Bulletin d'information du Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest
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Editorial
  Changer de regard sur les forêts
Echos
  Le programme de conservation des forêts de l'UICN: Lier les moyens d'existance durables aux paysages


Le programme forêt du BRAO en 2003
Focus


Législation et gouvernance des forets en Afrique de l'Ouest
Essai


Exploitation du bois énergie en milieu rural burkinabé
Actualité
  Le congrès mondial sur
les parcs et l'Afrique de l'Ouest
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Directeur de Publication
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Rédaction/Compilation
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UICN-BRAO
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Burkina Faso
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FOCUS


LEGISLATION ET GOUVERNANCE DES FORETS EN AFRIQUE DE L’OUEST

Par Bernard Dabiré,
Consultant, Burkina Faso

Les enjeux de l'exploitation forestièreNiger, Jean-Marc Garreau, UICN
Les ressources forestières revêtent une importance capitale pour les pays d'Afrique de l'Ouest en général. L'exploitation des ressources forestières procure de nombreuses richesses à tous les acteurs car elles ont à la fois une ressource vitale et une source de revenus économiques. En effet, diverses activités de production économique découlent de l'exploitation de la forêt : la chasse, la cueillette, la pêche, l'agriculture, le bois. C'est dans la forêt et de l'exploitation de la forêt que les populations prélèvent l'essentiel de leurs ressources alimentaires et commerciales. L'importance économique de la forêt est encore plus ressentie par les guérisseurs traditionnels qui utilisent de nombreuses espèces végétales. A côté des populations, il y a l'Etat et les opérateurs économiques, pour lesquels les ressources forestières constituent la principale source de "rente" et de rentrer d’entrée de devises.

Dans les pays qui disposent de bois d'œuvre, face à la crise financière ambiante, à la baisse des revenus provenant de certaines ressources telles que le pétrole, le Café, le Cacao, les pouvoirs publics se sont tournés vers l'exploitation forestières pour équilibrer le budget de l'Etat. On estime aujourd'hui à plus de 190 millions de dollars, la valeur des revenus tirés de l'exploitation du bois . Ce qui représente environ 10% du budget de l'Etat d'un pays dont le budget annuel serait d'environ 1 000 milliards de FCFA.

Dans les pays du Sahel, le bois énergie, et les produits forestiers non ligneux constituent des ressources importantes aussi bien pour les populations que pour les économies de ces pays. Une étude de l'UICN a montré qu'en 2000, les seuls produits forestiers non ligneux hors bois énergie représentaient près de 14 % de l'économie forestière du Sénégal. Ces ressources forestières mettent en jeu des intérêts économiques importants où des commerçants proches du pouvoir contrôlent certaines filières en collusion avec les agents des Eaux et Forêts et parfois, les pouvoirs locaux.

La Gouvernance forestière
Dans beaucoup de pays du monde, les gouvernements ont commencé à s'apercevoir des coûts économiques et sociaux énormes qui résultent de la mauvaise gouvernance forestière, de l'exploitation illégale des ressources forestières, de la corruption et du commerce irrégulier des produits forestiers. C'est ainsi qu'au cours des dix dernières années, les pays Africains ont inscrit les questions de la gestion durable des forêts – dont la gouvernance est un élément central - à l'ordre du jour des politiques et stratégies de développement. La quasi totalité des pays de l'Afrique de l'Ouest à quelques rares exceptions près, se sont engagés dans un processus de décentralisation et de dévolution de la gestion forestière aux communautés locales.

L’une des principales leçons de ces processus, et qui constitue en même temps un défi pour la dévolution de la gestion des ressources naturelles, c'est qu'il ne peut y avoir de dévolution en l’absence de deux composantes principales que sont (1) une représentation locale légitime et légalement responsable, et (2) des domaines de prise de décisions spécifiques.

Une dévolution effective transfère non seulement les fonctions et compétences administratives et techniques appropriées, ainsi que les moyens y relatifs, mais également le pouvoir de prendre des décisions et de fixer les objectifs que nécessite la gestion de ces fonctions et compétences.

Dans la plupart des processus de décentralisation en cours, les instances locales prévues par les textes ne sont pas encore opérationnelles. Les projets et programmes mis en œuvre ont développé une prééminence des organisations pro-actives (comités de gestion, associations de développement, etc.) sur les institutions endogènes (confrérie des chasseurs, chefs de terroir, etc.). Dans certains projets et programmes, il existe une représentation légitime et/ou responsable à l’échelle locale mais rarement reconnue au plan légal, ne disposant pas, ou de peu de moyens financiers et finalement sans grand pouvoir de décision et d'action. Dans d’autres, il y a délégation de pouvoirs à des organes non représentatifs ou non responsables. Dans d’autres cas encore, la participation se limite aux avantages et non aux décisions.

L'élaboration et l'application des lois forestières
Aujourd’hui, presque tous les Etats de l’Afrique de l’Ouest se sont dotés de réglementations forestières qui, à priori, sont favorables à une gestion durable des forêts. Toutefois, les difficultés d'application de ces lois, liés aux insuffisances techniques et financières dans la gestion du domaine forestier peutvent compromettre directement la capacité d'un pays à développer une croissance économique durable, et à garantir un développement social équitable.

