Commentaires sur le lancement du BIOPAMA

11 April 2012 | Article

Opinion des participants à l’atelier de lancement, représentant les différents partenaires du projet :

Pedro Rosabal Gonzalez, Responsable Programme senior, Programme mondial sur les aires protégées (PMAP) de l’UICN

 1. Il existe déjà de nombreuses initiatives destinées au renforcement des capacités dans les aires protégées. Quelle est la nouveauté du Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) ?

Il existe en effet de nombreuses initiatives pour le renforcement des capacités qui sont indirectement en rapport avec les aires protégées, comme celles destinées à l’amélioration du Programme de travail sur les aires protégées de la Convention sur la diversité biologique (CDB), ou celles liées à la mise en œuvre de la Convention sur le Patrimoine mondial de l’UNESCO. Cependant, ces initiatives ne répondent pas directement aux besoins des organismes chargés des aires protégées et de leurs responsables. Le BIOPAMA veut changer la donne en répondant aux besoins en renforcement des capacités des populations, des institutions et des réseaux régionaux directement impliqués dans la gestion des aires protégées. Cela n’est peut-être pas nouveau, mais cela fait néanmoins de BIOPAMA une initiative unique. Le fait que BIOPAMA encourage des synergies et des actions conjointes entre l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Centre commun de recherche de la Commission européenne (CCR-CE) et l’Agence de coopération allemande pour le développement (GIZ) est une autre nouveauté dans la conception de ce programme.


2. Quel rôle a joué le Programme mondial sur les aires protégées (PMAP) dans la mise en place du BIOPAMA, et quel rôle a-t-il dans son exécution ?

Le PMAP, soutenu par le Programme régional de l’UICN pour l’Europe, a joué un rôle essentiel dans la négociation de ce programme. Ce processus a mis plus de trois ans à aboutir, et a impliqué principalement la Commission européenne, le Secrétariat ACP, le CCR de la Commission européenne et l’Agence allemande GIZ. Au cours de ce processus, le PMAP a coordonné l’apport de 4 Programmes régionaux de l’UICN et de deux Commissions (la Commission de la sauvegarde des espèces et la Commission mondiale des aires protégées), ce qui était essentiel pour la conception du projet. Au cours de l’exécution du BIOPAMA, le PMAP jouera un rôle crucial dans la coordination des activités au sein de l’UICN et avec les partenaires du programme afin de garantir son efficacité, et il aidera à tirer les enseignements afin de concevoir et d’encourager les actions de suivi dans les pays ACP et du monde entier.

 Ali Kaka, Directeur régional, Bureau d’orientale et australe de l’UICN

 1. Pourriez-vous résumer en quelques mots les principaux points pour améliorer les capacités de gestion des aires protégées dans votre région ?

Les espèces envahissantes sont une question préoccupante. Elles bouleversent la couverture végétale dans son ensemble, et donc la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes. Un grand nombre de pays changent actuellement leurs législations relatives aux aires protégées afin d’apporter une solution à ce problème, mais les responsables d’aires protégées n’ont pas été suffisamment préparés pour les mettre en œuvre. Un autre point préoccupant est, globalement, le manque de connaissances et de sensibilisation des décisionnaires d’Afrique sur l’importance et le fonctionnement des aires protégées. Les capacités de certaines aires protégées sont très faibles – les programmes de formation sont souvent très généraux, même si les aires protégées sont situées dans des écosystèmes différents. Il est nécessaire de mettre en place des formations plus spécialisées. Enfin, de nombreux responsables d’aires protégées n’ont pas les connaissances suffisantes en matière de relations publiques et de communication. L’information pertinente, pratique et applicable pour une meilleure gestion est souvent soit complètement absente, soit difficilement accessible aux responsables.


2. Comment le Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) peut-il apporter une réponse à ces problématiques ?

Le renforcement des capacités, s’il est correctement structuré, peut apporter une réponse à la plupart des problématiques évoquées, voire à toutes. Cela dépend de là où nous mettons la priorité selon le budget disponible. Lors de la réunion régionale de formation, nous avons recueilli l’opinion des parties prenantes cibles, et c’est sur cela que nous devons mettre l’accent.

Bernard O’Callaghan, Coordinateur de Programme régional, Bureau régional de l’UICN pour l’Océanie

1. Quels sont les principaux besoins pour le renforcement des capacités des aires protégées en Océanie ?

Indéniablement, le besoin en renforcement des capacités est très important en Océanie. La priorité doit être la mise en place de réseaux nationaux d’aires protégées. Cependant, 90% des terres relèvent du régime foncier coutumier, ce qui pose un vrai problème. Il est nécessaire de mettre en place des réseaux d’aires protégées qui conservent la biodiversité tout en répondant aux besoins des populations locales. Nous devons trouver des mécanismes juridiques pour reconnaître les aires conservées par les communautés, et soutenir les efforts des communautés pour protéger la biodiversité. Des informations sur la gestion des ressources naturelles sont disponibles. La coopération avec le Centre conjoint de recherche (CCR-CE) dans le cadre du BIOPAMA est une occasion importante de générer des données de référence pour la planification du réseau d’aires protégées.


