The World Conservation Union

Le futur de la durabilité : vous avez la parole !

Deuxième semaine - “Bien-être humain et durabilité”

 

Au cours de la seconde semaine de ce forum, nous allons examiner pourquoi la durabilité est une condition première au bien-être humain, non seulement sur le long terme mais tout de suite et maintenant.

Il est bien connu que l'environnement naturel contribue de façons multiples à notre santé, à notre sécurité et aux autres aspects du bien-être humain, bien plus, en fait, que ne le font les économies de toutes les nations du monde réunies. Ce qui n'est pas aussi bien compris en général c'est que la santé de l'environnement et la persistence de la pauvreté humaine sont aussi terriblement liées par des relations de cause à effet qui menacent la survie même de la civilisation.

Seul le développement durable peut favoriser l'avènement d'un monde effectivement équitable, socialement juste, qui apporte des compensations matérielles, est productif sur le plan écologique et qui peut donc assurer une qualité de vie décente pour tous maintenant et dans le futur. Comment la communauté de la conservation et du développement durable peut-elle gérer l'environnement plus efficacement afin de prendre en compte la pauvreté et l'équité sociale ?

L'expression "développement durable" a été introduite dans le vocabulaire international il y a plus de vingt cinq ans (à 10 h GMT le 5 mars 1980 pour être tout à fait précis, quand la Stratégie mondiale de la conservation a été lancée mondialement par l'UICN, le WWF et le PNUE). C'est une expression qui recouvre tout un ensemble de sens et de nuances, parfois bien différents en fonction des personnes, et qui a été adoptée par de multiples groupes qui lui ont donné une signification destinée essentiellement à servir leurs intérêts.

Est-ce qu'elle éclaire encore utilement notre discours sur l'état du monde et ajoute de la valeur à nos points de vue, aux solutions, aux chemins qui se présentent à nous ? Oui, je le crois. Le fait qu'elle soit largement adoptée, et qu'un grand nombre de groupes, ayant parfois des intérêts diamétralement opposés, constitue un point de départ pour un dialogue. Mettre sur la table des points de vue si divers constitue déjà un grand pas en avant, qui peut ouvrir la voie vers de nombreux autres pas.

Je pense que le concept a une valeur considérable, capable de montrer avec clarté et force la pertinence de l'environnement au développement et vice versa, et d'introduire les notions d'inclusion et de temps. Mais il n'a pas toujours été très bon dans la définition des objectifs et la mise en oeuvre des aspirations des gens.

Les gens définissent souvent leurs propres objectifs de bien-être en termes de confort matériel, de bonheur, de liberté, de justice, d'accomplissement intellectuel, d'identité culturelle et de valeurs spirituelles. Comme le suggère le Professeur William Adams, le concept de "durabilité doit devenir le fondement d'une nouvelle conception des aspirations et des réalisations humaines" (section 6.2). Est-ce qu'une organisation comme l'Union mondiale pour la nature devrait encourager la génération d'une nouvelle réflexion sur la durabilité en aidant à redéfinir ce que nous entendons par "bonne vie" ?

C'est un débat qui va bien au delà de celui des mouvements des défenseurs de l'environnement et exige des changements fondamentaux, systémiques et structuraux dans la manière dont nous vivons et définissons la richesse et le succès. Il y a quelques expériences intéressantes dans le monde. Le Bhoutan, par exemple, explore le concept de "bonheur national brut" comme mesure du succès et du bien-être humain, plutôt que d'utiliser le produit intérieur brut. Cela donne place aux valeurs culturelles, spirituelles et environnementales ce qui n'est pas le cas avec le PIB.

Les problèmes environnementaux liés à des styles de vie non durables et aux systèmes de production, la frénésie de consommation et la "maladie de l'affluence" (affluenza) dans les économies industrialisées (et de plus en plus même chez les plus pauvres), peu différents dans leur impact (ou même dans le nom) des anciennes épidémies de tuberculose, de peste ou de grippe (influenza), conduisent au déclin de la santé sociale. Nous devons repenser ce que sont le bien-être humain et la bonne vie dans les pays développés aussi bien que dans les pays en développement.

Mais pour beaucoup ces questions abstraites sont hors de propos et même un luxe. Pour les 3 milliards de personnes qui survivent avec moins de deux dollars par jour, on peut penser que leur attention se concentre essentiellement sur les questions de survie plutôt que sur de vagues mesures du bien-être. C'est une bataille quotidienne contre la faim où l'on s'accroche aux derniers vestigues de la dignité humaine et du respect de soi.

Les ressources naturelles et les services écologiques sont essentiels pour la subsistance des milliards de gens les plus pauvres du monde qui, pour la plupart, vivent dans les zones rurales. Investir dans la gestion durable et la restauration de ces services est fondamentale pour éliminer la pauvreté. Pour les besoins de leur survie, il arrive parfois que les pauvres aient un impact sur la résilience de l'environnement local mais les dommages qu'ils causent aux systèmes entretenant la vie de la planète sont minuscules en comparaison de ceux causés par la consommation et les systèmes de production des riches. Par ailleurs, s'il y a encore des écosystèmes sains dans différentes parties du monde, c'est souvent grâce aux soins que leur ont apportés les pauvres qui connaissent mieux que personne l'importance des ressources pour leur propre survie.

Il nous faut changer la façon dont nous pratiquons la conservation. Dans le passé la conservation était axée sur les espèces et les espaces. Ils sont certes importants, mais nous avons prêché des convaincus pendant trop longtemps. Si nous souhaitons convaincre de nouveaux partenaires de l'importance des espèces, de la biodiversité et des écosystèmes, il nous faut leur faire comprendre les liens omniprésents et plus profonds qui existent entre eux.

  • Comment pouvons-nous intensifier les mesures destinées à éliminer la pauvreté et gérer durablement l'environnement ?
  • Comment les communautés de la conservation et de l'environnement peuvent-elles jouer un rôle plus efficace dans le traitement de la justice sociale, de la sécurité et du bien-être humain?
  • Est-ce que l'UICN a un rôle à jouer face aux défis de la consommation non durable et du gaspillage des systèmes de production des économies industrielles ?
  • Comment définiriez-vous la "bonne vie" ? Comment l'UICN peut-elle participer à son accomplissement ?
  • Plus de 16 000 espèces de plantes et d'animaux sont menacées d'extinction selon la Liste rouge de l'UICN. Quelles sont les méthodes les plus innovantes pour faire connaître les liens qui existent entre bien-être humain et conservation des espèces ?