Extinction imminente des Eléphants de Forêt

07 March 2013 | News story

Les éléphants de forêt d’Afrique sont braconnés au point de disparaître. Une étude publiée dans le journal en ligne PLOS ONE montre de manière ahurissante qu’à travers leur aire de répartition en Afrique Centrale, 62% de tous les éléphants de forêts ont été abattus pour leur ivoire au cours des dix dernières années.

« L’analyse confirme ce que les défenseurs de la nature craignaient : une tendance rapide vers l’extinction des éléphant de forêt – potentiellement dans la prochaine décennie », indique le Dr. Samantha Strindberg de Wildlife Conservation Society (WCS), l’un des auteurs principaux de l’étude.

« Sauver l’espèce requiert un effort mondialement coordonné depuis les pays où vivent les éléphants, tout au long des routes de contrebande de l’ivoire, jusqu’à la destination finale en Extrême Orient. Nous n’avons plus beaucoup de temps avant que les éléphants n’aient disparu » ajoute l’autre auteur principal, le Dr. Fiona Maisels, également de WCS.

Cette analyse de la plus grande collection de données scientifiques jamais rassemblée sur l’éléphant en Afrique Centrale est publiée alors même que 178 pays se réunissent à Bangkok pour discuter des problèmes liés au commerce des espèces sauvages, y compris le braconnage et le trafic d’ivoire.

L’étude, qui est également la plus vaste conduite à ce jour sur cette espèce, intègre les travaux de plus de 60 scientifiques entre 2002 et 2011 et repose sur un immense effort consenti par les techniciens de terrain nationaux qui ont consacré 91.600 hommes/jours au suivi des éléphants dans 5 pays (Cameroun, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, Gabon et République du Congo), marchant 13.000 kilomètres pour enregistrer les 11.000 échantillons utilisés par cette analyse.

L’article démontre qu’un tiers des forêts où l’éléphant d’Afrique vivait il y a 10 ans lui sont désormais interdites, parce que trop dangereuses.

Co-auteur, le Dr. John Hart de la Fondation Lukuru ajoute : « Historiquement, les éléphants occupaient toute les forêts de la région sur plus de 2 millions de kilomètres carrés, mais maintenant ils se recroquevillent dans moins du quart de cette zone. Bien que des forêts persistent, elles sont vides d’éléphants, démontrant que ce n’est pas un problème de dégradation de l’habitat. C’est presqu’entièrement dû au braconnage. » Les récentes études en RDC ont montré l’effondrement des éléphants dans la Réserve de Faune des Okapi, qui était considérée comme le dernier bastion de l’espèce dans la région.

Les résultats montrent clairement que les éléphants de forêts sont de plus en plus rares à mesure que s’élèvent la densité humaine, la densité des infrastructures (telles que les routes), l’intensité de la chasse et la mauvaise gouvernance, selon les indices de corruption ou d’absence d’application des lois.

Distincts del’éléphant de savanesd’Afrique, son cousin plus célèbre, l’éléphant de forêt d’Afrique estlégèrementplus petit et est considéré par beaucoup comme une espèce à part. Il joue un rôle vital pour le maintien de la biodiversité de l’une des forêts tropicales les plus importantessur Terre pour la séquestration du carbone.

Le Professeur Lee White, Commandeur de l’Empire Britannique, Secrétaire Exécutif de l’Agence Nationale des Parcs Nationaux du Gabon, explique : « Une forêt tropicale sans éléphants est un endroit stérile. Les éléphants lui donnent vie, ils maintiennent les clairières en forêt et ouvrent les pistes utilisées par les autres animaux, ils dispersent les graines de bien des arbres des forêts pluviales – à grande échelle, les éléphants sont les jardiniers de la forêt. Leurs barrissements qui retentissent à travers les arbres nous rappellent la grandeur de la nature originelle. Si nous ne redressons pas la situation rapidement, l’éléphant d’Afrique est condamné. Ces nouveaux résultats illustrent crûment à quel point la situation est devenue dramatique. Notre action dans la prochaine décennie déterminera si cette espèce emblématique survivra. »

