Opération préservation – Les espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées dans les aires protégées

12 July 2010 | Fact sheet
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Conserver ensemble : le défi que pose la création d’aires protégées pour la conservation in situ d’espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées dans cinq pays mégadivers.
Par Teresa Borelli, Biodiversity International

En 2004, cinq pays – l’Arménie, la Bolivie, Madagascar, le Sri Lanka et l’Ouzbékistan – ont décidé de se lancer dans une tâche ardue : la conservation in situ des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées (ESAPC) dans le cadre d’un projet mondial soutenu par le FEM et le PNUE et coordonné par Biodiversity International : « Conservation in situ d’espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées par l’intermédiaire d’une amélioration de la gestion de l’information et des applications sur le terrain ».

Pour faire simple, les espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées sont les ancêtres des variétés modernes d’espèces cultivées. De tout temps, elles ont fourni aux producteurs la matière génétique pour améliorer la qualité nutritionnelle et la productivité des plantes cultivées, contrer des conditions climatiques extrêmes ou offrir une résistance aux parasites et maladies agricoles. Cependant, un grand nombre de ces espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction du fait de la perte de l’habitat, de la surexploitation et des changements climatiques. Les modèles bioclimatiques actuels prévoient que les changements climatiques seront responsables de la perte de 50% des espèces sauvages de cacahuètes (Arachis sp.), de pommes de terres (Solanum sp.) et de doliques (Vigna sp.) à la suite de quoi entre 16 et 22% des espèces disparaîtraient d’ici à 2055. Certains signes laissent à penser que de nombreuses aires protégées verraient une perte modérée à importante des espèces qu’elles abritent. On peut donc légitimement se questionner sur la capacité des aires protégées, dans leur forme actuelle, à protéger les espèces dans un contexte de changements climatiques.

Pour lutter contre cette tendance, ces cinq pays mégadivers, centres d’origine de plantes cultivées importantes et qui abritent un grand nombre d’ESAPC économiquement significatives, ont fait de grands efforts pour encourager la conservation de ces espèces dans la vie sauvage (in situ), afin qu’elles continuent à évoluer dans leur environnement naturel et maintiennent leurs caractéristiques adaptatives qui les rendent tellement importantes pour la production alimentaire future et actuelle.

Un des principaux objectifs de la stratégie de conservation in situ du projet était de travailler étroitement avec les organismes chargés des aires protégées afin d’identifier les aires prioritaires pour la conservation de ces importantes ressources génétiques. Il a donc fallu modifier les plans de gestion des aires protégées existants pour mettre l’accent sur la conservation efficace des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées et appliquer des plans de gestion autonomes sur les ESAPC.

Dès le début du projet, il est vite ressorti que la conservation in situ des ESAPC ne serait pas une tâche facile, et qu’elle ne pourrait se faire de façon isolée. La conservation de l’agrobiodiversité n’est pas l’objectif principal de la plupart des aires protégées et l’amendement de plans de gestion approuvés et déjà mis en œuvre sera probablement dur à faire accepter. Les partenaires du projet, en étroite collaboration avec les gestionnaires des aires protégées, ont donc dû fournir un effort conséquent et soutenu pour faire bouger les choses. Des partenariats efficaces ont été mis en place entre des organismes nationaux et des professionnels des secteurs de l’environnement et de l’agriculture, qui avaient rarement travaillé ensemble jusqu’alors. Le partenariat incluait, outre les cinq pays concernés, près de 60 organismes nationaux et internationaux essentiels pour comprendre la nature complexe et multidisciplinaire de la conservation in situ des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées.

Vous trouverez ci-dessous une description détaillée des aires protégées et des espèces ciblées par les plans de gestion du projet : céréales sauvages en Arménie, cacao sauvage en Bolivie, igname sauvage à Madagascar, cannelle sauvage au Sri Lanka et amande sauvage en Ouzbékistan. Nous espérons que ces exemples et les enseignements qu’ils permettent de tirer serviront de catalyseur pour reproduire ces efforts et ces initiatives dans d’autres aires protégées, situées dans ces cinq pays de projet et au-delà.

