La vie marine et la pêche sont de plus en plus menacées par la perte d’oxygène des océans – Rapport de l’UICN

Madrid, Espagne, 7/12/2019 (UICN) - La perte d’oxygène dans les océans menace de plus en plus les espèces de poissons et perturbe les écosystèmes, comme le souligne un nouveau rapport de l’UICN. La perte d’oxygène dans les océans, provoquée par les changements climatiques et la pollution par les nutriments, constitue une menace croissante pour la pêche et certains groupes d’espèces comme les thons, les marlins et les requins, selon le rapport publié aujourd’hui, lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Madrid.

« Avec ce rapport, l’ampleur des dommages que les changements climatiques font subir aux océans devient évidente. Au fur et à mesure que les océans perdent leur oxygène, en se réchauffant, l’équilibre délicat de la vie marine se fragilise », a déclaré la Dr Grethel Aguilar, Directrice générale par intérim de l’UICN. « Les conséquences potentiellement désastreuses de ce phénomène sur la pêche et les communautés côtières vulnérables font que les décisions prises lors de l’actuelle Conférence des Nations unies sur les changements climatiques soient encore plus cruciales. Pour limiter la perte d’oxygène dans les océans, parallèlement aux autres effets dramatiques des changements climatiques, les dirigeants mondiaux doivent s’engager à réduire immédiatement et de manière substantielle leurs émissions ».

Le rapport d’analyse « Désoxygénation des océans : le problème de chacun » est la plus vaste étude scientifique menée jusqu’à présent sur les causes, les impacts et les solutions possibles à la désoxygénation des océans. Les régions océaniques à faible concentration d’oxygène sont en expansion, et environ 700 sites dans le monde sont maintenant touchés par des conditions de faible teneur en oxygène, contre seulement 45 dans les années 1960. Au cours de la même période, le volume des eaux anoxiques dans les océans mondiaux, c’est à dire, des zones complètement vides d’oxygène, a quadruplé, selon le rapport.

« Nous observons aujourd’hui des niveaux de plus en plus faibles d’oxygène dissous dans de vastes zones de la haute mer. Ceci est peut-être le signal d’alarme ultime contre les expérimentations incontrôlées que l’humanité fait subir aux océans mondiaux avec l’augmentation continue des émissions de carbone », a déclaré Dan Laffoley, Conseiller principal en sciences et conservation marines du Programme mondial marin et polaire de l’UICN et co-auteur du rapport. « L’appauvrissement en oxygène menace les écosystèmes marins, déjà soumis à un stress causé par le réchauffement et l’acidification des océans. Pour arrêter l’expansion inquiétante des zones pauvres en oxygène, nous devons réduire de manière décisive les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la pollution par les nutriments provenant de l’agriculture et d’autres sources ».

La désoxygénation a déjà commencé à modifier l’équilibre de la vie marine, favorisant les espèces tolérantes à l’hypoxie (p. ex. les microbes, les méduses et certains calmars) au détriment d’espèces sensibles à l’hypoxie (comme de nombreuses espèces marines, dont la plupart des poissons). Certains des biomes les plus productifs de l’océan, qui abritent un cinquième des poissons marins sauvages commerciaux dans le monde, existent grâce à des courants océaniques qui amènent des eaux riches en nutriments mais pauvres en oxygène vers les côtes orientales des bassins océaniques du monde. S’agissant de systèmes naturellement pauvres en oxygène, ces zones sont particulièrement vulnérables aux changements, même minimes, d’oxygène dans les océans. Les impacts dans ces zones finiront par se répercuter et affecter des centaines de millions de personnes.

Certains groupes d’espèces comme les thons, les marlins et les requins sont particulièrement sensibles à une faible teneur en oxygène en raison de leur grande taille et de leur besoins énergétiques élevés. Ces espèces commencent à être acculées dans des couches de surface de plus en plus fines d’eau riche en oxygène, ce qui les rend plus vulnérables à la surpêche. Le rapport met en garde contre le fait qu’une très faible teneur en oxygène dans les océans peut également affecter des processus de base tels que le cycle d’éléments cruciaux pour la vie sur Terre, comme l’azote et le phosphore.

Les océans devraient perdent 3 à 4% de leur stock d’oxygène à l’échelle mondiale d’ici l’an 2100, selon un scénario de maintien du statu quo. La moyenne mondiale masque cependant des changements locaux qui devraient être, par exemple, plus importants à des latitudes moyennes à élevées. On prévoit que la plupart des pertes seront concentrées dans les premiers 1 000 mètres de la colonne d’eau, qui sont également les plus riches en biodiversité marine.

« Même si nous connaissons les zones océaniques mortes depuis des décennies, le réchauffement des océans est aujourd’hui susceptible d’étendre la désoxygénation à de vastes étendues de l’océan. Nous devons travailler ensemble pour rétablir l’équilibre du stock d’oxygène des océans », a déclaré Isabella Lövin, ministre de l’Environnement et de l’Énergie et vice-première ministre de la Suède, l’un des principaux sponsors du rapport. « Avec ce rapport, il est temps de placer la désoxygénation des océans parmi nos principales priorités afin de rétablir la santé des océans ».

Les principaux facteurs de perte d’oxygène dans les océans sont les changements climatiques et la pollution par les nutriments, cette dernière affectant les zones côtières. Au fur et à mesure que l’océan se réchauffe, ses eaux retiennent moins d’oxygène et deviennent moins denses, ce qui réduit le brassage des eaux de surface, riches en oxygène, avec les couches plus profondes des océans, qui contiennent naturellement moins d’oxygène. La pollution par les nutriments entraîne une perte d’oxygène dans les eaux côtières, car les engrais, les eaux usées, les déchets animaux et de l’aquaculture provoquent une croissance excessive d’algues qui, à leur tour, épuisent l’oxygène à mesure qu’elles se décomposent.

« Une action mondiale urgente est nécessaire pour surmonter et inverser les effets de la désoxygénation des océans. Les décisions prises lors de la présente Conférence sur le climat détermineront si nos océans continuent de soutenir une riche variété de vie, ou si les zones marines habitables et riches en oxygène sont toujours plus, progressivement et irrévocablement perdues. Les dirigeants du monde entier se réuniront également en juin 2020 au Congrès mondial de la nature de l’UICN, à Marseille, afin de définir les actions nécessaires pour restaurer la santé des océans, l’un des thèmes clés du prochain Congrès de l’UICN », a déclaré Minna Epps, Directrice du Programme mondial marin et polaire de l’UICN.

Le rapport complet est disponible ici.

 

Pour plus d’informations ou pour obtenir un entretien, veuillez contacter :

Matthias Fiechter, Responsable des relations médias de l’UICN, +41 795360117, matthias.fiechter@iucn.org

Goska Bonnaveira, Responsable des relations médias de l’UICN, +41 229990245, goska.bonnaveira@iucn.org

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