) et aux autres instruments ayant
force d’obligation comme la CITES, afin d’assurer une pleine
collaboration avec les états de l'aire de répartition.
La priorité devrait être donnée à la gestion
ex situ des taxons menacés (au sens de la dernière version
des Catégories de l'UICN pour la Liste rouge) et aux populations
menacées d’importance économique ou socioculturelle.
Il est souvent préférable d’avoir un programme ex
situ à proximité ou à l’intérieur
de l’aire de distribution éco-géographique du taxon
concerné et si possible dans un pays de l’aire de répartition.
Néanmoins le rôle d’un soutien international ou extra
régional est reconnu. L’option d’établir le
programme ex situ hors de l’aire de distribution du taxon devrait
être considéré si le taxon est menacé par
des catastrophes naturelles, des troubles politiques et sociaux, ou
encore si de nouvelles installations de banque de matériel génétique,
de propagation, de recherche, d’isolation ou de réintroduction
sont nécessaires et ne peuvent pas être mises en place
facilement. Dans tous les cas, les populations ex situ devraient être
gérées de manière à minimiser la perte des
capacités d’expression des comportements naturels et la
perte d’aptitude à prospérer à nouveau ultérieurement
dans des habitats naturels.
LIGNES DIRECTRICES TECHNIQUES
Une gestion responsable
des populations ex situ à des fins de conservation est basée
sur la recherche de bénéfices pour l'espèce menacée
et les habitats associés.
- L’objectif
essentiel du maintien de populations ex situ est d’aider à
soutenir la conservation d’un taxon menacé, sa diversité
génétique et son habitat. Les programmes ex situ devraient
apporter une valeur ajoutée à d’autres programmes
complémentaires pour la conservation.
En dépit
d'exceptions spécifiques à certaines espèces
du fait de caractéristiques biologiques particulières,
la décision de lancer un programme ex situ devrait être
basée sur au moins un des critères de l'UICN pour
la Liste rouge, parmi lesquels :
1. lorsque le
taxon/la population est sensible aux effets des activités
humaines ou à des événements stochastiques
ou
2. lorsqu'il
est probable que le taxon/la population entre très rapidement
dans la catégorie En danger critique d'extinction, Eteint
à l’état sauvage ou Eteint à très
brève échéance. Des critères additionnels
devraient être considérés dans certains cas
où des taxons ou des populations d’importance culturelle,
ou ayant une importance économique ou scientifique significative,
sont menacés. Tous les taxons En danger critique d'extinction
et Eteint à l’état sauvage devraient faire l’objet
d’une gestion ex situ afin d’assurer le rétablissement
des populations sauvages.
- La conservation
ex situ ne devrait être initiée que lorsque la compréhension
de la biologie du taxon cible et les besoins de gestion ex situ et
de stockage est telle qu’il y a une probabilité raisonnable
d’améliorer la conservation de l’espèce
; ou lorsque le développement de tel protocoles pourra être
effectué pendant la durée requise pour la gestion de
la conservation du taxon, idéalement avant que le taxon ne
devienne menacé à l’état sauvage. Les institutions
ex situ sont fortement incitées à développer
des protocoles ex situ avant toute future gestion ex situ. Une considération
particulière doit être accordée à la viabilité
institutionnelle avant de s’embarquer dans un projet de conservation
ex situ sur le long terme.
- En ce qui concerne
les espèces menacées pour lesquelles il n'existe pas
de protocole d'élevage et/ou de culture, des substituts appartenant
à des taxons étroitement apparentés peuvent remplir
d'importantes fonctions, notamment pour la recherche et la mise au
point de ces protocoles, la recherche en biologie de la conservation,
la formation du personnel, l’éducation du public et la
recherche de financement.
- Bien que certaines
populations ex situ aient probablement été établies
avant la ratification de la Convention sur la diversité biologique,
toutes les populations ex situ et in situ devraient être gérées
de façon intégrée et multidisciplinaire, et,
si possible, en accord avec les principes et les dispositions de la
CBD.
- Les situations
extrêmes et désespérées, lorsqu'un taxon
/ des populations sont au bord de l'extinction, doivent être
traitées selon une procédure d'urgence. Cette action
doit être mise en œuvre avec le plein accord et soutien
du pays de l’aire de distribution.
- Toutes les populations
ex situ doivent être gérées de manière
à réduire le risque de perte due à une catastrophe
naturelle, une maladie ou un problème politique. Les mesures
de précaution incluent des procédures de quarantaine
efficaces, un suivi des maladies et agents pathogènes, ainsi
que la duplication des échantillons de matériel génétique
et un approvisionnement de secours en énergie pour supporter
les besoins des collections (e.g. contrôle climatique pour les
lieux de stockage de matériel génétique sur le
long terme).
- Toutes les populations
ex situ devraient être gérées de manière
à réduire le risque d’évasion des installations
de propagation, d’exposition et de recherche de taxons qui pourraient
devenir envahissants. Le potentiel des taxons à devenir envahissants
devrait être évalués et des mesures de contrôle
appropriées devraient être prises afin d’éviter
les évasions et une naturalisation ultérieure.
- La gestion des
populations ex situ doit minimiser tous les effets néfastes
d’une gestion ex situ, tels que la perte de diversité
génétique, la sélection artificielle, le transfert
de pathogènes et l’hybridation, dans l’intérêt
de maintenir l’intégrité génétique
et la viabilité d’un tel matériel. Une attention
particulière doit être accordée aux techniques
d’échantillonnage initial qui devrait être conçues
pour récolter autant de variabilité du matériel
génétique que possible. Les praticiens ex situ devraient
suivre, et développer, la tenue d’archives et les lignes
directrices pour la gestion génétique spécifiques
à tout taxon ou région produites par les agences de
gestion ex situ.
- Les responsables
de la gestion de populations et d’installations ex situ devraient
rechercher à la fois à accroître la sensibilisation
et l’intérêt du public pour la biodiversité
et soutenir la gestion de la conservation par l’éducation,
la recherche de financements et des programmes de renforcement des
capacités, ainsi que le soutien à une action directe
in situ.
- Le cas échéant,
les données et les résultats des recherches basées
sur les collections et les méthodologies ex situ devraient
être mises gratuitement à disposition des programmes
de gestion nationaux en cours soutenant la conservation des populations
in situ, leurs habitats, et les écosystèmes et paysages
dans lesquels on les rencontre.
NB. La conservation ex situ est définie ici, comme dans la CBD,
comme « la conservation de composantes de la diversité
biologique hors de leurs habitats naturels ». Les collections
ex situ incluent des collections de plantes et d’animaux entiers,
les parcs zoologiques et les jardins botaniques, les établissements
de recherche sur la vie sauvage, et les collections de matériel
génétique de taxons sauvages et domestiques (zygotes,
gamètes et tissu somatique).
IUCN SSC
IUCN
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