Conventionnellement, les terres arides se définissent en termes de stress hydrique: en tant que zones où la moyenne pluviométrique annuelle (y compris la neige, le brouillard, les grêles, etc.) est inférieure à la quantité totale d’eau évaporée dans l’atmosphère. Cette définition exclut habituellement les Régions Polaires et les zones de hautes montagnes, qui au regard de la faiblesse de leur pluviométrie annuelle moyenne, peuvent aussi être classées parmi les terres arides. Les terres sèches se retrouvent dans tous les continents, et elles couvrent de vastes étendues de terre—recouvrant 41% de la surface de la terre.

Les terres arides sont caractérisées principalement par une précipitation basse mais très variable ; et c’est autant cette variabilité que la faiblesse de la quantité d’eau qui donnent aux terres arides leurs traits particuliers. Les écosystèmes arides sont en évolution constante, ce qui rend difficile sinon impossible la définition d’une condition « moyenne » pour les parcours. Les terres arides sont particulièrement sensibles à la dégradation des sols ; on estime que 10-20% des terres arides connaissent déjà une dégradation (Millenium Ecosystem Assement, 2005).

A plusieurs reprises par le passé, les décideurs ont essayé d’attribuer la responsabilité de cette dégradation aux communautés locales, et plus particulièrement aux éleveurs, qui utilisent les ressources des terres arides. Ces conceptions négatives du pastoralisme sont fortement influencées par les images du surpâturage et de l’érosion des sols autour des points d’eau, ou encore par les décès de bétail et l’insécurité alimentaire pendant certaines sécheresses. Les stratégies extensives de production caractéristiques de pastoralisme sont rarement compatibles avec la philosophie de l’Etat-nation prônée par le gouvernement ou encore avec sa vision du développement, et le pastoralisme est souvent présenté comme un problème national et une forme archaïque d’utilisation des terres.

Cependant, le pastoralisme constitue une forme d’adaptation à un environnement imprévisible, et les pasteurs ont appris à domestiquer les capricieux changements des conditions des terres de parcours à travers un système mobile de production animale. Les pasteurs acceptent la variabilité des intrants de production (comme par exemple le pâturage et la pluviométrie) comme une donnée et adaptent leurs systèmes social et d’élevage en conséquence. La mobilité constitue une manière très efficiente de gestion des végétations éparses et des sols à fertilité relativement basse des terres arides. En réalité, les écosystèmes arides peuvent être écologiquement plus résistants que l’idée qu’on en avait auparavant, si leur gestion intègre un certain degré de mobilité du bétail ou une rotation dans l’utilisation générale des ressources.

Le « surpâturage » est souvent un bouc émissaire approprié et beaucoup plus acceptable pour justifier la dégradation des terres et, bien que cette dégradation soit évidente autour des établissements humains permanents et des points d’eau ou la mobilité du bétail est réduite, elle est beaucoup moins évidente dans les parcours naturels libres où le nomadisme est illimité. Lorsque le nomadisme est pratiqué et que les institutions locales de gestion des terres existent, l’on assiste à une bonne conservation de la biodiversité et à une gestion durable des terres. Lorsque la mobilité est limitée, il en a souvent résulté de graves situations de surpâturage et de dégradation des terres.

Cela dit, bien des politiques de sédentarisation ont été menées par le passé, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement. Basées sur une profonde méconnaissance de la logique qui sous-tend la production pastorale, ces politiques favorisaient des systèmes de production importés des pays développés et étaient appuyées de manière inadéquate par la théorie de la « tragédie des communs ». Les mouvements étaient réduits par la mise en place de campements stationnaires fortement pourvus en services et ressources, en particulier de l’eau, en oubliant royalement la nécessité écologique principale qui se cache derrière la mobilité dans un contexte écologique.

C’est sans surprise que l’on se rend compte que l’imposition de la vie sédentaire a lamentablement échoué et n’a jamais été adoptée par les bergers qui avaient besoin de pâturage et d’eau pour leurs animaux, et qui devaient se déplacer pour en trouver. Les services n’étaient pas offerts ou entretenus, et les éleveurs étaient accusés de naviguer à contre-courant du développement. En fin de compte, les grands projets d’élevage des années 1970 et du début des années 1980 ont été suspendus parce que les bailleurs de fonds ont dû abandonner le secteur, mais non pas avant que de vastes superficies de terres arides aient été dégradées suite à cette expérience de sédentarisation . Au même moment, les zones tampons, à superficie réduite mais riches en ressources, qui favorisent le pastoralisme, ont été accaparées et converties en projets d’irrigation pour l’agriculture sédentaire, ou clôturées pour en faire des réserves forestières ou de chasse. Cette combinaison de mauvaises politiques et de perte de ressources a profondément compromis le pastoralisme, affecté les environnements de terres arides et entraîné des conflits violents dans de nombreuses régions pastorales.