24 et 25 avril 2008, evaluation des aires protégées du Togo

20 March 2009 | News story

L’évaluation des aires protégées du Togo a été effectuée lors d’un atelier de deux jours, les 24 et 25 avril 2008, qui a réuni les gestionnaires des réserves de l’ensemble du pays. L’atelier a été conduit à la demande de la direction de la faune et de la chasse (DFC), rattachée au ministère de l’environnement et des Ressources Forestières (METRF) avec une équipe de «pairs », venus du Bénin et de la Côte d’Ivoire.

Les huit aires protégées principales du pays ont été concernées : le parc national d’Oti Kéran (69000 ha), la réserve de Faune d’Oti Mandouri (110 000 ha), la réserve de faune de Fazao (192 000 ha), la réserve de faune d’Abdoulaye (30 000 ha), la réserve de faune deTogodo Nord (13 000 ha), la réserve de faune de Togodo Sud (18 000 ha), la réserve de faune de Galangashie 7 650 ha), la Forêt classée de Assoukoko (10 000 ha). 
 
Le Togo n'est pas un pays réputé pour ses parcs et réserves, et ce alors qu'il présente, du Nord au Sud, toute la variabilité des écosystèmes soudaniens à guinéens, et d'intéressantes zones d'altitude au centre du pays. Ceci s'explique essentiellement par l'état de dégradation des écosystèmes et leur manque de gestion cohérente depuis le début des années 90, lorsqu'à l'occasion de mouvements sociaux, la population a envahi la plupart des territoires classés.
Le réseau d'aires n'est pas constitué d'écosystèmes intacts et exemplaires : seuls Abdoulaye, Fazao et le noyau de la Kéran seraient encore à peu près préservés. De plus, il protège relativement mal contre l'extinction des espèces : certaines espèces demeurent très menacées comme l'Eléphant, le Lion, l'Hippopotame etc. Le réseau n'est par ailleurs pas représentatif de l'entière diversité des écosystèmes de la région car il n'y a pas d'aire marine protégée et le milieu de mangrove n'est pas représenté. De plus, le lac Togo qui abrite le lamantin n'est pas protégé.
Les aires protégées du Togo sont soumises à de fortes pressions, essentiellement dues à l'influence des populations. Les principales pressions identifiées sont le braconnage et la pêche, l'exploitation forestière, les feux de brousse et la récole des produits forestiers non ligneux. Les parcs soumis aux pressions les plus importantes sont les parcs d'Oti Kéran, de Fazao et d'Oti Mandouri.
Les activités illégales sont difficiles à surveiller dans toutes les aires. L'application de la loi est faible partout ; la corruption est ainsi fréquemment citée, à tous les niveaux. Certains gestionnaires subissent aussi des pressions pour ex-ploiter les ressources.
Toutes les aires ont un statut de protection à long terme consigné par la loi. Néanmoins, un processus de requalification est en cours dans divers sites, notamment à Galangachi, Oti Mandouri et Oti Kéran. En effet, les populations riveraines y revendiquent une partie des territoires et ne soutiennent pas les objectifs de conservation.
Aucune aire n'a de plan de gestion finalisé. Les infrastructures et les moyens de transport sont inadéquats ; il n'y a pas d'installations fonctionnelles pour les visiteurs. Ceci s'explique par l'absence de financements suffisants pour administrer efficacement le réseau.
Certains points positifs peuvent être soulignés comme l a signature des différentes conventions internationales sur la diversité biologique, ou l'existence de textes législatifs sur l'environnement et le fait qu'au moins 10 % du territoire est couvert par les aires protégées. Il demeure un potentiel faunique et floristique, ainsi que des sites touristiques potentiels. Le pays s'est engagé dans un programme de requalification qui a restauré le dialogue avec les populations riveraines et permis une redélimitation consensuelle de certaines aires. L'existence d'association de gestion participative des parcs (AVGAP) ainsi que la reprise de la coopération internationale sont aussi des éléments encourageants.
D'autres aspects pénalisants demeurent cependant comme l 'insuffisance de ressources humaines et l'incohérence du cadre institutionnel (les directeurs régionaux sont rattachés au secrétariat général, et les conservateurs à la direction de la faune et de la chasse). L'absence de décret d'application de certains textes de loi sur l'environnement, l'absence de plans d'aménagement et d'inventaires et de zonages, la faiblesse des budgets pour le fonctionnement, les prélèvements abusifs de la faune et du bois par certains «corps habillés » (militaires, gendarme, policier, douanier), le manque de formation et/ou de recyclage du personnel, la faiblesse des bénéfices pour les populations, et la non satisfaction de leurs doléances. sont aussi cités.

Diverses recommandations ont été émises par les participants à l'évaluation qui seront consultables dans la rubrique publications .


Une vue aérienne d'écosystèmes d'Afrique centrale et occidentale