Protéger les baleines des sons provoqués par les études sismiques

20 January 2014 | International news release

Une collaboration unique entre l’industrie pétrolière et gazière, des scientifiques et des défenseurs de la conservation montre la voie pour réduire les impacts des études sismiques sur les baleines et autres espèces en voie de disparition.

Un guide publié par des experts du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale de l’UICN (WGWAP) et de Sakhalin Energy Investment Company Ltd. détaille pas à pas les étapes pour réduire les impacts des études sismiques des fonds-marins sur les baleines et autres espèces marines.

Dans cette étude, publiée par la revue Aquatic Mammals, les auteurs présentent l’approche la plus complète, solide et pratique à ce jour pour minimiser et surveiller les risques sur les espèces marines vulnérables lorsque des sons intenses sont utilisés pour l’étude des fonds sous-marins, essentiellement lors de la prospection de pétrole et de gaz.

« Il s’agit d’un outil précieux pour les entreprises pétrolières et gazières, les régulateurs et autres acteurs, pour tous les aspects relatifs au développement et à la mise en place de programmes d’atténuation et de surveillance environnementale qui respectent un principe de précaution, sont responsables et efficaces » affirme M. Doug Nowacek, membre du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale de l’UICN à l’université de Duke et auteur principal de l’étude.

Dans les études sismiques, les canons à air remorqués à l’arrière des navires émettent à répétition de puissants signaux acoustiques. Les capteurs mesurent l’écho de retour et révèlent ainsi les détails des fonds marins et de la structure géologique sous-jacente, à une profondeur allant jusqu’à plusieurs kilomètres. Le son est un outil puissant pour l’imagerie et la prospection des fonds marins, et est principalement utilisé dans l’industrie énergétique pour localiser du pétrole ou du gaz. Ces études sont également utilisées pour cartographier le plateau continental et trouver les meilleurs sites pour des nouveaux projets éoliens offshore.

Les baleines utilisent les sons pour communiquer, naviguer et chercher leur nourriture. L’exposition à des bruits intenses provenant des études sismiques peut leur causer du stress, changer leurs comportements, affecter leur recherche de nourriture et leurs relations avec leurs petits, ou encore entraîner des blessures physiques directes.

Cette étude décrit le programme de protection des baleines le plus complet jamais mis en place pour une étude sismique. Sakhalin Energy Investment Company Ltd. – une entreprise de prospection pétrolière et gazière dont les actionnaires sont Gazprom, Shell, Mitsui et Mitsubishi – a mené cette étude près d’une aire d’alimentation de la baleine grise occidentale, à proximité de l’île de Sakhaline, sur la côte russe, au nord du Japon.

« Cette étude a été réalisée suivant les délais impartis, et toutes les composantes liées à la surveillance et à l’atténuation des effets ont été mises en œuvre avec succès. L’entreprise a obtenu les données dont elle avait besoin tout en minimisant parallèlement le risque de perturbation pour les baleines. L’approche utilisée a été un tel succès que les résultats de l’analyse actuelle n’ont révélé aucun impact significatif direct sur les baleines » se réjouit M. Carl Gustaf Lundin, Directeur du Programme mondial marin et polaire à l’UICN, qui héberge le Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale.

Les zones d’alimentation situées près de l’île de Sakhaline – une région dotée d’énormes gisements pétroliers et gaziers – sont vitales pour la survie des baleines grises occidentales, classées En danger critique d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN des espèces menacéesTM. Les baleines jeûnent lors de la saison de la reproduction et pendant une grande partie de leur longue migration, depuis leurs zones d’alimentation jusqu’à celles de reproduction et d’accouchement. Il est donc indispensable qu’elles aient suffisamment de nourriture, de masse corporelle et d’énergie pour leurs voyages, qui peuvent totaliser des dizaines de milliers de kilomètres et constituent l’une des plus longues migrations chez les mammifères.

En se basant sur leur expérience acquise lors de la création et de la réalisation de l’étude de Sakhalin Energy, et sur son programme associé d’atténuation et de surveillance, les auteurs proposent une approche à grande échelle pouvant être adaptée aux études sismiques dans n’importe quelle zone écosensible. Il va de soi néanmoins que chacune de ces études devra prendre en compte les circonstances particulières propres à chaque zone – espèces locales, caractéristiques locales, historique et nature des autres opérations dans la zone par exemple.

