Suivi du trait de côte et mise en place d’un schéma directeur du littoral ouest africain

Période : 2009-2010


Contexte :

Les impacts d’une forte littoralisation des sociétés ouest africaines, combinés à ceux déjà sensibles du changement climatique en zone côtière amène les Etats ouest africains à chercher des réponses appropriées aux menaces de l’érosion côtière, et à élaborer des stratégies adaptatives réalistes et abordables.

En effet, dans tous les pays côtiers de la région, on constate une accélération des phénomènes d’érosion côtière et des reculs plus ou moins rapides du trait de côte, lorsque les enjeux associés aux installations littorales sont considérables : 60 % de la population, l’ensemble les capitales, l’essentiel des installations portuaires et industrielles sont établis le long de la côte, sans compter l’importance des réserves foncières et des ressources naturelles pour la sécurité alimentaire des communautés littorales. Certains estuaires deviennent instables (le cordon de sable sur lequel est installée la ville de Keta, au Ghana, a été entièrement restauré à grands frais et la vile de Banjul, en Gambie, a fait l’objet de travaux titanesques pour ne pas être séparée du continent) et des centaines de kilomètres de littoraux sont érodés, sans que des chantiers de sauvegarde ne puissent être mis en  au vu des coûts d’intervention ; le Togo a ainsi perdu sa troisième route côtière en 40 ans. Par ailleurs, une biodiversité encore riche mais menacée par la surexploitation, la destruction des habitats et la pollution, utilise des écosystèmes naturels côtiers dont l’intégrité et les services pourraient être remise en cause avec la dégradation des conditions environnementales et la paupérisation des sociétés littorales.


Descriptif du projet :

L’étude régionale pour le suivi du trait de côte et l’élaboration d’un schéma directeur du littoral de l’Afrique de l’Ouest a été initiée par l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dans le cadre du Programme Régional de Lutte contre l’Erosion Côtière (PRLEC–UEMOA), objet du Règlement 02/2007/CM/UEMOA, adopté le 6 avril 2007. Cette décision traduisait les recommandations de la Conférence des Ministres chargés de l’Environnement du 11 avril 1997, à Cotonou.

Le Programme régional de lutte contre l’érosion côtière fut approuvé le 25 janvier 20007, lors de la réunion des Ministres chargés de l’Environnement, tenue le 25 janvier 2007 à Cotonou (Bénin).

La mise en œuvre de la première phase de ce programme a été confiée au programme marin et côtier – MACO en mai 2009, en reconnaissance de l’expérience de l’UICN en matière de planification côtière. Suite à des discussions argumentées, l’UEMOA a décidé de prendre en compte tous les pays de la Mauritanie au Bénin de façon a bâtir une approche régionale intégrative.

Objectifs :

- Etablir un diagnostic de la situation dans la zone géographique identifiée, en faisant ressortir les risques et les enjeux principaux ainsi que les zones prioritaires d’intervention,

- Ebaucher la structure et le mode de fonctionnement d’un système de suivi du trait de côte et d’aide à la décision en matière de lutte contre l’érosion côtière, sur la base des compétences des institutions des pays de la région

Principaux résultats obtenus :

L’analyse a été basée sur une cartographie d’analyse géodynamique et sensibilité du littoral croisée avec une cartographie des enjeux humains portant sur les 11 Etats de la Mauritanie au Bénin, permettant d’appréhender ces deux composantes du risque (voir cartes ci-contre). 

Des projections démographiques préoccupantes : les données du programme AFRICAPOLIS et la méthode déjà utilisée pour l’étude WALTPS aboutissent à des projections préoccupantes. La population concentrée dans les zones urbaines littorales, aujourd’hui évaluée pour les 11 pays à environ 18 millions d’habitants pourrait doubler d’ici 2030 et doubler à nouveau d’ici 2050. Même dans un scénario modéré de maitrise des disparités, polarisant le développement des systèmes côtiers vers l’intérieur des territoires littoraux, les populations urbaines en zone côtière dépasseraient 70 millions d’habitants en 2050, avec une distribution restant géographiquement très hétérogène. La prévention des risques côtiers prend dans un tel contexte une importance tout à fait cruciale.

Un schéma directeur régional (voir cartes ci-contre)

176 secteurs structurant le schéma directeur littoral. Pour chacun de ces secteurs les priorités sont identifiées :

  • En matière d’intervention
  • En matière thématique (risques sur l’équipement et les établissements humains, planification de l’aménagement littoral, agricultures littorales, biodiversité, tourisme)
  • En matière de suivi et de vigilance.

Un diagnostic national pour chacun des pays

La situation des sites les plus critiques a été explorée et caractérisée au travers d’études de cas spécifiques, conduites par des équipes de recherche nationales.

L’étude débouche sur des recommandations précises pour la mise en place d’un mécanisme régional de gouvernance et de prévention des risques côtiers. Les perspectives sont inscrites au sein d’un programme en 3 volets, conforme aux priorités du Cadre d’Action de Hyogo :

  • le volet de protection des côtes porte des prescriptions générales applicables à l’aménagement des territoires côtiers et le respect des infrastructures et écosystèmes naturels
  • le volet de suivi du trait de côte prévoit notamment la mise en place d’un observatoire régional du littoral sous l’égide du Centre de Suivi Ecologique de Dakar dont la fonction serait de coordonner le suivi, l’observation et l’analyse de l’évolution des littoraux sur les 176 secteurs déterminés, selon les ordres de priorités identifiés par l’étude.
  • le volet de renforcement des capacités, vise à fédérer les ressources scientifiques et techniques nationales, et à restituer régulièrement aux niveaux politiques de décision et aux acteurs côtiers l’évolution de la situation des littoraux.

Les résultats ont été validés par le Comité Scientifique Régional réuni au Sénégal les 29‐30 Septembre dernier (voir déclaration de Dakar).

Modalités d’intervention et partenariats :

MACO maitre d’œuvre, financements UEMOA

Contacts :

Mathieu Ducrocq : mathieu.ducrocq@iucn.org