Les recherches menées par le programme CITES-MIKE ont montré que l’augmentation du braconnage à travers l’Afrique depuis 2006 est fortement corrélée à la croissance de la demande des consommateurs d’Extrême Orient ; le niveau du braconnage est également lié à la gouvernance au niveau national et à la pauvreté au niveau local. Tout cela a abouti à une escalade des massacres d’éléphants dans des zones auparavant réputées sans dangers.

« Nous avons mené des enquêtes dans les forêts du Gabon depuis plus de 10 ans et au fur et à mesure des années, nous avons constaté un nombre croissant de carcasses d’éléphants » expliquent des co-auteurs, MM. Rostand Aba’a, de l’Agence Nationale des Parcs Nationaux du Gabon, et Marc Ella Akou, du WWF Gabon.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement du Gabon a annoncé la perte d’approximativement 11.000 éléphants de forêt dans le parc national de Minkébé entre 2004 et 2012, parc qui abritait auparavant la plus importante population d’éléphants de forêt d’Afrique.

Le Président du Gabon, M. Ali Bongo Ondimba, dit que « Les éléphants du Gabon sont assiégés parce que le trafic international a entraîné une forte augmentation des prix de l’ivoire dans la région. J’appelle la Communauté Internationale à nous rejoindre dans cette lutte. Si nous n’inversons pas la tendance rapidement, l’éléphant d’Afrique sera exterminé. »

Dr George Wittemyer, de Save the Elephants et de l’Université d’Etat du Colorado, ajoute : « Cette étude fournit la preuve irréfutable de la disparition rapide de l’une des espèces les plus charismatiques et intelligentes de la Planète. Le monde doit se réveiller pour enrailler cette destruction provoquée par une consommation d’apparat. »

Une action efficace, rapide et à plusieurs niveaux est impérative pour sauver les éléphants. Une augmentation drastique des financements et des stratégies concrètes de protection sont essentielles pour éviter de futures pertes énormes dans les populations restantes d’éléphants.

Le Dr Stephen Blake du Max Planck Institute souligne : « Les éléphants de forêt ont besoin de deux choses : ils on besoin d’un espace adéquat pour vaquer normalement et ils ont besoin de protection. Les routes non contrôlées, le plus souvent liées à l’extraction de bois ou d’autres ressources naturelles, s’enfoncent de plus en plus profondément dans la jungle et sonnent le glas des éléphants de forêt. Pour que les éléphants survivent, de vastes zones doivent être conservées sans routes et les routes qui existent doivent faire l’objet de plans efficaces de protection de la faune. »

Le Directeur du programme Afrique de l’Ouest et du Nord de ZSL, Chris Ransom, ajoute : « Les preuves apportées par cette étude, ajoutées aux saisies massives d’ivoire opérées en Asie de l’Est et du Sud-Est ces dernières années, nous obligent à passer à l’action. »

La corruption endémique et la faible application des lois, qui facilitent la braconnage et le trafic, doivent être combattus. Il est également essentiel d’améliorer le contrôle des importations et des ventes de trophées fauniques dans les pays destinataires ou de transit de l’ivoire illégal, en particulier en Asie. Les nations consommatrices, avec la Communauté Internationale, devraient massivement investir dans la sensibilisation et l’éducation des consommateurs sur les conséquences du commerce d’ivoire. Bien que le défi soit de taille, la Chine et d’autres pays asiatiques ont démontré qu’une forte volonté politique pouvait rapidement changer les comportements et la gouvernance, comme en 2003 avec la menace du SRAS. Une action similaire, visant la réduction de la demande d’ivoire, est la clé de la survie des éléphants.