Arménie

S’étendant sur une superficie d’environ 89 hectares, la Réserve nationale d’Erebuni est la plus petite aire protégée gérée par la Réserve de parc du Ministère de la protection de la nature de la République d’Arménie. Elle a été spécialement créée en 1981 à proximité de Yerevan pour protéger les espèces de céréales sauvages comme le blé, (Triticum araraticum, T. urartu, T. boeticum), l’égilope (Aegilops spp.), l’orge (Hordeum glaucum) et le seigle (Secale vavilovii). La réserve abrite également 292 espèces de plantes vasculaires, représentant 196 genres issus de 46 familles. L’Erebuni est l’une des rares réserves spécialement créée pour la conservation d’espèces sauvages, et il sera intéressant d’observer s’il est possible de conserver plus d’une espèce sauvage apparentée aux plantes cultivées sans créer un régime de gestion séparé pour chacune des espèces. Le travail participatif mené par les communautés locales vivant à proximité du parc a amélioré la visibilité des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées et a accru la prise de conscience des habitants, qui ont désormais compris l’utilité de les conserver. http://www.reservepark.mnp.am/htmls_eng/regions_1.htm

Bolivie

Situé entre 180 et 3000 mètres d’altitude sur une superficie de 1 372 180 hectares, entre le nord du département de Cochabamba et le sud du département de Béni, le Parque Nacional y Territorio Indigena Isiboro-Secure (TIPNIS) [ Parc national de Catégorie II de l’UICN ] abrite une grande diversité d’espèces et d’écosystèmes. Ses habitats sont variés et incluent les forêts de brouillard montagnardes, les forêts amazoniennes sub-andines, les forêts tropicales sempervirentes d’altitude basse à moyenne et les savanes inondées, qui hébergent chacune une flore et une faune uniques. Cette aire protégée, créée en 1965, est également un territoire autochtone propriété des tribus Chimán, Yuracaré et Moxeño. Grâce aux efforts menés par le Vice-ministre de l’Environnement, de la Biodiversité et des Changements climatiques et l’équipe bolivienne du Projet ESAPC du PNUE/FEM, le Service national des aires protégées qui gère le Parc et l’organisation locale des populations autochtones résidentes a accepté d’établir et d’appliquer un Programme pour la conservation in situ des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées existantes dans l’enceinte du Parc et a élaboré un Plan de gestion pour la protection des espèces sauvages de cacao à inclure dans le Plan de gestion global du Parc. Le cacao sauvage (Theobroma sp.) présent à l’intérieur du Parc est actuellement menacé par la destruction de son habitat et la déforestation.

Madagascar

Le Parc national d’Ankarafantsika à Madagascar abrite plus de 150 espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées et appartenant à 30 genres dont le Dioscorea, qui compte plus de 40 espèces. Plusieurs espèces d’ignames possédant une forte valeur économique en tant que culture vivrière de base sont aujourd’hui menacées par la surexploitation et sont officiellement en danger critique d’extinction. Un programme de conservation a été initié avec les communautés locales dans le cadre du plan de gestion, afin que le Parc national d’Ankarafantsika réduise la pression sur les espèces sauvages en encourageant les communautés à faire pousser des ignames cultivées. Situé dans la partie nord-ouest de Madagascar, le Parc national d’Ankarafantsika [Parc national de Catégorie II de l’UICN] a été créé en 2002 et s’étend sur une superficie de 130 026 km2. Il est géré par l’Association des Parcs nationaux de Madagascar. http://www.parcs-madagascar.com/fiche-aire-protegee_en.php?Ap=15