« Pour minimiser les impacts lors des études sismiques, il est essentiel de posséder une connaissance avancée de la distribution de la vie marine et des migrations, et de planifier l’étude en conséquence » souligne M. Greg Donovan, co-auteur de l’étude et Président des Groupes d’études sur le bruit et les études sismiques du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, et Responsable scientifique à la Commission baleinière internationale. « Dans le cas de l’île de Sakhaline, cela signifie réaliser l’étude dès que possible au printemps, lorsque la glace a fondu mais que la plupart des baleines ne sont pas encore arrivées. »

Les recommandations présentes dans l’étude incluent notamment l’importance de :

  • Obtenir des données écologiques de base ;
  • Réaliser une planification et une communication détaillées au préalable, et un examen critique de la conception de l’étude et des mesures d’atténuation ;
  • Restreindre la zone de l’étude et limiter les niveaux de bruit estimés afin de minimiser l’empreinte sonore de l’étude ;
  • Utiliser une surveillance visuelle et acoustique en temps réel des niveaux de bruits, de la localisation et du comportement des baleines, avant, pendant et après l’étude ;
  • Arrêter l’étude si les animaux sont trop près ou montrent de fortes réactions à l’activité sismique ;
  • Analyser systématiquement les résultats pour informer les futures activités de planification et d’atténuation.

Certains gouvernements et entreprises prévoyant des études sismiques dans le monde ont déjà exprimé leur intérêt vis-à-vis de l’étude de Sakhalin Energy et de l’approche responsable décrite dans l’article Aquatic Mammals.

Commentaires d’experts :

  • « Nous espérons que nos lignes directrices présentant la meilleure façon de réduire les impacts environnementaux des études sismiques dans les océans se frayeront un chemin jusqu’aux entreprises énergétiques et organismes environnementaux du monde entier ». Auteurs principaux de l’article, M. Doug Nowacek, Membre du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, université de Duke ; et M. Brandon Southall, Scientifique associé du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, université de Californie, Santa Cruz, et Président & Scientifique senior pour Southall Environmental Associates, Inc.
  • « Notre article s’appuie sur l’expérience et la connaissance pratique de l’industrie, ainsi que sur les sciences appliquées les plus rigoureuses d’acousticiens et de scientifiques sur les mammifères marins. L’objectif était de mettre au point un cadre largement applicable pour minimiser les impacts potentiels des études sismiques et évaluer quantitativement l’efficacité des mesures d’atténuation utilisées. Nous avons cherché à synthétiser les enseignements tirés de l’expérience sur l’île de Sakhaline et à mettre au point une approche permettant la réalisation d’études sismiques écoresponsables, quelle que soit l’objectif ou les espèces de la région ». Co-auteur, M. Greg Donovan, Président des Groupes d’études sur le bruit et les études sismiques du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale et Responsable scientifique à la Commission baleinière internationale.
  • « Nous sommes fiers de l’engagement du Groupe consultatif et de Sakhalin Energy pour le développement d’énergies responsables qui préservent la vie marine, et appelons les entreprises ayant des activités offshore à adopter ces recommandations précieuses et à changer de comportement. L’UICN pense que le secteur du pétrole et du gaz doit non seulement reconnaître son impact sur l’environnement, mais aussi faire partie intégrante de la solution afin d’être en mesure de répondre aux besoins énergétiques sans sacrifier la nature ». Mme Julia Marton-Lefèvre, Directrice générale de l’UICN.
  • « Les baleines grises occidentales ne pourront être sauvées que grâce aux efforts conjoints de toutes les entreprises agissant à proximité de leurs habitats. Le Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale est l’exemple même de comment les entreprises, les scientifiques et la communauté de la conservation peuvent travailler ensemble pour garantir un futur durable à nos mers et nos océans. Nous travaillons avec Sakhalin Energy depuis déjà dix ans. L’approche utilisée par l’entreprise pour réaliser son étude sismique, mise en place en collaboration avec le Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, est l’exemple même d’une approche basée sur le principe de précaution, adoptée par une entreprise pétrolière et gazière responsable, qui cautionne les normes les plus élevées en matière environnementale. Nous souhaitons maintenant partager ces enseignements et aider les autres entreprises à Sakhaline et dans le monde entier à améliorer leurs pratiques ». M. Carl Gustaf Lundin, Directeur, Programme mondial marin et polaire de l’UICN.
  • • « Si nous décidons d’être sérieux dans le domaine de la conservation, nous ne pouvons pas nous permettre de rester à l’écart de l’industrie. Dans le cas du pétrole et du gaz offshore, les risques pour la nature sont énormes, et il convient d’utiliser la science la plus crédible pour mesurer et minimiser ces risques ». M. Randall Reeves, Président du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale et du Groupe de spécialistes des cétacés de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN.
  • « En produisant des biens précieux et nécessaires, les entreprises ont un impact sur des ressources naturelles qui font partie du bien commun. Leur production doit donc avoir lieu de la façon la plus responsable possible, en minimisant les risques pesant sur des ressources publiques précieuses potentiellement affectées. Il est de l’intérêt de toutes les parties d’adopter des pratiques responsables au cours de la planification, de l’exécution et de l’analyse des études sismiques, dans le cadre de notre combat pour une utilisation raisonnable des ressources naturelles et leur conservation ». Co-auteur de l’article, M. Alexander Vedenev, membre du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale et responsable du Laboratoire sur les bruits et les fluctuations du son dans l’océan à l’Institut d’océanologie P.P.Shirshov de l’Académie scientifique russe.