2. Comment relier le Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) avec certains problèmes que connaît votre région, comme par exemple le changement climatique ?

Le BIOPAMA, par la création d’aires protégées efficaces, contribue à améliorer la résilience aux changements climatiques dans les écosystèmes et dans les communautés humaines. Ce projet améliorera notre capacité à résister aux changements climatiques.

José Courrau,Directeur de la politique et de la gestion environnementale, Bureau régional de l’UICN pour la Mésoamérique et l’initiative des Caraïbes (ORMA)

1. Quels sont les plus importants défis en termes de renforcement des capacités dans les Caraïbes ?

Nous avons de sérieuses lacunes en termes de savoir-faire, de gestion des visiteurs, d’implication des parties prenantes et d’application de la loi. Nous devons renforcer les capacités des communautés qui habitent à côté des aires protégées et celles des organismes gouvernementaux. La signification des différentes catégories d’aires protégées, en termes de frontières, de relations foncières, etc., n’est pas clairement définie. Les chevauchements entre les règlements des institutions gouvernementales sont un autre point préoccupant – les rôles de chacun ne sont pas toujours bien différenciés. Comme toujours, le financement est un autre problème majeur. Enfin, nous devons sensibiliser le public sur l’importance de certaines espèces sauvages, et encourager leur conservation et leur utilisation durable.


2. À votre avis, quelles sont les prochaines étapes importantes pour mettre en place le Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) dans la région des Caraïbes ?

Je pense que le plus important est de revoir à la baisse les actions nécessaires sur le terrain : puisque les financements sont limités, nous devons établir des priorités. Nous devons également mettre l’accent sur la coordination avec les partenaires de projet. Des arrangements logistiques doivent être trouvés – je pense notamment à l’atelier régional de lancement. Nous devons mettre en place un concept de référence pour la collecte des données, et préparer un plan de travail pour la première année de réalisation. Enfin, nous devons absolument profiter de l’atelier régional de la CDB en avril, et le relier au BIOPAMA.

Barbara Lassen, Initiative de renforcement des capacités pour l’APA

1. Quels sont les enseignements importants en termes d’Accès et de partage des avantages (APA) dans les aires protégées à tirer du BIOPAMA, par exemple en ce qui concerne l’APA comme mécanisme de financement potentiel pour les aires protégées ?

Il existe plusieurs liens entre l’APA et les aires protégées :

  • La recherche sur les ressources génétiques et la bioprospection a souvent lieu dans les aires protégées, qui sont des lieux essentiels de diversité biologique ;
  • L’APA, tel que conçu par la Convention sur la diversité biologique (CDB), doit contribuer à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité ;
  • L’APA est un mécanisme potentiel de financement pour les aires protégées ;
  • Certains défis en termes de gouvernance sont communs à l’APA et aux cadres pour les aires protégées, comme la clarification des droits sur les terres et les ressources (surtout pour les populations autochtones et les communautés locales) et la mise en place de mécanismes efficaces et juste de partage des avantages.

Jusqu’à présent, les exemples de bonnes pratiques d’accords APA dans les aires protégées sont rares, cependant plusieurs expériences mises en place dans les aires protégées pourraient servir de base aux décisionnaires et acteurs politiques de l’APA, comme les mécanismes pour le paiement des services écosystémiques, les accords participatifs sur la gouvernance, et les accords de partage des avantages entre acteurs locaux. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, les cadres nationaux pour les aires protégées et l’APA se sont souvent développés séparément, ce qui peut conduire à des chevauchements ou à des conflits dans les règlements (quelle est l’autorité responsable de la conduite des recherches et de l’octroi des permis de bioprospection dans les aires protégées, par exemple ?). Ces cadres doivent être harmonisés si nous voulons que le potentiel de l’APA se réalise pleinement. Le Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) peut contribuer à cet objectif en documentant et en soutenant les bonnes pratiques, et en renforçant les capacités des acteurs pertinents autour de l’APA et des aires protégées.


2. L’initiative APA s’était jusqu’à présent focalisée sur l’Afrique, et s’étend dorénavant avec le BIOPAMA vers les Caraïbes et le Pacifique – quels sont les nouveaux défis dans ces régions, par rapport à votre expérience jusqu’à présent ?

