Nouakchott, 25 Juil.05 – Le Président de l’Union mondiale pour la nature (UICN), M. Mohammed Valli Moosa, a effectué du 11 au 17 juillet 2005 une visite de six jours en Afrique de l’Ouest qui l’a conduit successivement au Sénégal et au Mali.
En réservant la primeur de sa visite officielle en qualité de Président de l’UICN à l’Afrique de l’Ouest, Valli Moosa entendait toucher du doigt les grands problèmes environnementaux et sociaux que connaît cette région du monde. Celle-là même qui compte parmi les plus pauvres du monde avec un PIB, estimé à 350$, soit à peine la moitié de celui des autres sous-régions de l’Afrique. On estime que 40% de la population ouest-africaine n’aurait pas accès à une source d’eau potable. Le Sahel qui couvre une large bande géographique de la sous-région est soumis à une forte vulnérabilité aux variations climatiques alors que deux tiers de la force de travail sont employés dans l’agriculture.
Dans ce climat d’extrême pauvreté, des ONG membres de l’UICN se distinguent par leur dynamisme dans le domaine de la conservation de la nature. Aux côtés d’une population qui refuse de s’abandonner dans la fatalité face à la misère ambiante, ces ONG prêchent sans relâche pour une meilleure prise en compte des questions environnementales dans les politiques nationales. Ce dynamisme et cet engagement sans faille, autant que la crédibilité dont jouit l’UICN au Sénégal comme au Mali, ont séduit Valli Moosa.
Avec le Président du Sénégal M. Abdoulaye Wade qui l’a reçu en audience, Valli Moosa a trouvé un homme d’Etat préoccupé par les problèmes environnementaux que connaît la sous-région. C’est ainsi qu’il a beaucoup insisté sur le chantier de lutte contre la désertification, particulièrement son idée de mettre en place un institut international de recherches sur le Sahara. Le Chef de l’Etat sénégalais est convaincu que la désertification qui menace les conditions d’existence de plus de 250 millions d’individus ne constitue pas une fatalité.
Au Mali, le Président Amani Toumani Touré apprécie à sa juste valeur le travail qu’effectue l’UICN dans son pays, notamment dans le delta intérieur du Mali, la deuxième plus grande zone humide d’Afrique et site de la Convention de Ramsar.
De tous les problèmes environnementaux que rencontrent l’Afrique de l’Ouest, la dégradation des terres est probablement l’un des plus préoccupants. La grande majorité de la population dépendant directement des ressources naturelles pour la production agricole et pastorale, toute dégradation du milieu affecte sensiblement l’économie rurale et partant le niveau de vie des populations. Les autorités sénégalaises et maliennes ont exprimé au Président de l’UICN leur détermination à lutter contre ce phénomène. Il reste que les programmes d’actions nationaux ont donné des résultats mitigés contrairement aux projets pilotes de lutte contre la désertification. Valli Moosa a appelé les gouvernements des pays concernés et les agences d’aide à changer d’approche. La lutte contre la pauvreté doit figurer en bonne place dans les programmes stratégiques de réduction de la pauvreté, a-t-il ajouté.
Autres sujets évoqués par le Président de l’UICN : l’appui à la gestion intégrée des ressources en eau en Afrique de l’Ouest (GIRE) et l’intégration des aires marines protégées dans la planification des ressources halieutiques.
Valli Moosa a ainsi renouvelé l’exhortation à soutenir financièrement la mise en œuvre de la stratégie sous-régionale d’adaptation au changement climatique préparée par l’UICN en collaboration avec le Partenariat mondial de l’eau (section Afrique de l’Ouest) ainsi qu’avec le Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS).
La partie sahélienne de l’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du monde les plus vulnérables au changement et à la variabilité climatiques et, en dépit des engagements pris lors du Sommet mondial sur le développement durable, seuls quelques pays reçoivent actuellement l’appui financier nécessaire pour la mise en œuvre de la GIRE. Au regard la forte interdépendance en eau entre les pays de la sous-région, l’UICN recommande ainsi que les plans nationaux d’adaptation au changement climatique soient complétés à l’échelle régionale.
Le président de l’UICN a, par ailleurs, justifié l’intégration des aires marines protégées dans la planification des ressources halieutiques par le fait que «les réseaux d’aires marines protégées (AMP) forment des habitats très utiles pour la conservation des espèces marines et la réhabilitation de stocks ».
Dans les sept Etats ouest-africains membres de la Commission Sous-Régionale des Pêches (CSRP), les stocks de poissons sont en baisse sensible en raison de la forte surexploitation qu’ils subissent. D’où l’importance d’inscrire dans la durabilité l’exploitation de ressources qui revêtent une importance cruciale pour la sous-région.
VALLI MOOSA
Ressortissant d’Afrique du Sud, où il a été Ministre de l’Environnement et du Tourisme de 1999 à 2004, M. Moosa est le second Africain et le premier d’Afrique sub-saharienne à avoir été élu Président de l’UICN, depuis la création de cette organisation en 1948. Il a, entre autres, dirigé l’organisation du Sommet Mondial pour le Développement Durable tenu en 2002 à Johannesburg. Négociateur et facilitateur hors pair, il a joué un rôle décisif lors du Congrès de l’ANC pour la rédaction de la nouvelle Constitution sud-Africaine et dans la transition vers un nouvel ordre démocratique. Valli Moosa a également représenté son pays lors des négociations des conventions sur la biodiversité, sur les changements climatiques et sur la désertification.
Au lendemain de son élection à la tête de l’UICN, lors du troisième Congrès mondial de la nature tenu à Bangkok (Thaïlande) en novembre 2004, Valli Moosa Valli Moosa s’était engagé à entreprendre des tournées à travers les différentes régions du monde. Il a ainsi réservé la primeur à l’Afrique de l’Ouest.
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