CONGRES MONDIAL DES PARCS
CONSERVATION : LES POPULATIONS LOCALES ET LEURS LEADERS S’EN
MELENT
Par Aimé J. Nianogo
Chef de mission UICN/Burkina Faso
L'époque
à laquelle le Congrès Mondial des Parcs était
l’affaire de seuls spécialistes de la conservation
de la nature de grande renommée mondiale est révolue.
Le congrès de Durban qui a vu se côtoyer de simples
gardes forestiers, des jeunes rangers de 12 ans et même
des villageois totalement analphabètes a consacré
cette tendance. Il est aujourd’hui admis que la conservation
intéresse également au plus haut point les populations
ayant des intérêts directs à l'intérieur
des zones protégées : communautés indigènes
ou non, résidentes ou non.
Pourtant, les droits de ces populations ont jusqu’à
une époque encore récente été bafoués
alors qu’en raison de leurs connaissances, de leur savoir-faire
et de leurs droits coutumiers sur les terroirs, certains autochtones
sont potentiellement les meilleurs alliés de la conservation.
En
invitant à ses assises une forte délégation
des communautés, le Congrès de Durban a pris la
juste mesure de la valeur que représente cette composante.
Et celle-ci s’est montrée à la hauteur de
la considération qui lui a été accordée.
Ses points de vue très constructifs et originaux ont contribué
à donner une note particulière au congrès,
rehaussée par les tenues traditionnelles et les manifestations
traditionnelles des autochtones des cinq continents, donnant ainsi
plus de couleur au Congrès.
Parmi les représentants des populations, deux monarques
se sont particulièrement distingués : le roi Osagyefuo
Amotia Ofori Panim, souverain du Royaume d’Akyem, au Ghana
ainsi que le roi Goodwill Zwelithini, roi des Zoulous. Aux côtés
de M. Marc Ravalomanana, Président de Madagascar, ces deux
rois ont présidé la journée africaine du
Congrès.
A la différence du roi zoulou et du président malgache,
habillés en tenue européenne, le roi ghanéen
s’est singularisé par la richesse de sa tenue traditionnelle.
Là ne s’arrête pas la particularité
: le monarque s’est également illustré par
une apparition des plus spectaculaires, accompagnée de
toute une cour où se mêlaient gardes du corps, griots
et autres serviteurs, rythmée par les appels de la trompette
traditionnelle annonçant le roi.
Lors
de son intervention, le roi s’est fait connaître à
l’assistance sous son vrai jour. S’exprimant dans
un anglais impeccable et en tous points pertinents, le souverain
a révélé à une assistance de 2.500
personnes l’immensité des richesses du sous-sol de
son territoire, lequel regorge d’or et de bauxite, outre
le fait d’abriter un parc national riche en biodiversité.
Ce « scandale géologique » fait du territoire
la cible privilégiée des intérêts locaux
et étrangers attirés par les ressources minières.
Et pour y accéder, ils promettent monts et merveilles au
roi et aux populations.
Le roi sait que l’exploitation minière n’est
pas éternelle et qu’elle profite beaucoup plus à
d’autres personnes qu’aux habitants du territoire
concerné, raison pour laquelle il refuse que son territoire
devienne un champ d’extraction minière. Il est vrai
que les populations vivent dans la pauvreté, et ont besoin
de travail, de nourriture, d’instruction… Le roi en
est bien conscient. Il a lancé un appel à la communauté
internationale, pour qu’elle appuie non seulement les initiatives
promouvant un partage réellement équitable des bénéfices
tirés de la conservation, mais aussi les projets de développement
local initiés par les populations de son terroir.
Il est permis de croire que la conservation de la biodiversité
a pris un nouveau départ. La portée de celui-ci
se mesurera certainement dans les réelles collaborations
nouées avec ces nombreux nouveaux acteurs de la conservation.
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