Informations de référence
Les auteurs de l’étude Des pratiques responsables pour minimiser et surveiller les impacts environnementaux des études sismiques des fonds marins, notamment sur les mammifères marins incluent les membres suivants des Groupes d’études sur les études sismiques et le bruit du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale : Doug Nowacek, université de Duke (États-Unis) ; Koen Bröker, Shell Global Solutions (Pays-Bas) ; Greg Donovan, Commission baleinière internationale (Royaume-Uni) ; Glenn Gailey, université du Texas A&M, Galveston (États-Unis) ; Roberto Racca, JASCO Applied Sciences Ltd (Canada) ; Randall Reeves, Okapi Wildlife Associates (Canada) ; Alexander Vedenev, Institut d’océanologie P.P.Shirshov de l’Académie scientifique russe (Russie) ; David Weller, Agence océanique et atmosphérique nationale (NOAA, États-Unis) ; Brandon Southall, Southall Environmental Associates et université de Californie, Santa Cruz (États-Unis).

Cette étude est le résultat du travail mené sur la période 2006-2012 par le Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, réuni par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et soutenu par Sakhalin Energy Investment Company Ltd. Un prêt accordé à l’UICN par le Département du Royaume-Uni pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires rurales (DEFRA) a été spécifiquement utilisé pour permettre aux principaux auteurs, M. Nowacek et M. Southall, de consacrer du temps à la rédaction de ce rapport.


Principaux termes

  • Zones écosensibles : zones considérées comme accueillant des espèces en danger ; ou zones constituant un habitat essentiel pour la reproduction ou l’alimentation de plusieurs espèces, ou d’un grand nombre d’organismes individuels.
  • La surveillance s’applique à un programme recueillant des données, pour tester les effets à la fin de l’étude sismique, et pour appliquer les résultats à la planification de futures études (par ex. pour réviser les critères d’exposition).
  • L’atténuation représente les mesures conçues, et mises en place lors de l’étude, spécifiquement pour éliminer ou minimiser les impacts sur les animaux présents dans la zone. De telles mesures vont de la mise en place d’un rayon de sécurité à la planification chronologique de l’étude.

A propos du Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale (WGWAP)
Depuis 2004, l’UICN travaille avec Sakhalin Energy et lui offre des conseils et des recommandations sur la meilleure façon de minimiser les risques associés à ses opérations sur la population et l’habitat des baleines grises occidentales. Dans le cadre de cette vaste initiative, l’UICN a créé en 2006 un groupe permanent de scientifiques indépendants, le Groupe consultatif sur la baleine grise occidentale, constitué de 11 experts russes et internationaux de haut-niveau dans une vaste gamme de disciplines. Le Groupe offre des conseils scientifiques et des recommandations sur les plans opérationnels de l’entreprise et propose des mesures d’atténuation pour son projet Sakhalin-2, l’une des plus grosses opérations pétrolières et gazières. Grâce à cette coopération positive et efficace, un ensemble unique et global de mesures les plus modernes dans le domaine de la surveillance et de l’atténuation a été mis au point pour réduire les risques pour les baleines. Le projet montre dans quelle mesure des espèces classées En danger critique d’extinction peuvent coexister avec le développement économique. Il vise également à accroître les connaissances scientifiques des espèces ainsi qu’à répandre les bonnes pratiques internationales dans le domaine de la gestion environnementale d’opérations gazières et pétrolières dans des habitats écosensibles comme l’île de Sakhaline.

 

Pour plus d’informations, planifier des entretiens ou obtenir l’article de Aquatic Mammals dans sa totalité, veuillez contacter :

  • Anete Berzina, Initiative sur la conservation de la baleine grise occidentale de l’UICN, +41 22 999 0703, anete.berzina[at]iucn.org
  • Terry Collins,+1-416-538-8712; +1-416-878-8712; tc[at]tca.ca

 


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