La coexistence d’une multitude de règles et procédures parfois contradictoires, relevant de légitimités différentes (coutumières, projets, politiques, étatiques) jouant plus ou moins un rôle dans les arbitrages des conflits, a contribué à créer une confusion et une incertitude sur les droits des uns et des autres. Les acteurs jouent sur cette confusion en appuyant leur revendication sur les normes ou les instances qu’ils jugent favorables. Les arbitrages peuvent être remis en cause à tout moment à la faveur d'un événement ponctuel (décès des parents, affectation de l'autorité compétente…).

Dans le contexte actuel cependant, où les conditions de gestion des ressources naturelles ne sont pas encore stabilisées, cette pluralité de règles est inévitable voire opérationnelle dans le sens où elle facilite les évolutions positives. Dans tous les cas, ce n'est pas tant la coexistence des normes différentes qui posent problème, que l'absence de procédures d'arbitrages légitimes et durables.

Souvent exclus des initiatives et processus d'élaboration des lois forestières, les populations ne respecteront les règles que si elles voient des avantages objectifs à les respecter, et, si ces règles sont légitimes et réalistes. Il est actuellement reconnu que les peuples riverains des ressources naturelles disposent assez souvent de systèmes coutumiers de gestion des ressources naturelles qui sont un bon compromis pour les communautés entre les valeurs que sont l’équité, la justice sociale, l’efficience, la durabilité et la préservation de la biodiversité. Ces systèmes reposent sur des cadres réglementaires qui créent des mécanismes et procédures harmonieux pour la gestion durable des ressources naturelles.

Une plus grande transparence dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques et de la réglementation forestières et une plus grande diffusion de l'information dans ce domaine constituent les meilleurs gages pour l'application effective de la réglementation forestière. Des dispositions officielles paraissent nécessaires pour faciliter l'implication des organisations de la société civile ainsi que des populations, dans la conception, la mise en œuvre et l'évaluation des initiatives allant dans le sens de l'amélioration de l'application de la réglementation et de la bonne gouvernance forestières. L'apport de la société civile peut être amélioré par le biais du Le renforcement des capacités des organisations communautaires et des ONG peut améliorer l'apport de la société civile à l'application effective de la législation et de la bonne gouvernance forestières.

Exploitation illégale des ressources forestières
Cela ne signifie pas un abandon de l'Etat de ses fonctions régaliennes. Bien au contraire, cela implique que l'Etat assume toutes ses fonctions d'arbitre, de régulateur, de planificateur et de contrôle. En fait cela n'implique pas "moins d'Etat mais mieux d'Etat".

Dans tous les pays de l'Afrique de l'Ouest, les services forestiers ont été pendant longtemps considérés avec méfiance, par la population. Parmi les principales raisons à cela, le statut paramilitaire et la corruption au niveau des services forestier, occupent une place importante.

La dévolution de la gestion des ressources naturelles offre des possibilités uniques de s’attaquer à la corruption. En effet, une fois que les règles sont décidées et connues par tous, les possibilités de corruption diminuent et les différentes parties (principalement les communautés) veilleront au respect de cette réglementation. En transférant certaines responsabilités et fonctions à des acteurs et institutions locales, la dévolution peut rendre les services forestiers plus opérationnels ; elle peut permettre d’abaisser les coûts administratifs et de gestion grâce à la proximité des communautés et à l’accès au savoir-faire et aux connaissances locales. Cependant, l’Etat rechigne parfois à transférer certains pouvoirs au niveau local faute d’une appréciation correcte des capacités des acteurs locaux et des communautés à assumer certaines responsabilités. En réalité, les forestiers ont tout à gagner d’une dévolution de la gestion des ressources forestières car ils n’y perdront que leur rôle de "gendarme" qui les écarte très souvent de la gestion forestière.

Conclusion
Le principal défi pour une gestion durable des ressources forestières, est de sortir du fossé entre légalité, légitimité, et pratiques. La capacité des Etats à définir de manière participative, des politiques et des règles qui soient à la fois légitimes et légales, à les mettre en œuvre et à arbitrer les conflits est l'une des conditions essentielles d'une gestion durable des ressources naturelles.

Plus que la formalisation des droits, la clarification et la stabilisation des règles et des procédures d’arbitrage et des arrangements institutionnels ne sont-elles pas nécessaires dans un premier temps ?

Il s'est tenu à Ouagadougou, un atelier préparatoire en vue de la contribution de la société civile à la conférence ministérielle de l'Afrique sur la gouvernance et l'application de la législation forestières (AFLEG) prévue du octobre prochain au Cameroun.

La conférence ministérielle a pour objectif d'élaborer une déclaration ministérielle qui engagerait les gouvernements africains à se pencher sur les problèmes liés à la gouvernance forestière et d'élaborer un plan d'action pour l'amélioration de la gouvernance forestière qui bénéficie du soutien des gouvernements et des organisations non gouvernementales.

Le atelier préparatoire de trois jours, organisée par l'Union Mondiale pour la Conservation de la Nature avec l'appui du Department for International Development (DFID) du Royaume Uni, a connu la participation de plus de vingt membres de la société civile venus du Ghana, du Nigeria, du Bénin, du Burkina Faso, de la Gambie, du Sénégal, du Mali et de la Guinée.Pour plus de détailles sur cet atelier, visitez le site :
http://www.iucn.org/brao/fr/programmes/forets/afleg/workshop/intro.htm

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