Sri Lanka

Situé dans la province sud du Sri Lanka près de Galle, la forêt tropicale de Kanneliya-Dediyagala-Nakiyadeniya (KDN) est la plus grande forêt tropicale du pays, avec une superficie de 10 139 ha. Son importance en termes de biodiversité et de services écosystémiques est telle qu’elle a été désignée réserve de biosphère par l’UNESCO en 2004. Cette aire protégée abrite de nombreuses espèces de plantes et d’animaux endémiques au Sri Lanka. L’équipe sri-lankaise du Projet ESAPC du PNUE/FEM a travaillé étroitement avec l’organe directeur du Parc – le Département de la conservation des forêts – afin d’en modifier le plan de gestion existant. Celui-ci inclut dorénavant un plan de gestion des espèces pour la préservation de la précieuse Cinnamomum capparu-coronde Blume, espèce endémique traditionnellement récoltée à des fins thérapeutiques et commerciales. Des activités de prise de conscience ont également été menées auprès des communautés locales sur l’importance de préserver ces espèces.

Ouzbékistan

D’après le proéminent botaniste russe Vavilov, l’Ouzbékistan est l’un des centres d’origine de nombreuses plantes cultivées modernes. Le pays est un centre mondial pour la diversité des plantes dans les montagnes d’Asie centrale, et abrite notamment des espèces sauvages de fruits et de noix sauvages les plus apparentées aux plantes cultivées. Pour aider à la conservation de ces espèces à l’état sauvage, des plans de gestion et de surveillance ont été créés pour plusieurs espèces menacées par la perte et la fragmentation de leur habitat du fait de la déforestation et d’un surpâturage excessifs. Citons par exemple l’amande sauvage Amygdalus bucharica, considérée Vulnérable par l’UICN dans sa Liste rouge des espèces menacées (2008), et pour laquelle un plan de gestion a été adopté dans la Réserve naturelle de Chatkal. Créé en 1992 et considéré comme une aire protégée de Catégorie Ia par l’UICN, le parc s’étend sur 3 570 ha et est géré par le Fonds forestier national. La conservation des ESAPC se fait également par des activités de renforcement des capacités, de prise de conscience et d’éducation communautaires.

En général, l’idée qu’une aire protégée serve potentiellement à conserver l’agrobiodiversité est encore peu répandue… Une étude publiée par le WWF a paradoxalement révélé que le degré de protection est nettement plus bas que la moyenne mondiale là où la diversité génétique des plantes est la plus élevée. Même lorsqu’une aire protégée abrite au moins partiellement une ou des zones importantes en termes de diversité génétique (par exemple de précieuses variétés primitives et espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées), son plan de gestion fait malheureusement peu de cas de la valeur de cette diversité (Amend et al. 2008).

 

 Soutenu par le PNUE/FEM et bénéficiant des conseils de Biodiversity International, en collaboration avec les organisations internationales Botanic Gardens Conservation International (BGCI), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Centre mondial de suivi de la conservation (WCMC), le projet « Conservation in situ des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées par l’intermédiaire d’une amélioration de la gestion de l’information et des applications sur le terrain » cherche à améliorer la conservation et l’utilisation durable des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées dans cinq pays (l’Arménie, la Bolivie, Madagascar, le Sri Lanka et l’Ouzbékistan) en optimisant l’utilisation des informations et des ressources existantes en matière de conservation pour ces espèces cruciales.

Exemples d’espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées conservées dans des aires protégées en Arménie, Bolivie, Madagascar, Sri Lanka et Ouzbékistan.

Gene Pool cultures CWR Aire Protegée Pays
Yam Dioscorea maciba, D. bemandry, D. antaly, D. ovinala and D. bemarivensis Ankarafantsika National Park Madagascar
Cannelle Cinnamomum capparu-coronde Kanneliya Forest Reserve Sri Lanka
Amande Amygdalus bucharica Chatkal Biosphere Reserve Ouzbékistan
Blé Triticum araraticum, T. boeoticum, T. urartu and Aegilops tauschii Erebuni State Reserve Arménie
Cacao Theobroma spp. Parque Nacional y Territorio Indigena Isiboro-Secure Bolivie


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