Les auteurs de l’article, titré « Déclin dévastateur des éléphants de forêt en Afrique Centrale », sont : Fiona Maisels, Samantha Strindberg, Stephen Blake, George Wittemyer, John Hart, Elizabeth A. Williamson, Rostand Aba’a, Gaspard Abitsi, Ruffin D. Ambahe, Fidel Amsini, Parfait C. Bakabana, Thurston Cleveland Hicks, Rosine E. Bayogo, Martha Bechem, Rene L. Beyers, Anicet N. Bezangoye, Patrick Boundja, Nicholas Bout, Marc Ella Akou, Lambert Bene Bene, Bernard Fosso, Elizabeth Greengrass, Falk Grossmann, Clement Ikamba-Nkulu, Omari Ilambu, Bila-Isia Inogwabini, Fortune Iyenguet, Franck Kiminou, Max Kokangoye, Deo Kujirakwinja, Stephanie Latour, Innocent Liengola, Quevain Mackaya, Jacob Madidi, Bola Madzoke, Calixte Makoumbou, Guy-Aimé Malanda, Richard Malonga, Olivier Mbani, Valentin A. Mbenzo, Edgar Ambassa, Albert Ekinde, Yves Mihindou, Bethan J. Morgan, Prosper Motsaba, Gabin Moukala, Anselme Mounguengui, Brice S. Mowawa, Christian Ndzai, Stuart Nixon, Pele Nkumu, Fabian Nzolani, Lilian Pintea, Andrew Plumptre, Hugo Rainey, Bruno de Semboli, Adeline Serckx, Emma Stokes, Andrea Turkalo, Hilde Vanleeuwe, Ashley Vosper and Ymke Warren.

Ce groupe représente tous les défenseurs de l’environnement qui ont travaillé en Afrique Centrale avec
Wildlife Conservation Society (WCS), World Wide Fund for Nature (WWF), le Programme de Conservation et Utilisation Rationnelle des Ecosystèmes Forestiers en Afrique Centrale (ECOFAC), Dian Fossey Gorilla Foundation International, Jane Goodall Institute, Lukuru Foundation, Zoological Society of London (ZSL), Fauna and Flora International (FFI), MaxPlanck Institute, San Diego Zoo, African Wildlife Foundation (AWF), l’UniversitédeLiègeetl’Université de Stirling.

Les financements de l’étude ont été apportés par Nancy Abraham, African Wildlife Foundation, Beneficia Foundation, Busch Gardens, CITES-MIKE, Columbus Zoo, Conservation International, Daniel K. Thorne Foundation, Diane Fossey Gorilla Foundation International, Espèces Phares (Union Européenne), le Programme de Conservation et Utilisation Rationnelle des Ecosystèmes Forestiers en Afrique Centrale (ECOFAC), Fauna and Flora International, Frankfurt Zoological Society, IUCN Netherlands, John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, KFW, LifeWeb (Espagne), National Fund for Scientific Research (FNRS, Belgique), Offield Family Foundation, Operation Loango, Prince Bernhard Wildlife Fund, le Réseau des Aires Protégées d’Afrique Centrale (RAPAC), Arcus Foundation, Aspinall Foundation, Born Free Foundation, Institute for Biodiversity and Ecosystem Dynamics de l’Université d’Amsterdam, Jane Goodall Institute, Liz Claiborne and Art Ortenberg Foundation, Lucie Burgers Foundation, Wasmoeth Wildlife Foundation and Karl Ammann, Total Gabon, UNESCO, United States Agency for International Development (USAID CARPE), Great Ape Conservation Fund de United States Fish & Wildlife Service (USFWS), African Elephant Conservation Fund de United States Fish & Wildlife Service (USFWS), Wildlife Conservation Society, World Wildlife Fund et Zoological Society of London

L’article est disponible sur : http://dx.plos.org/10.1371/journal.pone.0059469
 


Une vue aérienne d'écosystèmes d'Afrique centrale et occidentale