Le développement de l’Initiative dans de nouvelles régions apporte avec lui son lot d’opportunités et de problématiques. L’Initiative collabore avec des institutions et groupes africains depuis 2005, notamment l’Union africaine, le COMIFAC, des associations commerciales (par ex. PhytoTrade Africa), ou des réseaux autochtones (IIN et IPACC) par exemple. Dans les Caraïbes et le Pacifique, de nouvelles collaborations et partenariats devront être mis en place. Les premières étapes du dialogue sont en bonne marche, par exemple avec CARICOM dans les Caraïbes, et avec SPREP, SPIC et PIF dans le Pacifique. Mais l’Initiative n’ayant que peu d’expérience dans ces régions, le projet BIOPAMA offre une opportunité unique, grâce à la collaboration avec les bureaux régionaux de l’UICN.

Concernant les niveaux de capacités APA existants, il y a évidemment des différences entre les régions, mais également au sein des régions. Là encore, BIOPAMA offre une opportunité fantastique de développer les échanges sud-sud d’expériences et d’expertise. Les défis spécifiques que les pays de ces trois régions devront affronter lors de la mise en place de leurs cadres APA variera selon le type de cadres nationaux de gouvernance, d’écosystèmes, etc. La réalité des îles du Pacifique sera évidemment très différente de celle des pays d’Afrique continentale.

Enfin, BIOPAMA nous permettra d’axer notre travail plus spécifiquement sur la bioprospection marine et les ressources génétiques marines.

Grégoire Dubois, Centre conjoint de recherche de la Commission européenne (CCR-CE)

1. À votre avis, quel est le rôle des systèmes d’information/des bases de données pour informer la gestion des aires protégées ?

L’information est au cœur de tout processus décisionnaire. La connaissance et la compréhension de la richesse des espèces et de l’originalité des habitats que les aires protégées abritent, ainsi que des pressions anthropomorphiques auxquelles elles sont exposées, sont fondamentales pour la gestion de la conservation. Cependant, les professionnels de la conservation ont souvent du mal à accéder à cette information fondamentale. Une des difficultés est notamment de gérer l’important volume et la diversité des données, qui peuvent provenir de l’observation des espèces, des évaluations des services écosystémiques ou des images obtenues à partir de la télédétection par exemple. Les problèmes de la conservation sont multidisciplinaire et à différents niveaux, ce qui complexifie l’intégration de l’ensemble de l’information. Enfin, même en présence de toutes les informations essentielles pour une aire protégée, l’utilisation de différents formats et structures pour stocker l’information est un autre obstacle. Ce n’est pas parce que l’information est disponible sur Internet, parfois par le biais d’applications interactives très développées, qu’elle peut être intégrée à d’autres données puis utilisée pour la prise de décisions. Il existe pourtant des normes techniques pour le partage de l’information par Internet, et il est urgent que les principaux acteurs impliqués dans les activités de conservation utilisent ces infrastructures interopérables pour améliorer l’efficacité du partage d’informations.
 

2. Comment les bases de données existantes peuvent-elles être utilisées pour le programme BIOPAMA ? Comment l’Observatoire digital des aires protégées peut-il être intégré dans le projet ?

Le principal objectif du Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) est d’améliorer les capacités pour améliorer la gestion des aires protégées dans la région Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Un des aspects de ce projet est de garantir le flux d’informations entre les principaux acteurs. Les données typiquement requises par le BIOPAMA sur les aires protégées marines et terrestres sont : les frontières des parcs, les espèces existantes, les caractéristiques écologiques, l’offre de services écosystémiques, l’évaluation des menaces, les sources de financement, l’efficacité de la gestion et la gouvernance, pour ne citer que les principales informations requises. Certaines informations sont déjà de bonne qualité, disponibles en ligne et directement réutilisables. D’autres données existent parfois dans les bases, avec cependant un degré élevé d’incertitude et/ou une difficulté d’accès. Il est évident que les experts locaux ont encore beaucoup d’informations à recueillir.

Destiné à l’origine aux évaluations mondiales des aires protégées, l’Observatoire digital des aires protégées est un bon exemple des défis et des problèmes rencontrés lorsque l’on essaye de réunir une telle variété de données gérées par différentes institutions. Il est clair que le nombre élevé d’acteurs dans la zone ACP, ajouté aux défis techniques dans la collecte et l’échange d’informations, seront un défi énorme à relever, mais les principaux goulets d’étranglement sont en général culturels et institutionnels. Les activités de renforcement des capacités du BIOPAMA contribueront donc de façon essentielle au succès de notre projet, et seront fondamentales pour construire des passerelles et supprimer les obstacles actuels. L’Observatoire cherche avant tout à fournir la bonne information à la bonne personne avec les bons outils, ce qui ne pourra avoir lieu que si tous les acteurs impliqués possèdent les bonnes connaissances et communiquent correctement entre eux.

 


Une vue aérienne d'écosystèmes d'Afrique centrale et occidentale