Comment réconcilier le passé et l'avenir en vue de constituer un patrimoine d'aires protégées africaines pour le 21e siècle ? En premier lieu, la communauté mondiale doit accepter les peuples d'Afrique comme des acteurs clés de la création et de la gestion des aires protégées et se tenir prête à appliquer un programme piloté par l'Afrique. En travaillant de concert, nous pourrons mettre en place et maintenir des réseaux efficaces d'aires protégées pour la prochaine génération d'Africains et pour tous les peuples de la Terre.
Obtenir l'appui du public. L'enjeu le plus délicat pour les aires protégées africaines consiste à obtenir un appui du public et un soutien politique dans le contexte du développement national et régional. Il est vital de disposer de l'appui du public et du soutien politique pour créer les cadres politiques et institutionnels indispensables à une gestion efficace et pour établir une base financière durable pour la gestion des aires protégées d'Afrique. Jouissant d'un soutien et d'un financement adaptés, la gestion des aires protégées doit devenir plus professionnelle au 21e siècle pour résister efficacement à la concurrence des autres priorités du développement.
Faire des aires protégées un élément central des stratégies de réduction de la pauvreté. La pauvreté et la santé sont, pour l'Afrique, les deux enjeux primordiaux du développement. Heureusement, la diversité biologique aide à fournir des aliments, des médicaments et d'autres sources de revenu pour les communautés rurales. Par exemple, en Afrique centrale et de l'Ouest, la chasse et l'utilisation de la faune sauvage (pour « la viande de brousse ») dans les zones rurales ont, chaque année, des retombées économiques considérables. L'exploitation des produits forestiers non ligneux tels que les plantes médicinales, les fruits et les graines sauvages contribue aussi à la subsistance de l'homme.
En Afrique orientale et australe, des communautés locales mettent sur pied une économie basée sur la création d'entreprises qui prospèrent grâce à la diversité biologique et aux espèces sauvages. Avec une bonne gouvernance et une gestion efficace, ces activités communautaires à petite échelle peuvent être associées aux aires protégées qui, à leur tour, peuvent servir de point focal pour la conservation de la diversité biologique en Afrique.
Améliorer les politiques de conservation régionales et nationales. Il faut des politiques et cadres de gouvernance améliorés dans l'intérêt de la diversité biologique. Les départements des forêts et de l'agriculture, par exemple, devraient être associés à la création et à la gestion des aires protégées. Il importe de souligner et de démontrer la valeur économique des aires protégées pour faire en sorte que celles-ci puissent lutter à armes égales avec d'autres priorités d'aménagement du territoire.
Donner plus d'importance aux aires protégées dans les plans de développement nationaux et régionaux. La dépendance extrême des peuples africains vis-à-vis de la diversité biologique et des ressources naturelles ne sera pas durable tant que les aires protégées ne seront pas liées aux autres grandes priorités du développement local, national et régional.
Les leçons des projets intégrés de conservation de l'environnement et de développement ont montré que la conservation et le développement ne peuvent être intégrés que si les projets sont conçus dans un cadre semblable. Et peut-être plus que n'importe où ailleurs au monde, c'est en Afrique que la conservation de la diversité biologique doit être intégrée à la subsistance et à l'économie des populations locales.
Renforcer la capacité technique et l'appui financier à la gestion des aires protégées au niveau national. Les faibles capacités humaines et institutionnelles des pouvoirs publics concernés et les ressources financières insuffisantes exacerbent les menaces auxquelles font face les aires protégées d'Afrique. Certains pays africains disposent d'un personnel bien formé pour leurs aires protégées mais l'appui du gouvernement et du public à ces aires protégées diminue continuellement. Au 21e siècle, la gestion efficace des aires protégées est capitale et appelle des innovations en matière de compétences, financement et gouvernance.
Améliorer la gestion des aires protégées existantes. Dans toute l'Afrique, les aires protégées et les réseaux d'aires protégées sont confrontés à des problèmes de gestion sans précédent qui menacent les habitats et les espèces, notamment l'exploitation non réglementée des ressources et l'empiétement sur l'habitat, la dégradation et la perte de diversité. Dans les régions forestières d'Afrique centrale et de l'Ouest, par exemple, la chasse est à l'origine du syndrome des forêts vides. De vastes zones forestières intactes sont, aujourd'hui, privées de leurs populations de grands mammifères tels que les primates (en particulier les grands singes), les antilopes et les éléphants.
Représentation et couverture améliorées de la diversité biologique dans les aires protégées. À la fin du 20e siècle, certains se demandaient déjà s'il était possible ou non d'agrandir les réseaux d'aires protégées en Afrique. Les données scientifiques et de nouvelles méthodologies décisionnelles en matière de conservation nous permettront de créer et de gérer des aires protégées en nous appuyant sur des connaissances scientifiques et des pratiques de gestion avisées.
Cibler les espèces menacées. L'Afrique a des milliers d'espèces animales et végétales inscrites sur la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées. Tout écosystème africain pouvant contenir des centaines de milliers d'espèces, il est facile de penser que la perte de quelques-unes ne changera probablement rien. Les scientifiques n'ont cependant pas suffisamment de connaissances sur le rôle de chaque espèce dans chaque écosystème ni sur les conséquences éventuelles de la perte de quelques espèces.
Pour créer un réseau complet d'aires protégées africaines, représentant toute la gamme de la diversité biologique existante, il faut s'efforcer de cibler les espèces menacées d'extinction. Les espèces menacées peuvent être sauvées. L'engagement et la détermination qui ont permis de sauver les rhinocéros blancs d'Afrique australe, par exemple, prouvent qu'il est possible de sauvegarder les espèces menacées et leurs habitats.
Promouvoir, en matière d'établissement et de gestion des aires protégées, l'approche au niveau du paysage. Compte tenu des bouleversements qui ont lieu dans toute l'Afrique, les aires protégées ne peuvent plus être isolées. L'exploitation des ressources, la croissance démographique, les établissements et l'expansion de l'agriculture changent radicalement le paysage africain. Pour garantir que les populations d'espèces sauvages restent viables et que les processus écologiques à grande échelle soient maintenus, les aires protégées doivent être gérées comme des éléments à part entière du paysage africain lui-même. Promouvoir une approche au niveau du paysage, avec les communautés locales, les organisations communautaires et les propriétaires privés, augmente les avantages issus des aires protégées.
Encourager une reconnaissance internationale des aires protégées africaines. Une dimension importante du renforcement des aires protégées est la possibilité de mettre en œuvre certains éléments clés de conventions internationales que de nombreux pays africains ont approuvées. L'approche par écosystème prônée par la Convention sur la diversité biologique est cruciale pour la conservation de la diversité biologique. L'inscription d'aires protégées sur la Liste du patrimoine mondial, par exemple, rehausse leur profil et accroît leur influence au-delà de leurs limites. Elle peut aider à fournir des avantages directs aux communautés humaines dans le contexte plus vaste du paysage. Le concept de réserve de biosphère englobe déjà bien des principes sous-jacents de l'approche au niveau du paysage mais n'est pas encore appliqué de manière adéquate en Afrique.